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Charles-Baptiste

HibOO d'Live Hors Série : Rencontre avec Charles Baptiste, pianiste chanteur

Quand tu as un blog à couleur musicale, il t’arrive de vivre ce que certains appellent ‘des rencontres inattendues’. Et lorsque ces dernières deviennent un rendez-vous fréquent, la sensation d’excitation finit par s’étioler, l’événement devenant une récurrence. Sauf que voilà, comme le tout est différent de la somme des parties (si si : goûte une pâte à crèpes, ce n’est pas la même chose que de mettre dans ta bouche de la farine + des oeufs + du lait + du sucre), l’on se retrouve un jour nez à nez avec un OVNI. Ces extraterrestres qui peuplent la planète sont légion, mais ils apparaissent aux yeux de tous comme des gens normales normaux (note de grammaire : gens est masculin si l’adjectif se situe après, féminin s’il se situe avant … OK), souvent dénuées de ce qui les caractérise pourtant : un léger grain de folie.

J’avais été approché en mai par l’éditeur de Charles-Baptiste pour réaliser 12 sessions pour un projet intitulé ‘Charles-Baptiste, chanteur de France’. L’idée était de filmer ‘comme des HibOO d’Live’ 12 plans séquences un répertoire uniquement constitué de reprises, réparties en fonction des auteurs et de leur région de naissance. L’idée étant d’avoir un panel représentatif, bien que très loin d’être exhaustif, des influences de Charles-Baptiste (qui donc est un vrai auteur-compositeur, et non un mec qui s’amuse au piano à refaire à sa sauce des chansons déjà entendues ci et là).

Ma première rencontre avait eu lieu chez lui, dans le 14ème, non loin d’Alésia. Dès les premières secondes, j’ai senti que le mec était prêt à tout, qu’il était un vrai personnage, contradictoire, passionné, habité, ludique. On s’est donc vu, revu et rerevu pour filmer durant ce mois de mai les 12 titres. Et crois-moi, un mec qui est capable de passer de Justice à Pierre Bachelet, d’Etienne Daho à Philippe Katerine, ça te donne forcément envie de te jeter à l’eau avec lui.

Day #01 : Atelier Walbecq, aka chez Eric

Tout ce dont je me rappelle, c’est qu’Eric n’habite pas forcément très loin de la Place Monge. Je serais dans l’impossibilité d’y retourner. Mais une chose est sûre, cette première série de sessions a donné le ton, et je crois qu’on a tout de suite accroché avec Charles-Baptiste quant à ce qu’on voulait tirer de cette série : ne jamais filmer de la même manière, toujours s’adapter aux tempi, et éviter plus de 2 prises par titres pour garder la spontanéité du truc (et hormis 2 chansons sur l’ensemble, tout n’aura été finalement que one shot). Dans l’ordre, on a tourné Les Mots Bleus (Jean-Michel Jarre, Rhône), La fièvre dans le sang (Alain Chamfort, Ile-de-France) et Ma doudou (Henri Salvador, Dom Tom). Ce petit piano droit, situé dans un petit atelier faisant office de chambrette, totalement désaccordé … difficile de rêver mieux pour une première.


HibOO d’Live HS : Charles-Baptiste ‘Les mots bleus’

HibOO d’Live HS : Charles-Baptiste ‘La fièvre dans le sang’

HibOO d’Live HS : Charles-Baptiste ‘Ma doudou’

Eric nous invite à prendre un verre, et l’on essaie de voir où l’on pourrait enregistrer ensuite (ah oui : petit rewind. Au départ, l’idée était de filmer dans 12 régions différentes les dites chansons, pis faute de logistique et de temps (j’allais partir en tournée avec Ricard pendant que Charles-Baptiste commençait sa tournée en province), on a décidé de tout faire à Paris … sauf qu’entre le premier rendez-vous avec les multiples pistes pour trouver des pianos ci et là, et le jour J … aucune démarche n’avait été faite, donc on a tout fait … à l’arrache). Je ne me rappelle plus de comment l’idée du plan est venu, mais Charles-Baptiste a téléphoné au Mini-Palais, et là, coup de bol immense “si vous venez dans les 30 minutes qui suivent, c’est jouable, vous pourrez enregistrer“. A bas les protocoles et autres autorisations d’usage, la chance était de notre côté, pas une minute à perdre.

Day #01 : **** Palais

On ne citera pas son nom, déjà que je devais pas citer le lieu. Mais voilà, le lundi est le seul jour où le **** Palais n’accueille pas de pianiste d’ambiance (tu sais, comme le mec qui joue de manière schizophrénique à la Défense et que personne ne l’écoute) ; un joli piano à queue Yamaha était donc à disposition, dans une alcove magnifiquement éclairée. Seule contrainte : ne pas filmer le lieu. J’ai résisté comme j’ai pu, mais je n’ai pas pu m’empêcher, d’une certaine manière, d’accrocher sur certaines colonnes et scuptures. Malgré le bruit d’une fontaine et la circulation assez prononcée, j’arrive à isoler Charles-Baptiste, qui, bien chaud, enchaînera 2 titres : Café de Flore (Etienne Daho, Bretagne) et Emmanuelle (oui oui, on parle bien de la série érotique – Pierre Bachelet, Nord Pas de Calais).


