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Cashback

Cashback, un film de Sean Ellis | Photo : Keeley Hazell

Ben Willis , étudiant aux Beaux-Arts, se fait plaquer par sa petite amie Suzy. Devenu insomniaque suite à cette rupture, il se met à travailler de nuit au supermarché du coin. Là, il fait la connaissance de quelques personnages hauts en couleur qui cultivent, chacun à sa manière, l’art de tromper l’ennui pendant les longues heures de travail. L’art de Ben consiste à imaginer qu’il suspend le temps, ce qui lui permet d’apprécier la beauté du monde “en mode pause” et des êtres qui le peuplent. Il est particulièrement sensible au charme de Sharon, la discrète caissière qui détient peut-être la clé de ses insomnies.

Avec Cashback, Sean Ellis procède à une opération étrange, celle de transformer son court métrage homonyme de nombreuses fois primé en un long métrage qui a de fortes chances de subir le même sort. A l’origine, le scénario évoquait la façon de traiter l’ennui durant les 8h de travail dans un supermarché, et ce film a complètement été intégré dans une oeuvre qui aborde plus largement les notions de la beauté de manière générale mais aussi et surtout l’oubli. En partant de ce thème, Sean Ellis tire une oeuvre mélancolique et drôle à la fois, mélangeant habilement les phases de doutes, d’introspection et celles complètement décalées à la limite du burlesque. C’est à travers cette méthode que le réalisateur nous permet de suivre le quotidien d’un jeune homme qui tente péniblement d’oublier son amour en se consacrant à autre chose et en espérant pouvoir aimer quelqu’un d’autre.

Cashback, un film de Sean Ellis | Photo : Emilia Fox et Sean Biggerstaff

La grande force de Cashback réside essentiellement dans son ambiance, une ambiance mise en place à travers les transitions des scènes. Ces dernières ne servent pas qu’à changer de lieu, mais à revenir en arrière dans la vie du héros, Ben, pour mieux mettre en exergue ses troubles récents via des flashbacks. Sean Ellis prend aussi le parti d’utiliser ces même effets pour faire ressentir de manière très perceptible les sentiments des personnages.

Le deuxième point important dans Cashback est la réflexion sur la beauté, sur sa représentation, sur son évocation, donnant lieu à toute une galerie de corps féminins plus ou moins dénudés tout au long du film, sans pour autant laisser planer le moindre soupçon de facilité ou d’impression racoleuse.

Malheureusement, si toutes ces idées sont bonnes et intéressantes, il subsiste un problème de mise en oeuvre au final : les scènes tirent régulièrement en longueur. Cela participe évidemment à l’ambiance de mélancolie générale qui teinte le film mais cela plombe aussi certaines scènes qui manquent cruellement de rythme et d’impact. Par ailleurs, ces lenteurs laissent paradoxalement trop peu de place pour exploiter les idées proposées et aller plus en profondeur dans l’étude des personnages.

Cashback, un film de Sean Ellis | Photo : Michael Lambourne, Sean Biggerstaff (de dos) et Michael Dixon

Pourtant la galerie de personnages présentés dans Cashback est suffisamment intéressante pour permettre d’en tirer des interactions plus poussées, des relations plus profondes ; néanmoins les comédiens des différents rôles sont très bons dans leur interprétation, donnant une véritable impression de réalité à leur personnage. Le plus marquant restant quand même, et sans conteste, l’interprétation de Ben par Sean Biggerstaff.

L’accumulation de bonnes idées aussi bien au niveau de l’histoire que de la réalisation aurait pu faire de Cashback un excellent film, malheureusement il lui manque un peu de profondeur, un peu plus d’implications dans les idées énoncées pour parvenir à ce résultat : transformer un très bon court métrage en un long métrage au moins aussi bon n’est finalement pas chose aisée. Il n’en reste pas moins que Sean Ellis nous livre un film qui mérite d’être vu, d’être apprécié, proposant un message intéressant et qui, malgré ses quelques défauts, reste un bon premier long métrage.

2 commentaires

  1. Après avoir hésité Ã

  2. Cashback a quand même eu une sortie quasi-confidentielle un peu partout.
    Je l’ai vu Ã

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