L’idée fixe au Théâtre Edouard VII
Un philosophe atteint par le mal d’amour, essaie de tuer cette douleur, cette “idée fixe” qui le ronge, en escaladant ces gros rochers qui surplombent la Méditerranée. Tout à ses idées tristes, il est dérangé par un médecin de ses connaissances, un véritable casse-pieds. Celui-ci, en vacances, vient peindre la mer si belle à cet endroit, et éventuellement, pêcher quelques poissons… En fait, il tente de tromper lui aussi son “mal”. Le mal de l’activité, même en vacances. Mal d’amour et mal de l’activité vont se rencontrer, s’opposer, se mesurer. Tout y passera, la vie, la mort, les hommes, les dieux… En fait, notre “casse-pieds médecin” a compris très vite qu’il faut sauver cet homme de ses démons. Entre eux, naîtra une belle fraternité, une tendresse sourde mais réelle. On rit beaucoup, à les voir se battre à coups d’idées, d’analyses, de théories, et puis soudain, l’émotion nous gagne tant ils sont humains. Un texte magnifique, servi par deux acteurs superbes.
- Où ? : Théâtre Edouard VII, 10, place Edouard VII 75009 PARIS
- Quand ? : depuis le 19 janvier jusqu’au 31 mai 2007
- Horaires ? : Mardi au samedi à 21H00 / Samedi à 18H00 et 21H00 / Dimanche à 15H00
- Combien ? : de 28,50 Ã 47,50 euros
Accepter une invitation pour aller voir une pièce de théâtre sans savoir de quoi il retourne, sans même avoir pris le temps de voir le titre de la pièce permet d’y aller l’esprit vierge de tout à -priori et ouvre la voie à plus de surprises. Pour le coup, il s’agissait de “L’Idée Fixe“, un pièce tirée du livre éponyme de Paul Valery et mise en scène par Bernard Murat.
Sur scène, justement, nous retrouvons le même Bernard Murat ainsi que Pierre Arditi dans un décor de bord de mer méditerranéen pour suivre un dialogue entre les deux personnages tout au long d’une journée.
L’idée initiale de l’Idée Fixe était, pour Paul Valery, de regrouper l’ensemble de ses pensées et de ses notes prises durant plusieurs années dans un seul ouvrage et de s’en servir comme base à un échange verbale entre un philosophe et un médecin. Le principe de base pose aussi les défauts de la pièce : on se perd un peu rapidement, le but commun qui unit les protagonistes n’est pas clairement visible et surtout le côté décousu des idées rend le tout parfois très difficile à suivre. On saute assez facilement de pathologies en pathologies, de références en références, de la science à la philosophie, de la médecine à la religion et j’en passe….
Les dialogues sont, certes, bien écrits, très bien documentés mais parfois, voire même souvent, un peu trop lourds et trop longs : il n’est pas rare, au détour d’un monologue de ne plus saisir les tenants et les aboutissants des idées exposées, de ne plus comprendre pourquoi on est en là , d’où on vient et où l’on va.
Si la longueur des tirades peut peut être difficile à apprécier il va de même pour le style et le vocabulaire utilisé : à croire que Paul Valery choisissait expressément les mots les plus compliqués disponibles pour illustrer ses idées. De plus, le style littéraire reflète celui en vogue à l’époque de l’écriture du livre (en 1932, pour information), et se trouve être très ampoulé, rendant le tout encore plus compliqué.
Nonobstant le style quelque peu suranné de l’écriture, les thèmes évoqués sont toujours autant d’actualité : les réflexions sur l’occupation de l’esprit, sur la notion d’”idée fixe” justement, sur le temps qui passe trop ou pas assez vite, sur tout ce qui peut traverser la tête de tout à chacun… ce qui rend la pièce toujours aussi “accessible” aux idées développées. Mais le texte ne fait pas tout au théâtre, il y aussi les comédiens sur scène qui donnent vie aux personnages. Pierre Arditi et Bernard Murat sont très bons sur scène, réussissant à parfaitement donner vie à ce philosophe perdu dans ses propres idées et obsessions et au médecin pragmatique et cartésien. Mention spéciale aux jeux de lumière projetés durant les 1h45 de la pièce offrant parfaitement l’illusion de la progression du jour de l’aube au coucher, et entraînant d’autant plus facilement le spectateur dans le monde de ces deux hommes plus ou moins perdus.
Malgré un texte très dense et très compliqué, L’Idée Fixe offre un excellent moment de théâtre d’une part par le jeu des deux comédiens sur scène et d’autre part par la thématique exposée, même si il semble y manquer un véritable but pour guider la pièce.
Il faut juste (et surtout) noter qu’il vaut mieux être en pleine forme pour réussir à suivre la pièce : un peu trop de fatigue et l’on est certain de se faire larguer dès la deuxième tirade sans réussir à reprendre le train ensuite.