HibOO d’Live HS : Charles-Baptiste ‘Café Flore’

HibOO d’Live HS : Charles-Baptiste ‘Emmanuelle’

Le premier jour de tournage était terminé. Charles-Baptiste et moi n’avions hâte que d’une chose : réitérer l’expérience au plus vite. Sa manière de revisiter certains titres m’ont vraiment interpellé (je crois que je n’avais jamais vraiment fait gaffe, par exemple, aux paroles magnifiques des Mots Bleus)

C’est alors que le jeune compositeur-auteur-interprète a commencé à se transformer en VRP redoutable, n’hésitant pas à argumenter avec sa manière si spéciale de s’exprimer (qui prête à sourire, tant il est – je le répète – un personnage sorti tout droit d’une BD) … et pour le jour suivant (qui sera la plus grande journée marathon du projet) ne sera pas de tout repos : l’on enchaîna en effet 3 lieux totalement différents : la salle Colonne et son acoustique sublime, La Closerie des Lilas et son accueil pitoyable (appelons un chat un chat) et Shakespeare and co (La Closerie, prends exemple sur ces anglaises en terme d’accueil).

Day #02 : La Salle Colonne

Au delà d’un piano à disposition, Charles-Baptiste et moi avons été reçus comme des rois : nous avons pu disposer à notre guise de la salle. Gestion des lumières, déplacement des instruments … le son est exceptionnel. Cette salle récemment réouverte est idéale pour toutes les formations acoustiques. De tous les titres repris, c’est bel et bien celle de Francis Cabrel (Midi-Pyrénées), Encore et Encore, qui a demandé le plus d’efforts, notamment physiques. Dépourvu de steadycam, je me suis arrangé pour filmer en chaussettes pour amoindrir les chocs, et à contracter mes bras le plus possible pour éviter que l’image ne soit trop brouillonne. De loin, le titre le plus puissant (visuellement et musicalement) de toutes les covers planifiées. Après avoir perdu au moins … 20gr et 2 litres d’eau, on a rangé le sublime piano à queue pour un celesta : le son était incroyable, aérien … du coup, pour Courchevel (Florent Marchet, Centre), j’ai mis un Zoom H1 le plus loin possible, pour qu’il s’imprègne le plus fidèlement possible de ce que je pouvais percevoir à l’étage. Bon pas de bol à ce moment précis, j’ai filmé comme un sagouin, mais le son rattrape tout. Vive le Zoom H1.


HibOO d’Live HS : Charles-Baptiste ‘Encore et Encore’

HibOO d’Live : Charles-Baptiste ‘Courchevel’

Day #02 : La Closerie des Lilas

Le temps de remercier notre hôte de la Salle Colonne et nous voilà parti pour La Closerie des Lilas, une brasserie hype comme il en existe tant à Paris : pas accueillis, puis mal accueillis, le responsable, que l’on a demandé à voir pour confirmer le rendez-vous, n’a jamais daigné venir. Les employés, à la demande d’un truc rapide à manger (genre un truc de ouf : sandwich) usèrent de leur plus joli dédain pour signifier clairement qu’ici on est dans la cour des grands – ce qui se confirmera avec le prix éhonté de mon coca-zéro menthe. Charles-Baptiste squatte le piano, et le personnel organise alors ZE festival : et on bouge les micros pendant l’enregistrement, et on passe l’aspirateur à 30 centimètres du piano, et on jette les fourchettes juste à côté des micros … non mais la TOTALE. Un lieu typique de Paris, juste là pour le fric (et encore, vu l’accueil, ça doit limiter la clientèle) et qui a oublié d’embaucher des gens qui aiment les clients. Alors du coup, on a fait au plus vite, et c’est le Barbecue à l’Elysée (Philippe Katerine, Loire) qui sera la “victime” de cet endroit. On avait bien tenté Camélia Jordana et son célèbre non, non, non, mais quand c’est trop, c’est tropico.


HibOO d’Live HS : Charles-Baptiste ‘Barbecue à l’Elysée’

Day #02 : Shakespeare and Co’

Cette fois-ci, c’était moi qui avait dégoté le plan : il faut dire que Jemma m’avait déjà accueilli comme un roi pour mon HibOO d’Live avec Moriarty, et c’est d’ailleurs grâce à cette session que je savais que se cachait à l’étage un piano droit, entouré d’une forêt de livres au moins 3 fois plus vieux que moi. La légende veut que Marianne Faithfull ait enregistré un titre ici même, son ingé son ayant trouvé à la petite pièce “une acoustique exceptionnelle”. En effet, la couleur sonore de ce petit 5m2 est unique : mat, précis, absence totale de réverbération … ce n’est pas forcément adapté à tous les styles. On ne s’est pas retrouvé à Shakespeare and Co’ par hasard (si tu as l’envie/le courage/la folie – tu coches – de regarder toute la série, tu verras que malgré le côté arrache, tout a été planifié et adapté en fonction des titres, wi wi) ; puisque la seule cover dans la langue de Shakespeare est D.A.N.C.E de Justice (Franche-Comté). D.A.N.C.E. fait partie des 2 titres où l’on a été obligé d’enregistrer à 2 reprises, Charles-Baptiste et moi étions un peu excédés de notre lieu précédent, et une certaine tension commençait à apparaître. Heureusement, la 2e prise a permis de clôturer en beauté cette incroyable aventure.


