Rencontre avec Jil Is Lucky
C’est avec une coupe de cheveux nettement plus règlementaire que d’ordinaire et sans ses légendaires lunettes bleues en forme de cœur que Jil Is Lucky nous accueille dans cette petite cuisine orange, où défilent tous les webzines du moment depuis plusieurs heures.
Une interview à mi-chemin entre premier et second degré – du moins on l’espère pour certains passages !
On a pu lire que tu avais commencé la musique et la scène très tôt …
J’ai commencé la gratte à 7 ans et la basse aussi et puis les bars à 12 ans. De 12 à 18, j’ai fait beaucoup beaucoup de bars, trop de bars peut-être.
… ton EP sorti l’année dernière a plutôt bien marché, un premier album à 25 ans … c’était évident pour toi de faire ce métier ou tu as songé à faire autre chose aussi ?
Déjà, je ne parle pas de métier, je ne parle pas de carrière : je parle d’art, de manière d’appréhender sa vie ou ses visions de la vie. Je mène ma vie comme je pourrais dessiner un tableau, j’essaie de créer de l’amour à partir de matières premières assez évidentes : à partir de lumière, d’énergie, de chacras … j’essaie de gérer ça comme je peux. Donc oui c’était évident : j’ai fait de la peinture ça a marché, je fais de la musique ça roule. Avec les filles ça marche, avec les potes ça marche, donc voilà c’est cool !
Tu es entouré des Memphis Deput(i)es, qu’ont-ils apporté à Jil Is Lucky ?
On vient tous de planètes différentes, d’ailleurs ça se voit sur la pochette. Donc on a mélangé notre savoir-faire : moi je leur apporte les chansons et on arrange par-dessus, on taille la pierre, enfin le lingot, ensemble.
Comment est-ce qu’on réussit à faire porter à ses musiciens des combinaisons de Bioman moulantes ?
Il faut avoir une mainmise totale et arriver à transformer les gens qui sont avec nous en marionnettes.
Ce sont des marionnettes que je contrôle, que je dirige assez aisément. Je pourrais leur faire faire n’importe quoi, même du poney dans la neige par moins quinze degrés. Je peux leur faire faire ce que je veux !
Ce sont eux qui ont choisi leurs personnages religieux ?
Non c’est moi, je garde une mainmise totale sur tout le côté artistique du projet, de la pochette au clip, de l’album à l’enregistrement, ils n’ont pas leur mot à dire.
Non c’est moi, je garde une mainmise totale sur tout le côté artistique du projet, de la pochette au clip, de l’album à l’enregistrement, ils n’ont pas leur mot à dire.
Entre la pochette de l’album, Judah Loew’s mistake, JESUS said, voire même The Wanderer, la religion semble t’inspirer particulièrement …
Oui, parce qu’on vit dans un monde profondément religieux et il y a un regain communautaire très fort en ce moment. Je le note en tout cas de mon point de vue. Une sorte de regain du fondamentalisme dans un monde ultra moderne, c’est cet anachronisme qui m’intéresse.
J’ai des ancêtres en Afrique du Nord, en Europe de l’Est, j’ai fait 10 ans de catéchisme, j’ai fait ma Bar Mitzvah, donc je suis lié à ça. C’était important pour moi de porter ce regard critique et décalé là-dessus. Il se passe des choses intéressantes en ce moment, on est dans une société en plein déclin où il y a ce regain archaïque des religions complètement absurde.
L’ère de l’ultramoderne je trouve ça assez inquiétant mais il y a de la poésie qui en ressort, c’est sûr.
Don’t work, I may be late, Supernovas …tu sembles avoir une philosophie de vie en marge de la société actuelle. C’est pas trop dur à vivre au quotidien ?
C’est un choix que je fais de ne pas travailler. Je n’ai jamais travaillé et n’irai jamais bosser.
Faut être assez malin pour capter comment la société fonctionne et si on n’a pas envie de rentrer dedans et bien on vit à côté. Mais même en vivant à côté on est forcément récupérés : moi je fais des disques qui sont vendus à la Fnac … donc on vit dedans. Après, essayer de la gangréner de l’intérieur en ne faisant rien et en propageant une idéologie de fumiste, c’est ce que j’essaye de faire.
Essayer de gangréner la société de l’intérieur en ne faisant rien et en propageant une idéologie de fumiste, c’est ce que j’essaye de faire.
A deux liens près, tu détrônes Virgile dans Google quand on tape « Paolo Majora Canamus« . C’était le but de la manœuvre ?
