Solidays 2007
Solidays 2007. Une édition qui restera à part, et pour plusieurs raisons. D’une part, hormis le dimanche apocalyptique qui a bien plombé le festival, un temps magnifique, des festivaliers heureux, des artistes aux styles musicaux divers et variés. D’autre part, cette nouvelle mouture présentait bon nombre d’artistes revenus des temps anciens (c’est à dire les 90’s, voire bien avant, cf Skatalites), et rien que pour voir en live FFF, cela valait le coup de se déplacer. Enfin, malgré une concurrence très rude (Bobital, Décibulles ou encore Le Rock dans Tous ses Etats), le public, légèrement moins nombreux que l’an passé, n’a cependant pas manqué le rendez-vous. Retour sur 3 jours intenses.
Préambule

Le HibOO a failli ne pas avoir d’accréditation, et tout s’est décidé au dernier moment … malgré tout, vous verrez peu de photos de la scène principale : en effet, cette dernière mesurait environ 2,50m, et hormis quelques têtes furtives attrapées ci et là, impossible de réaliser des clichés corrects. Il restera donc les mots pour décrire les spectacles vus sur écran géant. Ce que je retiendrai de ce festival, ce sera la sympathie des autochtones, trop souvent oubliés des live reports. Ces derniers ont grandement contribué à la qualité de cette cuvée 2007. Et si vous n’avez pas envie de vous farcir tout le compte rendu, on pourrait résumer que les meilleurs concerts ont été FFF, Abd Al Malik, Adrienne Pauly, Renan Luce, The Sunshine Underground, Oxmo Puccino, Marcel et son Orchestre, Tokyo Ska Paradise Orchestra ou encore Diams (je n’aime pas du tout, mais le feu était là). Le pire concert vu et entendu sera sans nul doute Sean Lennon, qui malheureusement ne possède ni l’aura, ni la créativité sans limite de son père (mais surtout : est-il taillé pour une configuration festival ? Sa musique semble au contraire « parfaite » pour de petites salles), nonobstant le fait que Lauryn Hill n’était pas mal non plus dans le genre. On notera également le paradoxe entre la programmation et le public visé : en effet, la sensibilisation du sida est destinée surtout aux jeunes. Or bon nombre de groupes à l’instar d’FFF, Trust, Lauryn Hill ou encore Garland Jeffreys, issus d’époques plus ou moins lointaines, ne semblaient pas, au premier abord, adéquates à ce festival : là encore, le public me donnera tort FFF sera surtout constitué d’un bastion de fans issus de générations précédentes, et qui permettra au groupe de jouer devant un public conquis d’avance). Enfin, je retiendrai la bonne ambiance du côté backstage, lorsqu’il était possible de croiser du regard Renan Luce, Sinclair ou Kaiser Chiefs. Sans oublier ces rencontres avec 2 liégeoises, mais aussi Caro d’Atmosphériques ou Flo d’At(H)ome, véritables petits rayons de soleil dans un dimanche particulièrement diluvien. Bref, Solidays 2007, c’était vraiment bien.
