Le HibOO

Bug

Bug, film de William Friedkin | Photo : Ashley Judd © Metropolitan FilmExport

Agnès vit seule dans un motel désert. Elle est hantée par le souvenir de son enfant, kidnappé plusieurs années auparavant, et redoute la visite de son ex-mari, Jerry, un homme violent récemment sorti de prison. Dans cet univers coupé du monde, Agnès s’attache peu à peu à un vagabond excentrique, Peter. Leur relation tourne au cauchemar lorsqu’ils découvrent de mystérieux insectes capables de s’introduire sous la peau. Ensemble, ils vont devoir découvrir s’il s’agit d’une folie partagée ou d’un secret d’Etat…

Chef d’oeuvre ! Pas besoin pour une fois de partir dans un discours long et explicatif, Bug est un véritable OVNI qui risque de ne pas trainer longtemps dans les salles obscures, et pour plusieurs raisons. William Friedkin n’est ni plus ni moins que le géniteur de l’Exorciste, et son nouveau rejeton en est aux antipodes (sur la forme). Il mêle avec talent (génie !?) scènes incroyablement crues avec cadrages somptueux, huis clos opressant avec jeux de lumières subtils, casting réduit pour interprétation sensationnelle. Le duo formé par Ashley Judd et Michael Shannon est une référence : leur folie / paranoïa / amour sont si intenses et si bien amenés que les scènes finales seront d’une cruauté visuelle et psychologique comme rarement vues au cinéma. Jusqu’à créer un sentiment de malaise et d’angoisse, et de se dire “et pourquoi pas ?”.

Bug, film de William Friedkin | Photo : Ashley Judd et Harry Connick Jr © Metropolitan FilmExport

Outre le côté sensationnel avec pourtant des moyens visiblement minimalistes (mais ô combien maitrisés), William Friedkin en profite, comme il avait pu le faire avec l’Exorciste, pour pouvoir critiquer sur le fond la société américaine ; cette fois-ci c’est l’information / désinformation et la technologie qui sont les cibles visées, mais aussi le malaise sentimental existant aux XXIe siècle, où des êtres seuls, meurtris, finissent par se trouver et se comprendre. La prouesse du réalisateur est de nous emmener systématiquement sur de fausses pistes, il est impossible de tout saisir. Cette volonté de brouiller la narration (l’un des points étonnants étant la non notion du temps) perdure jusqu’à la dernière seconde du générique, avec deux plans remettant complètement en cause ce qui a été vu. Réalité ? Paranoïa ? Schizophrénie ? Fantasme ? Le véritable bug finalement dans cette histoire, c’est l’electrochoc que ce film peut causer aux neurones, tant par les messages véhiculés, l’atroce beauté des scènes, la narration déroutante ou encore le magnifique / effrayant jeu des acteurs. Chef d’oeuvre ! (Et cela donne envie de lire l’oeuvre de Tracy Letts, et/ou de voir Bug dans sa forme originelle, à savoir une pièce de théâtre)

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