Election 1

L’élection du nouveau chef d’une vieille triade hongkongaise oppose deux prétendants appartenant à deux écoles bien différentes : tandis que Lok apparaît comme le successeur désigné du vieil Oncle Teng, prônant le respect des traditions et le consensus général, Big D est prêt à abuser de tous les subterfuges, de la corruption au règlement de comptes, pour convaincre les électeurs de lui donner leurs voix. Ce choc des générations ne peut qu’aboutir à une guerre des gangs…
Quoi de mieux en ce début d’année 2007, année ô combien propice à tout ce qui touche au domaine électoral d’aller voir Election 1, le nouveau film du réalisateur hongkongais Johnnie To. Le film était attendu depuis sa présentation au Festival de Cannes 2005, mais qui ne dispose malheureusement que d’une sortie plutôt confidentielle : à peine 6 salles et qui plus est toutes à Paris.
Avec Election1, Johnnie To livre sa vision du monde mafieu hongkongais actuel au travers d’une élection, au travers d’une image de la démocratie. Une démocratie de façade plus contrôlée par les pots-de-vin, les pressions, les influences que par un véritable libre arbitre : rien de plus, au final, qu’un raccourci des démocraties existantes si on veut être un brin pessimiste (ou réaliste, au choix). Cette lutte de pouvoir met face à face deux figures opposées, d’un côté Lok (interprété par Simon Yam), un personnage calme, posé, calculateur mais limite paternel et de l’autre Big D (interprété par Tony Leung Ka Fai) qui est plus excessif, extraverti, et à priori plus violent : Deux visions de ce que doivent être les triades, le choix entre traditions et évolutions.

Election 1 permet au spectateur de pénétrer dans les arcanes du renouvellement à la tête d’une triade, des luttes fratricides qui s’y déroulent, de la quête du pouvoir par tous les moyens.
La violence, voila ce qui, de prime abord, peut sembler être le maître mot d’un film sur les triades ; pourtant c’est loin d’être la cas : bien sûr elle est présente, latente tout au long du film, mais les scènes d’action ne sont pas la ligne principale du film, elles sont plus des points d’ancrage ou de retournements de situation. Johnnie To axe plus spécifiquement son film sur les relations psychologiques entre les différents protagonistes, leurs différences d’approche de la situation.

Cette vision proche du reportage offerte par Johnnie To l’est avec la patte habituelle du réalisateur hongkongais qui sait parfaitement manier les images pour donner des plans empreint d’une atmosphère particulière, provoquer les éclairages classes au détour d’une scène. Et l’atmosphère est le point clé du film, pour plonger le spectateur au sein de ce conflit interne à la triade, au sein des choix faits par Lok
Dans la dernière partie du film, Jimmy (interprété par Louis Koo) s’entend dire “Si tu restes dans les triades, assure toi d’avoir les pleins pouvoirs. Si tu ne les as pas, enfuis toi“, il ne reste plus qu’à attendre la sortie d’Election 2 le 10 janvier pour voir comment l’histoire et les protagonistes évolueront. En espérant que le film profite d’une meilleure distribution que le 1er opus.