Rencontre avec Charlène Juarez, aka Chat
Nous avions rendez-vous avec Chat au Caveau Bossi, lieu qui nous était totalement inconnu, pour une petite session acoustique et une interview. Après avoir pataugé allègrement dans le couloir en cours de nettoyage, nous découvrons un endroit complètement inattendu : une cave toute en longueur, au mobilier charmant et original.
La première fois que je t’ai vue jouer, c’était aux côtés de la chanteuse Rose fin 2006. Mais à l’époque tu t’appelais « Mademoiselle » et tu avais un EP distribué par un label portugais. Maintenant tu t’appelles « Chat » et ton album est sorti chez Capitol. Que s’est-il passé entre les deux ?
Alors au moment on s’est rencontrées en fait c’était vraiment le tout début où je faisais mes morceaux. Et donc j’avais fait des petites maquettes avec un copain ingé son, je venais de faire ma page MySpace et c’est comme ça que j’ai commencé à être contactée. Notamment par ce petit « net label » portugais qui m’a proposé de mettre mes morceaux sur leur site en téléchargement gratuit. Et j’avais tout de suite accepté parce que c’était des maquettes, un peu roots et surtout un moyen de commencer à faire écouter ma musique.
Rose aussi m’a contactée via MySpace. A l’époque ça ne faisait pas très longtemps qu’elle avait sorti son disque (2 mois, NDLR) donc elle avait moins de notoriété qu’aujourd’hui. C’était un concert au Café de la Maroquinerie et elle m’avait invitée à faire un morceau avec elle, et c’était très sympa.
C’est à cette époque aussi que j’ai commencé à rencontré des DA de labels, grâce à ma page MySpace, à quelques envois de maquettes… J’ai donc rencontré diverses personnes, et puis Jorge Fernandez, directeur artistique de Capitol, où là humainement il s’est vraiment passé quelque chose, y a eu un truc, on était sur la même longueur d’ondes, une vision similaire de ma musique, des envies qui se rejoignaient, donc quelque chose d’assez évident.
Toujours à la même époque, j’ai rencontré Joseph Chédid qui réalise l’album et Henri Blanc-Francart qui est l’ingé son et j’avais très envie de continuer à travailler avec eux. Chez Capitol, Jorge a été très ouvert et nous a permis de continuer à travailler ce qu’on avait commencé tous les trois.
Et alors justement, comment les as-tu rencontrés ? Et c’est un projet que vous portez à trois ?
J’avais déjà enregistré quelques maquettes et puis par des amis communs j’ai rencontré Henri, qui était en collocation avec Joseph. Ils avaient déjà un peu bossé ensemble et avaient écouté mes morceaux via MySpace. Comme ça leur plaisait bien, ils m’ont proposé qu’on prenne deux morceaux pour essayer de les arranger. Moi j’avais jamais arrangé de morceaux, ni même mis les pieds dans un studio ! Donc on s’est pris 3 jours et 3 nuits un peu rigolotes dans le studio où travaillait Henri. On a vraiment bien trippé, c’était une rencontre humaine car on a à peu près le même âge et aussi une rencontre musicale car on s’est tout de suite compris et puis c’était un peu le début de notre vie musicale à tous les 3. Donc ça le faisait et on a eu envie de continuer ensemble.

Du coup, on a l’impression d’un projet un peu familial, surtout que ton frère joue avec toi sur scène …
Oui c’est vachement important pour moi …en fait l’enregistrement a duré 1 mois dans une maison de campagne et quand j’écoute le disque aujourd’hui, je pense que c’est vraiment le reflet de ce qu’on a vécu à ce moment là. On est partis en équipe réduite : Joseph, Henri et Pierre Cohen qui est le bassiste du disque, un ami également. Partir comme ça en petit comité où les gens se connaissent, ça fait un climat de confiance et ça facilite énormément les choses.
