Stef - Les Boukakes

Les Boukakes nous viennent de Montpellier, ils jouent un rock arabisé et dansant. Seulement quelques curieux s’invitent à la fête en cette fin d’après midi. Encore peu connus en France, on peut parier que 2007 sera l’année des Boukakes. C’est après le concert que nous rencontrons Stef, clavier du groupe, pour une interview placée sous le signe de la déconnade.
Quelles sont vos réactions à chaud de ce concert ?
Stef : C’était comme un concert d’après midi, c’est un peu les vacances pour le public, pour le groupe ; quand il fait jour, c’est autre chose, c’est beaucoup plus cool, plus tranquille. Il n’y a pas les éclairages, les fumées, c’est plus convivial, plus humain finalement. On voit le public, ce qui est assez rare, puisque sur scène, on a toujours les lumières en face de nous. C’est un bonheur de regarder ce qui se passe, de voir quelle est la réaction en direct, si le public danse, s’il comprend cette musique, et à priori, ça a été le cas !
Préfères-tu jouer de journée ?
S : Non, c’est juste un autre contexte, c’est insolite et rigolo pour nous de voir le visage des gens. Mais dans les deux cas on aime jouer, l’après-midi, le soir…
Les Boukakes : c’est le réunion de macaques et bougnoules, qu’est ce que cela représente pour vous ?
S : Nous ne l’avons pas inventé, c’est une insulte qui a été portée aux nues par le Front National, dans les années 85/90, où ils avaient écrit un tract sur le programme d’un boukake : ils se reproduisent en septembre, et touchent les allocations en octobre… On a trouvé assez sympa de s’en servir d’étendard, c’est un joli pied de nez à toute l’extrême droite.
Vous avez été toute cette année en tournée, comment s’est elle passée ?
S : Nous sommes ravis ! Nous faisons parti de ces groupes qui vendent assez peu d’albums, mais comme nous sommes bien implantés dans les réseaux de Musique du Monde, nous tournons beaucoup. Paradoxalement, nous avons eu assez peu de dates en France, deux ou trois concerts seulement, et une bonne soixantaine à l’étranger. Je ne vous cache pas qu’une tournée est fatigante, c’est beaucoup de kilomètres, d’avions, de bus, un jour nous sommes à Rome, le lendemain à Berlin… mais c’est très exaltant !
Comment êtes-vous accueillis dans les autres pays ?
S : Ca marche très bien dans tous les pays du Nord : Danemark, Belgique, Allemagne, Hollande, Suède… ils adorent cette musique, ils sont en train de la découvrir. Il faut dire que notre musique n’est pas très traditionnelle, nous nous servons de rythmes et de chants orientaux, et nous y ajoutons de la musique occidentale très teintée rock, funk, reggae voire même du ska. Les pays qui sont peu habitués à cette culture là ont donc des points de repères par ce métissage et ce mélange. Le public le plus dur d’Europe est le public italien ! Ils sont très difficiles à faire bouger, on y arrive, mais c’est plus compliqué qu’ailleurs.
Nous ne sommes pas très à l’aise avec la langue française, parce qu’elle est un peu moins rythmique, et ça nous arrange de ne pas donner un sens directement compréhensible à nos chansons. C’est une musique qui est surtout là pour la danse, pour la transe, et mettre des paroles serait presque parasitaire. Le discours n’est pas là, mais il est au laisser aller du corps et de l’esprit, sans se préoccuper du contenu
Vous mélangez beaucoup de styles différents, quelles sont vos influences ?
S : En général, nous allons d’abord puiser dans le vivier rythmique du Moyen Orient, parce que très riche, et ce du Maroc jusqu’en Egypte. Nous prenons donc ces impacts rythmiques là, que nous marions avec un peu de funk, de rock… La plupart d’entre nous venons de la culture rock, alors que notre chanteur, Bachir, qui est algérien, et notre percussionniste Imed, égyptien, s’occupent de nous maintenir dans la touche orientale. C’est un vrai dialogue que nous avons avec l’autre côté de la Méditerranée.
Vous n’avez aucune chanson en français, pourquoi un tel choix ?
S : Nous ne sommes pas très à l’aise avec la langue française, parce qu’elle est un peu moins rythmique, et ça nous arrange de ne pas donner un sens directement compréhensible à nos chansons. C’est une musique qui est surtout là pour la danse, pour la transe, et mettre des paroles serait presque parasitaire. Le discours n’est pas là, mais il est au laisser du corps et de l’esprit, sans se préoccuper du contenu. Nous venons tous de pays différents ; il y a un italien, un corse, des arabes, des français, le message serait plutôt là finalement.
Vous avez été découvert par le Printemps de Bourges, y a-t-il des avantages pour la suite ?
S : Je pense qu’un groupe peut très bien s’en sortir sans, mais il est vrai que c’est crédibilisant. Cela faisait trois ans que nous étions sur les rails quand nous avons été sélectionnés, et c’était bien de pouvoir nous montrer auprès des professionnels ; cela permet de se faire un peu plus connaître, mais cela ne suffit pas. Nous avons eu la chance d’avoir la même année le Printemps de Bourges et le Fair (ndlr : bourse attribuée par des professionnels, à un groupe). Les deux cumulés, c’est un mariage en Or !
Etes vous en période de transition entre amateurisme et professionnalisme ?
S : Cela fait 3, 4 ans que ce virage est amorcé : c’est notre métier, nous en vivons. Il est vrai que cette année, grâce à quelques bonnes dates comme le Sziget, on met le pied dans une cour qui n’était pas la notre jusqu’à présent.
Vous êtes pianiste, quelle est votre formation ?
S : Au début je voulais être gynécologue (rires), et puis je me suis dit qu’il y avait trop d’études, donc je me sers de mes dix doigts différemment ! J’ai eu un clavier à 16 ans quand j’ai arrêté de voler des mobylettes ! Nous sommes tous très autodidactes, aucun n’a eu une formation musicale très pointu.