HibOO d’Live HS : Charles-Baptiste ‘D.A.N.C.E.’

Toutefois, même si cette journée fut la plus intéressante, notamment en terme de performances, on a décidé de se focaliser par la suite selon un schéma plus simple : 1 session = 1 journée. Un deal que l’on a tenu … 1 jour. Le dernier.

Day #03 : Showroom Pleyel

Le Showroom Pleyel m’avait interpellé il n’y a pas si longtemps. C’était en janvier dernier, j’étais venu pour prendre quelques photos de Patti Smith juste à côté (la salle Pleyel, donc). Un magnifique piano kitscho-rococco ultime, enrobé d’or fin et de gravures XVIIIe, m’avait flashé la fovéa. Je m’étais juré de filmer un artiste dessus (avec peu d’espoir, le prix indiqué sur la bestiole était de 150 000 euros). Entre temps, le piano a été vendu, mais on s’est retrouvé dans une caverne remplies d’instruments dessinés comme des meubles. Le son est particulièrement mat (de la moquette partout, ça ne pardonne pas), Charles-Baptiste choisit parmi tous “son piano” et l’on décide d’enregistrer uniquement Non, Non, Non de Camélia Jordana (PACA). Là aussi, on se souviendra de l’accueil exemplaire.


HibOO d’Live HS : Charles-Baptiste ‘Non Non Non’

Day #03 : Les Pianos Gervais

Ce couple ultra passionné s’était rappelé de moi – et de ma calamiteuse session avec Budam … ah bah oui, à l’époque, je n’avais pas de micro cravate hein, alors va prendre le son d’un mec qui certes hurle, mais qui tape sur le piano 10 fois plus fort qu’il ne chante). On hésitait entre 2 pianos, l’un à queue et l’autre droit … l’un pour des raisons esthétiques, l’autre pour le son. Et puis, on s’est regardé, et on a eu la même idée : pourquoi ne pas jouer le seul titre connu de Cookie Dingler (Rhin), Femme Libérée sur 2 pianos ? Bien sûr, cela semblait tout de suite acrobatique, mais en 1 prise, c’était dans la boîte. On a ensuite appris avec tristesse que les Pianos Gervais allaient disparaitre. Le piano ne se vend plus, et quand il se vend, il sert avant tout de mobilier pour décorer un immense salon. Il s’agit donc de la dernière session filmée dans ce lieu, qui a pourtant vu défiler bon nombre de filmmakers en herbe.


HibOO d’Live HS : Charles-Baptiste ‘Femme libérée’

Day #04 : chez Charles-Baptiste

On s’était un peu perdu de vue : j’étais parti avec Namasté, Puggy et Julien Doré à travers toute la France pour la tournée Ricard S.A. Live, et Charles-Baptiste avait débuté sa tournée de province. Ce jour là, j’ai eu un double choc en le revoyant : d’une part, il avait abandonné sa coupe Michelbergérienne en retirant au moins 10 centimètres de sa crinière. Et il était habillé “en personne normale”. Je veux dire que je n’ai jamais vu Charles-Baptiste autrement que bien habillé. En ce dernier jour de tournage, le monsieur avait troqué ses vestes bien taillées pour du jean. De la tête aux pieds. Pour l’Aziza (Daniel Balavoine, Aquitaine), on avait au préalable tenté un truc plus démentiel : chanson de tolérance, on avait caressé l’espoir qu’une Eglise de Paris, y compris celle de St Roch (celle là même où j’ai filmé des styles improbables : de l’electro avec Owlle et du rock bien saturé avec Lisa Portelli), accepterait l’idée de jouer … sur un orgue. Et bien sache-le : demander à jouer sur un orgue dans une Eglise est un blasphème visiblement aussi condamnable que faire du sexe sans préservatif. Du coup, la solution de repli fut chez Charles-Baptiste lui-même : j’avais eu mon premier rendez-vous là-bas, je clôturais le projet ici même, la boucle était bouclée. Un lampadaire par terre, des ombres fantomatiques sur les murs blancs, peu de place pour bouger … l’avantage de bosser avec un artiste sur plusieurs sessions est qu’à la fin, tu n’es plus obligé de dire quoi que ce soit : chacun sait ce qu’il a à faire, et paradoxalement, c’est dans ce privilège absolu que tu obtiens les choses les plus spontanées.


HibOO d’Live HS : Daniel Balavoine ‘L’Aziza’

L’histoire veut qu’entre-temps, c’est à dire entre l’enregistrement des sessions et leurs mises en ligne sur une application Facebook, Charles-Baptiste vient de signer chez Mercury/Casablanca. Mais avec ses propres compositions, cette fois-ci.

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