Mes morceaux avaient été composés piano/voix mais je ne voulais pas faire un disque piano/voix donc c’était pas forcément évident de poser des instruments, ça a été un travail de longue haleine. Et c’était naturel d’enregistrer ensemble. Aujourd’hui pour les concerts ça reste très familial car je connais Joseph depuis un petit moment maintenant et c’est donc mon frère à la basse.
Alice, ton premier single, était déjà sur ton premier EP, et on a l’impression que c’est un peu ta chanson fétiche. Mais si tu devais en choisir une pour te représenter est-ce que ça serait celle-ci ou une autre à laquelle tu serais particulièrement attachée ?
Je ne sais pas … le terme de single ça m’est un peu étranger. Mais en tout cas c’est une chanson qui a une importance particulière pour moi, peut-être parce que c’est la première que j’ai fait écouter, c’était la première sur mon MySpace, peut-être aussi une bonne introduction au reste de l’album. Donc ce choix me va tout à fait. Après, je ne sais pas s’il y a des morceaux que j’aime plus que d’autres sur le disque, c’est plus quand je les joue en concert : il y en a toujours un qui va plus me parler sur le moment, qui sera plus en adéquation avec mon humeur du jour. Il y en a aussi qui vont se révéler différemment sur le coup d’un instant et ça c’est assez chouette.
Tu fais partie des artistes qu’on classe encore dans la « génération MySpace », est-ce que tu penses que MySpace peut continuer à apporter de nouveaux talents ou bien tu penses être arrivée à la bonne période ?
Franchement je pense que je suis arrivée à la bonne période : quand j’ai lancé ma page c’était vraiment le début et il y avait beaucoup moins de choses qu’aujourd’hui. Moi je vais pas mal sur Myspace mais plus tant pour découvrir des choses : c’est plutôt pour regarder une vidéo, voir les concerts d’un groupe pas forcément très connu dont les infos sont peu relayées. Aujourd’hui ça va peut-être plus dans ce sens là que les gens vont utiliser ce site.
Prenons l’exemple de Grégoire qui fait un carton avec son single « Toi+Moi » ; son univers est aux antipodes de celui de Chat : peu de textes et encore moins de notes. Comment penses-tu que le public peut accueillir une musique aussi compliquée que la tienne, qui a finalement beaucoup de restes de classique, c’est presque de la démonstration pour certains … tu n’as pas peur de l’effrayer avec ce déluge de notes ?
En fait quand j’ai fait mes morceaux, vu que j’ai commencé sans savoir où j’allais, je n’avais pas vraiment la notion d’album et encore moins celle du public. J’ai fait les choses comme elles me venaient sans me poser de questions parce que je ne savais même pas si j’allais les enregistrer un jour ou pas. Maintenant qu’ils sont là, je pense que c’est surtout une affaire de goûts. J’imagine que ça va plaire à certains, déplaire à d’autres. C’est sûr que c’est une musique qui ne passera pas forcément sur toutes les radios car c’est un peut-être peu particulier, et encore ce sont les échos que j’en ai car je ne m’en rends pas compte en la faisant. C’est une histoire de goûts et chaque musique a son public. Comme je viens de sortir mon album, je ne sais pas encore quel est le mien, je pense que je vais le découvrir au fur et à mesure des concerts.
En fait quand j’ai fait mes morceaux, vu que j’ai commencé sans savoir où j’allais, je n’avais pas vraiment la notion d’album et encore moins celle du public.
Si « Jérôme Bourdin » rencontrait « Alice », que se passerait-il ?
Haha c’est rigolo ça ! Écoute je n’y ai jamais pensé, mais peut-être qu’une histoire d’amour naîtrait, on ne sait pas …

On a pu te voir dans des concerts très intimistes en appartement, ou piano/voix dans différentes salles, mais aussi en version électrique, très différente. Ce sont deux univers que tu voudrais garder ou bien tu penches plus vers l’électrique à terme ?
