La première fois que j’ai vu Charlie Winston, c’était tout à fait par hasard : il ouvrait l’une des soirées de résidence de Medi & The Medicines Show à La Flèche d’Or. C’était en mars 2007, et deux choses m’avaient marquées : le refrain de Like a Hobo et le large sourire de l’homme au chapeau. Je suis donc allée le ré-écouter de temps en temps lors de ses passages parisiens (Baron, Flèche d’Or…) jusqu’à ce fameux soir de décembre 2008 où il a joué à la Boule Noire. La salle était pleine à craquer: il avait signé avec un label français et son premier album (du moins, en non-autoproduit) était prévu pour janvier 2009. Rétrospectivement, cette date marquait le début d’une nouvelle époque dans la carrière de Charlie, car la suite a pris la tournure assez folle que l’on connaît : 1 an à peine après la sortie de son album, Charlie Winston jouait au Zénith de Paris, après quelques détours par La Cigale et L’Olympia, et plus de 500 000 ventes d’albums au compteur !

Pour amorcer son retour, la chanson Hello Alone, a été choisie pour la France, et évidemment au vu des premiers visuels dévoilés l’on ne peut s’empêcher de noter que Charlie Winston semble avoir perdu son chapeau, l’un des éléments qui lui était souvent associé.
C’est difficile pour un artiste qui a trouvé le succès avec une identité forte, d’en changer. Mais c’était le moment d’ôter ce costume pour ne pas y rester enfermé : ça peut devenir une cage et je préfère la liberté, surtout que je n’ai pas le même état d’esprit qu’à l’époque. Et puis c’était important pour moi d’avoir une nouvelle identité pour cet album, de ne pas choisir la facilité.
A l’aube de la sortie de son deuxième album, Running Still, prévu pour le 21 novembre, Charlie est assez confiant :
Je ne suis pas anxieux de la réaction du public car j’ai écrit des chansons dont je suis fier. Si ce n’était pas le cas je perdrais mon temps et n’aurais pas envie d’y apposer mon nom. J’ai besoin de faire de la musique qui passionne les gens tout autant que moi.

Running Still est album qui a été écrit au cours des deux dernières années et qui a muri sur les routes mais à la différence de Like a Hobo, les chansons n’ont pas encore vécu sur scène et c’est un nouveau challenge à appréhender :
Nous allons bientôt commencer les répétitions pour la tournée, et je suis assez impatient de voir comment on va jouer ces nouvelles chansons, ce que ça donnera. Pour certaines, comme Speak to me, je n’ai aucune idée de comment cela pourra rendre …
S’il mentionne Speak to me, c’est que cette chanson a la particularité d’être exclusivement vocale, chant du coq introductif mis à part :
Elle ne marchait pas avec un groupe, ça sonnait comme une mauvaise chanson de Led Zeppelin, alors j’ai tout fait seul à la voix. C’est une chanson importante pour moi, elle parle d’un sentiment ressenti pendant cette période de succès : la distance entre le fait de jouer devant des milliers de gens tous les soirs et celle de me retrouver seul juste après. On a tous besoin de solitude, mais j’avais aussi besoin que les gens me parlent vraiment.
Mais l’human beatbox n’est pas un procédé nouveau pour Charlie: on l’entendait déjà sur Kick the Bucket et My life as a duck, et il le faisait déjà beaucoup en live. Sur Running Still, si l’on écoute avec attention, on en trouvera un peu partout, à commencer par le single Hello Alone, et de façon plus flagrante sur Wild Ones par exemple.

De façon générale, cet album est “plus musclé” que le précédent, mais comporte aussi belles ballades comme la très touchante She went quietly ou encore Unlike me au débit mélodique particulier, qui parle du fait d’accepter et reconnaître la fin de quelque chose.
D’autres chansons sont plus anecdotiques comme Great conversation, une conversation imaginaire avec Beethoven, à qui il emprunte quelques accords (“With these words I’ve interwoven inspiration from Moonlight (…) Be assured I’m only using all your chords to illustrate that nothing’s ever new“) :
[Moonlight] C’est un des premiers morceaux que j’ai appris à jouer quand j’avais 11 ans et j’ai toujours voulu écrire quelque chose dessus. Cela fait longtemps que cette chanson est en chantier, et la voici enfin. J’ai failli appeler l’album comme ça d’ailleurs.
Mais celui-ci s’appellera finalement Running Still :
On a hésité entre plusieurs formulations, car je ne voulais pas qu’on se focalise sur “courir” qui impliquait l’idée que je puisse m’arrêter ou être fatigué. “Running still” c’est comme une rivière: d’apparence calme mais qui suit toujours son cours. Je voulais être comme ça : paraître calme mais toujours aller quelque part.
Et pour “y aller”, il a gardé la même équipe autour de lui : Medi à la batterie, Ben Edward et son harmonica fou, et Daniel Marsala à la basse. Des musiciens qu’il qualifie de passionnés en soulignant le fait qu’il ne peut de toute façon travailler qu’avec des gens qui ont la même passion que lui : “la passion c’est ce qui déplace les montagnes“.
Au sortir de cette rencontre quelque peu inhabituelle*, c’est d’ailleurs vraiment ce qui ressort principalement: Charlie Winston est quelqu’un de passionné, qui suit sa route en la façonnant à sa manière, entre Paris, Londres et Los Angeles, à la rencontre de ceux qui sont devenus au fil des ans “son” public.

Tracklist
- Hello alone
- Speak to me
- Where can I buy happiness
- Great conversation
- She went quietly
- Unlike me
- Satisfied
- Wild ones
- Making yourself so lonely
- Rockin’ the suburbs
- Summertime here all year
- Lift me gently