HibOO d’Live : Agnes Obél

Ma première rencontre avec Agnes Obel remonte en mai dernier. J’avais été expédié du côté de Clermond Ferrand pour réaliser une double page pour Rolling Stone. Parmi tous les artistes présents, une beauté froide, majestueuse. Et comme sur ses visuels officiels elle pose avec un hibou Grand Duc, je me devais de la rencontrer.

Malgré des conditions catastrophiques de prise de son durant cette première tentative de HibOO d’Live, nous avons gardé un très bon souvenir (il faut dire qu’Agnes est la première artiste à dessiner un HibOO psychopathe mangeur de souris), et je me doutais bien qu’un jour ou l’autre, elle viendrait à Paris.
A quelques jours près, j’aurais pu squatter la nouvelle salle de spectacles réouverte par Fabrice Roux, pour qui je réalise des reportages sur ses pièces de théâtre. En effet, il vient d’acquérir l’Archipel, et au sein de cette salle hybride (cinéma + théâtre + showcase / aftershow) une salle avec un piano à queue d’une qualité acoustique phénoménale aurait pu accueillir une voix sublime. Ce n’est que partie remise, Agnes revenant fin octobre pour son concert à la Flèche d’Or.
J’attends que l’équipe de Froggy Delight quitte les lieux, et je commence à pleurer ma race quant à la vue de la déco de la cave de l’hôtel des 3 poussins, louée à l’occasion par le label : lumière blanche, murs blancs, et les seuls ornements graphiques s’apparentaient des tableaux vomitifs de natures mortes (les bons vieux fruits dans un saladier, génial, trop en phase … limite un canvas avec un cerf orange fluo aurait été de meilleur goût). Je décide donc de m’isoler de tout artefact lumineux, de cadrer ultra serré, et de me dire « on verra au montage ». La « chance » veut qu’entre temps, j’ai été subjugué par l’esthétique de son clip Riverside tourné par le talentueux Alex Brüel Flagstad en Super-8. Alors j’ai poussé les limites du post-traitement, jusqu’à ce que le décor immonde disparaisse, et que l’image ne laisse plus qu’entrevoir le principal : des doigts se déplaçant de manière aussi fascinante qu’un arachnide, et une voix perdue dans le néant ténébreux. Afin d’éviter les redites propres aux supports web, je me suis permis, tout timide que j’étais, de jouer un morceau qu’elle n’avait pas encore eu l’occasion d’interpréter dans ses promos, sachant pertinemment que tout le monde avait du capter Riverside. Elle réfléchit deux secondes, et me propose Smoke and Mirror. Un titre aux consonances romantiques (Satie / St Saens voire Fauré pour l’intro) qui aurait parfaitement sa place sur des images de films muets des années 20. C’est court, mais c’est beau. Mais c’est court. Mais beau.
La musique d’Agnes Obel ? Un rêve mis en musique. Voire l’inverse. Une rayonnante mélancolie. Son album étant prévu pour octobre, il ne fait aucun doute qu’il fera partie des meilleurs disques sortis en 2010. Et quitte à râbacher : elle jouera à la Flèche d’Or le 28 octobre prochain.