Vendredi 6 juillet

Il fait beau. Très beau. Les festivaliers commencent doucement à entrer dans l’hippodrome de Longchamp. On y retrouve une configuration à l’identique que l’an passé : les 4 grandes scènes dispersées (répondant à Paris, Bagatelle, Domino et Phenix), le saut à l’élastique (où, d’après les échos de certains festivaliers particulièrement courageux, l’on devait faire la queue des heures durant), la roue échappée d’une foire, le village associatif, ou le chapiteau « Sex and the City » qui a connu un succès phénoménal (sans doute « Interdit aux moins de 18 ans » était un parfait aimant :)). Le stand PSP a été remplacé par LE jeu en vogue actuellement, « Guitar Heroes II », où il était possible d’assister à de véritables battles sur X-BoX360. Enfin, un stand de coiffure a permis à des centaines de têtes d’être totalement relookées : les coiffeuses ont réalisé parfois des prouesses étonnantes, leur travail se rapprochant souvent de celui d’un visagiste, calquant à la perfection le look de la coiffure à la personnalité dégagée des têtes volontaires. Voici donc le décor dressé. Les concerts débutent avec les Fatal Picards, les bons perdants de l’Eurovision, sur la scène principale (Paris). Il y a encore peu de monde, mais les bougres mettent d’emblée l’ambiance. Leur musique festive et communicative, leur jeu de scène bien rôdé et leurs vannes parfois douteuses mais délicieuses font mouche. Et dire qu’il y a 2 ans, ces loustiques n’avaient pour public que des afficionados capables de remplir de petites salles. S’en suivra un premier fight, c’est à dire un choix cornélien : The Sunshine Underground vs No One is Innocent. Le groupe anglais joue en phénix, l’un des deux chapiteaux du festival. Les anglais de Leeds propulsent le public dans un univers rock indie des plus savoureux ; chaque titre est un tube, le public saute, tape des mains, les ovations pleuvent. La prestation du groupe est sans faille, et Craig Wellington, charismatique au possible, ne cesse de déhancher son corps dès que sa bouche n’est pas scotchée au micro. Quelques dizaines de mètres à parcourir pour capter la fin du concert du concert de No One, et là aussi, c’est le feu : Kmar saute tel un marsupial déchaîné dans tous ses sens, sa verve légendaire n’est pas démentie. Et musicalement, ça envoie sévère. Quand je disais que le festival a vraiment bien démarré. Pas le temps de se remettre de ses émotions, et le second choix s’impose sans regret : je n’avais pas du tout aimé Editors aux Eurockéennes, direction donc Domino et Garland Jeffreys. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais ce petit homme est une véritable légende, qui a cotoyé dans les temps anciens un certain.. Bob Marley. Et le papi sur scène n’a rien à envier aux petits nouveaux excités : son univers est assez vaste, puisqu’il passe allègrement et sans difficulté entre rock, reggae, voire parfois, quelques petites pointes de blues. Le personnage séduit le public, de par son charisme redoutable, sa bonne humeur, et son amour évident de la scène et de la musique. La surprise est de taille, et plutôt bonne. Mais Solidays se distingue des autres festivals par son implication contre un fléau mondial qui touche des millons de personnes : et c’est ainsi, à fréquence régulière, que l’ambiance euphorique est stoppée nette pour un discours qui généralement calme. Au point presque de ne plus faire la fête. Des discours qui rappellent l’horreur du virus du sida, et des désastres qu’il engendre. Des discours prononcés certes par divers organisateurs, mais surtout des témoins vivants de la maladie, qui arrivent avec leurs mots à faire taire un festival tout entier. Ce rythme peut sembler au premier abord bizarre, mais l’impact en est d’autant plus fort : faire la fête, écouter des groupes avec légèreté et insousciance, mais aussi comprendre pourquoi l’on est ici est la philosophie même de Solidays. Après ce première prise de parole pour le moins émouvante, l’on redémarre en fanfare avec Marcel et son Orchestre. On peut parler de véritable furie. Que ce soit sur scène ou dans le public, l’osmose est au rendez-vous. Le rock / ska / variété déjanté et revisité du groupe, toujours aux déguisements tape à l’oeil permet au public de réaliser ses plus beaux slamms. Seul Tokyo Ska Paradise Orchestra et FFF arriveront à rendre le public aussi dingue. En Phénix, Marcel et son Orchestre se démène comme il peut. Son univers si – trop ? – proche de