Mouss et Hakim

On les connaissait du temps de Zebda, Mouss et Hakim font maintenant la route en duo. Ils n’ont rien perdu de leur énergie, comme en témoigne leur concert de feu donné le soir même sur la scène Wan2 du Sziget Festival. C’est peu avant les balances que nous les rencontrons. « Pourrions-nous voir votre manager ? » et Mouss de nous répondre « Pas besoin, je suis là » ! C’est parti pour un échange « avé l’assent ».
Un petit mot sur votre présence ici, comment êtes-vous arrivés à ce festival ?
Mouss : Ca a été une volonté du festival de nous programmer. Nous le connaissions seulement de réputation, et c’est très agréable d’accepter. Nous n’avons pas beaucoup l’occasion de jouer dans ces pays-là, nous jouons surtout dans le sud, en Espagne… des lieux un peu plus proches de Toulouse !
Ressentez-vous une appréhension à jouer ici ?
M : Oui ! Nous aimons communiquer avec le public, il va falloir que nous trouvions une solution, et nous nous demandons comment le public va réagir. Nous sommes conscients de ne pas être connu, et nous ne savons pas ce qui va les faire venir, seront-ils nombreux, vont-ils s’amuser, danser… ? Mais cela reste des appréhensions normales je pense.
Vous savez qu’il y a 10 000 français sur le site ?
M : Quand même ! C’est gentil d’essayer de nous rassurer, mais nous sommes également là pour jouer pour les hongrois. Nous avons toujours aimé essayer de faire passer notre « truc » à des personnes qui ne comprennent pas nos paroles.
Vous avez dit avoir coupé vos vacances pour venir ici, est ce que finalement ce n’en est pas un peu un prolongement ?
M : Non, pas tellement ; pour nous, les vacances se passent en famille avec pour uniques questions l’heure de l’apéro et de la partie de boules ! Nous avons peut être un métier qui ressemble à des vacances, ou en tout cas des situations d’échanges, de découvertes, de voyages, de rencontres… et c’est vraiment ça qui est génial dans ce que nous faisons. Nous aimons la tournée, nous ne pouvons pas nous en passer. Les rencontres peuvent aussi bien se faire à Rouen qu’à Budapest. Mais les vacances, pour nous, ce n’est pas ça : nous n’avons pas cette pression dans la journée, cette peur que quelque chose ne fonctionne pas.
Si je vous dis qu’il y a au moins deux artistes présents ici avec qui vous avez collaboré…
M : Oui ! Cheb Mami et Tiken Jah Fakoly. Nous sommes d’origine algérienne, nous avons une bonne connaissance de cette culture là, et Cheb Mami est quelqu’un dans cette vision du raï et dans cet univers. C’est un super chanteur qui a beaucoup d’humilité et qui a fait évoluer la vision commerciale que beaucoup avait du raï ; même si certaines de ses démarches ne vont pas toujours en ce sens, il a une vraie qualité de chanteur, et ça a été un grand bonheur de travailler avec lui. On a composé une chanson pour son album « Du nord au Sud » qui s’appelle « C’est pas ma mère » qu’on jouera ce soir, mais sans lui… Sinon nous sommes des fans de reggae : Bob Marley, Tosh, U Roy, Burning Spear… c’est toute notre jeunesse, et Tiken Jah, en terme de reggae africain, ou de renouveau de reggae africain, c’est vraiment d’une qualité impressionnante. Quand on l’a rencontré, il était en train de faire son album avec une chanson qui s’appelle « Où veux tu que j’aille ». Il explique dans son texte qu’en Côte d’Ivoire, il y a une « règle » : si on n’est pas ivoirien depuis trois générations, on ne peut avoir accès à certaines choses. C’est une philosophie fasciste négative réactionnaire qui s’impose en Côte d’Ivoire depuis quelques années. Il voulait créer un lien par rapport à la France, et il a donc pensé à nous en tant que membres de Zebda. Pour lui, nous pouvions aussi demander « Où veux tu que j’aille » ? Nous avons une affection particulière pour les revendicateurs, et Tiken est un vrai guerrier. Il prend de sacrés risques.
Nous avons une affection particulière pour les revendicateurs, et Tiken est un vrai guerrier. Il prend de sacrés risques.
Les Motivés (nldr : parti politique crée par Mouss et Hakim) est il toujours à l’ordre du jour ?