Oui, nous on essaye de passer devant tout le monde, c’est une vraie croisade.
Et plus sérieusement pourquoi avoir choisi cette citation comme titre de chanson ?
C’était parfait en fait : on a conçu notre disque comme un vinyl, avec une Face A et une Face B. Donc c’était « maintenant on passe à autre chose, on va jouer quelque chose de plus posé« , peut-être plus annonciateur de ce que sera le projet par la suite, moins fatras que le début.
Et la faute d’orthographe, c’était voulu aussi ? (NDLR : la citation latine est en réalité Paulo majora canamus)
C’est voulu oui, c’est une blague pas du tout drôle, que personne n’a noté d’ailleurs. Enfin sauf là !
Pour ceux qui te connaissent depuis longtemps, et qui ont connu la période « Ukulélé in empty bars » si je puis dire, tes chansons semblent s’être assombries et complexifiées ou du moins tendent vers moins de légèreté musicale. C’est l’influence du groupe ou une évolution musicale naturelle ?
Non non, c’est qu’en fait, j’ai été un peu pris de court avec les concerts et tout. Je suis arrivé à Paris et des labels se sont précipités sur moi alors que je n’avais pas demandé plus que ça.
Donc comme j’avais quelques chansons en stock, on les a jouées en concert vite fait mais mes vraies chansons j’ai préféré prendre plus le temps de les bosser en répèt’ avant de les jouer.
Il y a donc des chansons qui ont disparu mais elles n’ont jamais vraiment existé en même temps. Au début on m’avait vachement mis dans l’anti-folk, alors que j’en ai rien à foutre. Mais du coup c’est marrant.
Tous tes textes sont en anglais, ça te vient naturellement ou bien ça t’est déjà arrivé de composer en français ?
J’écris en français, j’ai quelques chansons en français. Mais la pop, la folk ça ne se fait pas en français, en tout cas je n’en ai jamais entendu donc je ne vais pas me lancer là-dedans, c’est pas mon style, ce n’est pas ce qui m’intéresse.

Sur scène, tu blagues beaucoup, comme au sujet de ta position de numéro 1 au Sri Lanka, c’est pour conjurer le mauvais sort et te porter chance ou bien simplement un côté Rire & Chansons inné ?
Pas Rire & Chansons car c’est pas vraiment des blagues, en fait je discute dans un espèce de huitième degré complètement stupide. C’est marrant, ça me fait rire de pouvoir discuter avec les gens, c’est cool de montrer que voilà c’est que de la musique tout ça.
Et tu n’as pas peur de ne pas être pris au sérieux à force ?
C’est ça qui me fait marrer : je fais du rock indé et dans ce milieu faut pas déconner, faut pas arriver habillé en Bioman, faut pas arriver avec des poneys, faut faire la gueule et se faire chier.
Moi je fais des songs de rock indé, et les mecs ils prennent ça dans la gueule et ils font ce qu’ils veulent avec : s’ils n’ont pas envie de se marrer, ils ne se marrent pas et puis c’est tout.
Je fais du rock indé et dans ce milieu faut pas déconner, faut pas arriver habillé en Bioman, faut pas arriver avec des poneys, faut faire la gueule et se faire chier.
Tu as joué récemment dans un Point Éphémère plein à craquer, avec notamment beaucoup de gens lunettés et qui chantaient en chœur : comment as-tu vécu cette date de lancement ?
C’était une belle date pour nous. C’est allé très vite, le public nous a suivi super vite : on a plein de petits groupes qui sont derrière nous. Donc pour nous c’est cool de pouvoir jouer devant vraiment notre public. Une date parisienne comme ça c’est un super souvenir, et puis pouvoir le faire avec les M&M’s, l’équipe du disque, les cuivres, Jane, c’était mortel. Vraiment super souvenir !
Quels sont les albums que tu écoutes en ce moment ?
Hold time de M. Ward, Dear John de Loney Dear…. Et le dernier Animal Collective qui est pas mal. Voilà c’est ce que j’ai en ce moment dans mon Ipod.



Rod 5.04.09 | 12:26
je crois que c’est la meilleure interview du site : non seulement c’est super fourni niveau contenu, mais en plus il est complètement barré au niveau des réponses.
cool :)
charlotte 5.04.09 | 15:17
complétement d’accord avec toi Rod. On sent qu’ava maitrise le sujet ;)
AVA 5.04.09 | 21:30
Cool, merci :)
@Charlotte >> t’as vu j’ai potassé grave :D