Ce sont vraiment deux aspects qui me plaisent car complémentaires. Les concerts en appartement c’était forcément acoustique, après quand on était tous les trois sur scène on a voulu donner quelque chose de différent. Là je vais avoir pas mal de premières parties de Matthieu Boggaerts, donc ça sera moins électrique. Je vais partir avec mon frère donc ça sera piano/basse ou piano/guitare électrique.
Les morceaux sont là et c’est à nous de les faire évoluer comme on le sent sur le moment, j’aime bien explorer plusieurs pistes, selon les envies du moment.
Et justement au sujet de Matthieu Boggaerts, tu le citais souvent dans les artistes français que tu écoutes, et le reprenais sur scène. Heureux hasard de faire ses premières parties ?
Hasard je ne sais pas, moi personnellement je ne le connaissais pas, ça s’est fait via mon tourneur. Mais je suis très très contente du coup !
D’où te viens le côté super progressif que l’on peut entendre en live, comme par exemple au Glaz’ Art ? C’est un truc à trois où c’est toi qui l’initie ?
C’est un truc à trois. Finalement, là ce sont mes morceaux car je les ai composés, c’est mon nom mais les musiciens me sont très proches et connaissent bien ma musique, donc il y a une notion de groupe qui intervient quand on joue tous les trois et ça me plaît. Quand j’imaginais jouer mes morceaux avec des musiciens sur scène, je n’avais absolument pas envie d’un backing band avec moi très mise en avant. Même si ce sont mes morceaux et que je les chante, ça me parle plus quand il y a un vrai partage sur scène. Le concert dont tu parles c’était un de nos premiers dans cette formule : il y a des pistes qu’on tente, on rectifie ensuite le tir, les choses sont en construction et vont évoluer. Quand on joue ces morceaux, c’est une énergie qu’on partage à trois et encore une fois c’est vraiment instinctif, on sait juste qu’on a envie de jouer et ça sort comme ça, on n’intellectualise pas vraiment avant de commencer.
Dans une interview sur Froggy’s Delight, tu dis être fan d’Of Montréal …
J’aime beaucoup oui, c’est pas le groupe que je préfère au monde mais j’aime beaucoup leur musique et surtout j’en avais parlé parce que je les ai vus en concert il y a 3 semaines. Et ça a été la dernière grosse claque que je me suis prise au niveau live. J’suis pas ultra fan de leur dernier CD, j’aime plus celui d’avant mais c’est la première fois que je les voyais en concert et des fois il y a des concerts comme ça qui te marquent vraiment et quand t’en ressors ça te fait plutôt du bien !
Quand on joue ces morceaux, c’est une énergie qu’on partage à trois et encore une fois c’est vraiment instinctif, on sait juste qu’on a envie de jouer et ça sort comme ça, on n’intellectualise pas vraiment avant de commencer.
Et pour finir, qu’est-ce que Chat écoute ?
Beaucoup de choses ! Ces derniers temps, même s’ils n’ont pas d’actualité, j’ai réécouté pas mal SparkleHorse.
[ Là visiblement il était écrit sur nos visages que ça ne nous évoquait rien ]
Ah vous ne connaissez pas ? C’est vraiment un groupe américain génial, leur dernier disque doit dater de 3 ou 4 ans, mais c’est vraiment génial. Ah je pensais pas vous faire découvrir quelque chose mais j’en suis très heureuse !
Sinon j’ai bien envie de m’acheter le dernier album d’Antony & the Johnsons, que j’ai un peu entendu mais pas encore réellement écouté. Et puis quoi d’autre … ah si un disque qui sort bientôt : General Elektriks et ça j’aime vraiment beaucoup. Et puis un autre que j’ai envie de m’acheter c’est le dernier album de The Streets.
Chat, Folie Douce – sortie 9 février 2009 – Capitol / EMI
» www.myspace.com/lamusiquedechat


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