Volver

Madrid et les quartiers effervescents de la classe ouvrière, où les immigrés des différentes provinces espagnoles partagent leurs rêves, leur vie et leur fortune avec une multitude d’ethnies étrangères. Au sein de cette trame sociale, trois générations de femmes survivent au vent, au feu, et même à la mort, grâce à leur bonté, à leur audace et à une vitalité sans limites.
On aimerait un jour dire “Ahhh enfin un mauvais film d’Almodovar”. Et ce ne sera pas encore avec Volver que cette phrase pourra sortir en choeur des critiques et spectateurs. Almodovar est un génie, il faut s’y faire. Qui filme à sa manière, qui narre à sa manière, qui illumine à sa manière. Volver ne ressemble à rien d’autre qu’à … Volver. Histoire magnifique, menée par des actrices incroyables. Une fois de plus, Pénélope Cruz rayonne.
Almodovar est l’un des seuls réalisateurs à réussir à mélanger des genres impossibles à marier : comment imaginer que Volver puisse faire rire, espérer et rêver alors que le film parle sans cesse de mort, d’inceste ou de meurtre passionnel ? Toute la magie réside dans ce script qui ne cesse, à l’instar d’un match de ping pong, d’alterner passages émotionnels à de franches parties de rigolades, à des instants empreints de dialogues féroces face à des silences magnifiquement cadrés et expressifs. Le tout relevé de cynisme évident. La réalisation bien que peu originale est parfaite, notamment le travail des couleurs, aux forts accents symboliques.
Penelope Cruz semble être à un tournant de sa carrière. Après le très récent Chromophobia (où elle y interprète une prostituée atteinte d’un cancer), elle est magnifiée par Almodovar. Mais que serait le film sans toutes les autres actrices qui gravitent autour ? Le film met en conflit les générations de femmes espagnoles : les plus traditionnelles, les plus modernes, pourtant égalitaires face à l’amour, aux croyances, à la passion ou à la mort. Film aux sujets très graves, traité pourtant avec une légèreté incroyable.
On pourra reprocher quelques petites longueurs (mais qui sont propres au réalisateur), mais Volver est un film atypique, inclassable, si ce n’est du “Almodovar”, comme on pourrait qualifier un film de Burton comme “du Burton”. Génial.