Concerts de soutien pour le Kalif

Un projet crée il y a 10 ans route de Darnétal. Un lieu de répétition pour tous les musiciens de l’Agglo. Des groupes qui aujourd’hui sont reconnus et qui n’auraient jamais pu connaitre le destin du succès si cette salle n’avait pas été créee. Aujourd’hui, le Kalif connait 2 difficultés : financière, mais surtout, l’arrivée du Hangar 106 conjuguée à l’absence totale de concertation avec le lieu laisse tout simplement penser à une fermeture au profit du projet qui se veut salle de concert et de répétition. Retour sur 3 jours où les rouennais ont plus que soutenu la scène locale : un espoir.
Le Kalif a en quelque sorte été la source de quasiment tous les groupes rouennais. Qu’ils soient devenus professionnels, reconnus, ou juste pour le plaisir, la structure a largement fait ses preuves au fil de ses 10 années d’existence comme un support indispensable pour la scène musicale locale. On n’arrive à peine à imaginer que des Tahiti 80, des Steeple Remove, des Dogs, des Mr Lab! auraient pu ne jamais se se développer sans cette salle. Avec le temps, le Kalif a tenté les concerts, avec un succès non négligeable, notamment pour les musiques reggae et métal.
Néanmoins, malgré les preuves évidentes de l’apport culturel de cette salle au fil des ans, le projet connaît des difficultés financières propres à toute asso en plein succès, mais à l’instar d’un Exo7, le Kalif risque d’être évincé pour LE projet culturel répondant au doux patronyme de Hangar 106. En effet, le Hangar 106 sera à la fois salle de concert et salle de répétition ; en oubliant de concerter la structure qui a si bien servi les musiciens durant une décennie, la gronde monte, et un collectif se crée : SuperGroup(e), où les musiciens attachés au lieu se veulent l’écho d’une voix oubliée dans les discussions de l’Agglo.

Stéphane Maunier qui s’occupe actuellement du Kalif opte pour la communication intelligente, en sortant une compilation - simplement appelée Supergroup(e) - et avec le soutien de la FNAC et du Trianon Transatlantique, organise une série de 3 concerts. Tout commence le jeudi 6 avril avec un showcase qui ne connait pas le succès escompté, nonobstant 3 groupes d’une qualité indéniable. A commencer par Jee Bees, dont les mélodies et la voix plus que sublime rappelle ces vieilles chansons période Beatles mais surtout King Presley. Suivi par Decasarafi, chanson française emmenée par une chanteuse expressive et charismatique, accompagnée de musiciens plus que talentueux, pour finir avec Mr Lab! qui se voit pour la 2e fois (la première fut lors du concert de soutien aux enfants malades du SIDA en Afrique à la Salle Ste Croix les Pelletiers) dans sa formation acoustique, à savoir un Yves Labbé et un Toz caressés par des nappes de violon / violoncelle, avec des morceaux complètement remaniés, dont le sublime He’s the One. Cette session FNAC était retransmise en direct sur la radio HDR (99.1)

Le lendemain, le Trianon Transatlantique accueille Green Fist, Steeple Remove et The Elektrocution. Diversité musicale extrême, le public l’est tout autant, et démontre à quel point la culture musicale locale est riche, et de qualité. Avec ses 250 entrées, le concert est un véritable succès. Green Fist, déjà aperçu dans les caves sombres de l’Emporium, jouait donc pour la première fois sur une “vraie scène”. Agés de 18 ans, les membres s’en donnent à coeur joie, et malgré un style musical éprouvé (influences Offspringiennes évidentes), le line up assure vraiment, saute, et s’accapare l’immense scène. Le groupe a fait bonne impression, et laisse augurer une relève de qualité. Steeple Remove avait marqué les esprits aux Terrasses du Jeudi 2005, avec leur musique electro / pop / zen / cool / rock parfois pinkfloydienne. Le charisme hypnotique du chanteur, la fureur du guitariste, les sons electros grisants … tout est fait pour que le groupe méduse les 500 oreilles présentes. Néanmoins, la soirée atteindra son paroxysme avec The Elektrocution. Véritable claque, les bad boys addicts au Punk rock garage en mettent plein la vue et les oreilles dès les premières secondes. Dire que ces mecs sont fous serait un doux euphémisme. Ils ne jouent pas du rock, ils sont possédés par le rock. Chaque note est ressentie comme une violence incroyable, ils sautent, se contortionnent, tombent, ils électrisent. Une maitrise musicale totale, un sens inné du jeu de scène, The Elektrocution est de très loin le groupe le plus barré de la ville, et on en redemande !

Dernier jour en ce 8 avril, avec une fois de plus 3 groupes avec des influences musicales extrêmement variées. Ce soir le public, un peu moins nombreux, mais toujours présent, verra La Mygale et sa fusion atypique, Kinkeliba et son reggae éprouvé, et Bad Joke et son hip hop metallo rock drum … La Mygale ouvre le bal. Dire qu’il s’agit de leur meilleure prestation ne doit pas être très loin de la vérité. Le groupe s’éclate, malgré un public très timide et timoré face à cette avalanche technique et musicale complètement inclassable. Un chanteur charismatique très hip hop, une session basse / batterie assez métal, du scratch et une guitare qui jongle avec tous les styles musicaux : blues, rock, bossa. Le groupe en met plein les mirettes, même si ce soir là le guitariste va en scotcher plus d’un avec son aisance inouie accompagnée d’un niveau technique incroyable. Enchaînement avec Kinkeliba. Kinke’, c’est un peu comme beaucoup de groupes rouennais talentueux, qui auraient pu connaitre le succès, mais qui pour des raisons diverses, n’ont jamais pris le train. Malgré un reggae peu inventif, pour ne pas dire convenu, le groupe met l’ambiance dès les premières notes, et les sourires sincères du chanteur donnent envie de se plonger dans les rythmes dansants. Le public est conquis. Reste le dernier groupe, Bad Joke. A l’instar de la Mygale, il s’agit d’un OVNI musical : les non curieux et habitués du couplet / refrain goldmanien de 3mn30 sont perdus, mais le groupe a ses fidèles. Arpentant divers styles musicaux, débordant d’énergie, le groupe propulse le Trianon Transatlantique dans une autre dimension. Les lights minimalistes confèrent une atmosphère particulière, impossible à rendre du coup en photo … Bad Joke, c’est 100% original, et surtout 100% rouennais.
La Ville, le Département et l’Agglo devraient donc se pencher davantage sur le dossier Kalif. 10 ans d’efforts qui ont servi à une culture parfois méprisée ne peuvent être annihilés sans concertation. Si certains se sentent offusqués par le CPE, Rouen devrait se sentir coupable de ne pas soutenir davantage un projet viable, intéressant, et qui représente une certaine fierté sur le plan national de groupes talentueux qui sont nés de cette salle. Wait & See.