Hakim : Bien sûr ! 2007 arrive, et même si ça commence comme une action locale, nous débutons avec les personnes militantes qui se trouvent autour de nous pour faire bouger les choses. A l’heure actuelle, nous travaillons avec le réseau d’Education Sans Frontières qui essaie de défendre les droits des enfants en France, les enfants sans papiers, ceux nés sur le territoire français et qu’on veut expulser quelques années après. Le mouvement Motivés existe toujours et plus que jamais, car nous risquons de rentrer en résistances dans peu de temps. Alors, oui, Motivés !
Vous êtes repartis en duo : a-t-il fallu reconstruire beaucoup de choses ou avez-vous rebondi sur les bases de Zebda ?
H : Nous ne repartons pas de zéro parce que nous avons 15 ans d’expérience. Ensuite, nous sommes frères, et nous savons à 99% ce dont l’autre a envie. Nous parlons beaucoup : c’est un avantage réel car quand il y a un problème, l’autre le sens, un souci musical, et on en parle de suite. Cependant, il est vrai que nous avions envie de travailler d’une manière différente et avec d’autres personnes : avec Zebda, c’est 15 ans d’histoire, nous avons tout fait ensemble, donc à un moment donné, chacun a envie d’aller voir ailleurs. Nous avions envie Mouss et moi de rester dans un esprit collectif. Musicalement, on a beaucoup travaillé avec Rémi, clavier de Zebda, qui nous a amené le côté technique en studio pour pouvoir avancer la tête sereine. Mais même plus d’un an après la sortie de l’album, nous avons toujours envie de travailler avec d’autres personnes.
Un petit mot sur vos musiciens actuels ?
H : Le bassiste, Julien Talavera, jouait avec Spook and the Guay, des toulousains qui sont venu jouer dans ce festival il y a 4 ou 5 ans. Le batteur, Julien Costa, toulousain aussi, a joué avec Les Beautés Vulgaires. Le guitariste, Manu, a joué avec quelques groupes de Toulouse : c’est notre « guitare héros » ! Puis Rémi, ancien clavier de Zebda et nous ! Nous restons dans un esprit un peu hip-hop, raga muffin, un peu comme l’était Zebda, mais avec une énergie supplémentaire parce que c’est un nouveau départ, donc une nouvelle énergie.
Est-ce plus pour vous conforter ou par envie que vous faîtes appel à des artistes pour écrire vos chansons ?
H : C’est vraiment par envie de faire des nouvelles rencontres. Avec Zebda, on était 7, et lorsqu’il y avait une partie de basse à écrire, le bassiste la faisait, une partie de guitare, le guitariste… Là, quand nous écrivons une chanson, et que nous entendons un son qui nous plaît, nous n’hésitons pas. Lorsque nous avons vu Matthieu Chedid en concert, nous avons su en même temps que sa guitare irait très bien sur une de nos chansons ; nous l’avons branché, et il a composé dessus. C’est l’avantage de prendre les décisions en comité réduit.
Vous avez dit que pour vous, le rock était la liberté…
M : Oui. Bizarrement, nous avons une culture hip hop assez forte, et au sens large : elle englobe le ragga muffin, le dub… toutes ces formes qui découlent du reggae. Mais lorsque je dis culture hip hop, je parle surtout de la façon de faire. Dans la manière de travailler, les gens du rock ont beaucoup à apprendre de ceux du hip hop, dans la réactivité et en studio : nous n’avons pas la prétention d’être leader absolu, nous pouvons ajouter facilement des chœurs, les espaces sont tous bons à prendre et c’est vraiment intéressant. Mais le hip hop a également beaucoup à apprendre du rock dans cette notion de liberté. Nous arrivons, nous nous branchons, nous jouons nous avons un bon son parce qu’un bon guitariste qui le connaît bien, un bassiste qui a des bons graves… C’est un peu notre philosophie : la liberté en live. Le hip hop a plus une liberté de studio. C’est quand même très intéressant car le studio représente une grande partie de la vie d’un musicien ; ceux qui ont réussi à marier les deux styles comme Eminem, Aerosmith, David Bowie ou The Prodigy ont fait des musiques fabuleuses !
Comment va se passer votre rentrée ?
H : Nous avons quelques dates, et nous sommes toujours en recherches musicales. Nous espérons repartir sur autre chose, et travailler de nouvelles chansons, avec l’arrivée tranquille d’un autre album.
Pensez-vous venir nous voir à Rouen ?
M : On est déjà venu jouer à L’Exo 7 du temps de Zebda, mais je pense que c’est encore une grande salle pour nous aujourd’hui. Et ça ne dépend pas que de nous, mais pourquoi pas !