Noir Desir a bien du mal à convaincre : néanmoins, sa prestation – et la qualité sonore – était largement meilleure qu’aux Papillons de Nuit. L’autre match de la journée sera de taille : Kaiser Chiefs vs Mademoiselle K. J’avais adoré les 2 groupes (l’un vu à l’Olympia, l’autre au Trabendo), mais Kaiser Chiefs jouant toujours la même chanson, le choix se portera sur Katerine et ses acolytes. A ce moment précis, la batterie de mon appareil photo tombera en panne. Me restent alors les mots, et les images qui véhiculent dans la tête. Et il faut le dire : Kaiser Chiefs est une pure tuerie scénique. Certes je l’avais déjà écrit, mais son aura est telle que petite salle ou festival, elle captive et subjugue par son animalité rock évidente, qui comble largement la simplicité de ses chansons. Ses yeux globuleusement immenses happent toute personne normalement constituée, et le public est tout simplement aussi dingue – voire plus – que la vedette de Domino : un putain de show, en gros. Ayant déjà vu JoeyStarr une semaine auparavant à Belfort, il ne me fallut que quelques mètres pour rejoindre Phénix et découvrir Paolo Nutini. Dans le crash barrière, beaucoup de photographes semblent apprécier le monsieur. Je m’attends donc à de la grande musique. Si l’on excepte que le personnage est d’une beauté saisissante, qu’il doit avoir quelques bières dans le cornet, et que sa musique douce et mièvre sonnent pas trop mal, il faudra attendre la très belle reprise remise à jour par Moby « Natural Blues » pour commencer à accrocher. Pas assez pour revoir JoeyStarr, toujours aussi impressionnant. Et sa dérive vers le rap métal est un plus indéniable pour m’attirer. Le titan à la voix d’outre tombe met le paquet comme aux Eurockéennes, et la plage horaire (21h30 > 22h30) sied à merveille au colosse du rap. Difficile dès lors de trouver le moindre argument positif à Lauryn Hill, jadis reconnue comme une star internationale. Si elle en a gardé tous les défauts (seule artiste à interdire photo et vidéo), elle n’en a malgré tout plus la prétention : sa voix est fatiguée, sa prestation quelque peu insipide, et même si le public semblait médusé, rien ne me fera changer d’avis que la star de la journée n’arrivait pas à la cheville de tout ce qui s’est déroulée durant ce vendredi 6 juillet. Un vrai artiste fait rêver ; avec Lauryn Hill, on regarde un DVD vivant, sans âme.
Samedi 7 juillet

Il fait beau. Très beau. Comme un 6 juillet 2007. Mais en plus chaud et plus tôt. Et c’est à Nelson d’ouvrir le bal sur Paris. D’office, on sent le groupe quelque peu décontenancé par la taille démesurée de la scène : on sent bien que les marques sont difficiles à trouver. Et le public n’est pas encore vraiment arrivé. On aurait volontiers vu ce groupe electro/rock sur Phenix ou Domino, afin de retrouver les sensations que j’ai pu ressentir lors de leurs diverses prestations au Glaz’Art ou à la Flèche d’Or. Qu’importe, Nelson ne se démonte pas, et interprète vaillamment ses titres. Dans le public, un fan. Yarol Poupaud. Cela vaut sans doute, pour certains, tous les publics du monde. C’est à partir de 16h que le festival va commencer à décoller, avec deux prestations aussi différentes que sublimes à voir et à écouter : d’une part Tokyo Ska Paradise Orchestra, une bande de nippons tout de rose vétus qui se met le public dans la poche en 1 chanson, et d’autre part le trio jazz manouche tzigane aux pointes de folk/country Samarabalouf, qui explose la température de Phenix. Tokyo Ska Paradise avait mis le feu aux Eurockéennes, mais le public de Solidays a donné ses lettres de noblesse à « mettre le feu ». Le groupe, de par ses sourires communicatifs, son esprit radicalement décalé (que ce soient les tenues, le style musical qu’on n’arrive difficilement à associer au Japon, ou encore le jeu de scène dont certaines chorégraphies semblent avoir été chipées de certains mangas), s’offre totalement et sans retenue. Le soleil illumine ce spectacle haut en notes et en couleurs, le public slamme à outrance, certainement l’un des meilleurs concerts du festival. Difficile de quitter cet univers pour rejoindre Phenix. Pourtant lorsque je vis le trio de Samarabalouf, il eut été une grande erreur de manquer un tel spectacle. Imaginez 3 hommes, dont 2 assis, un contrebassiste un peu déjanté et grimaçant à la moindre note, un univers 100% instrumental, du jazz manouche de haute voltige. On pourrait s’imaginer qu’au bout de quelques chansons, on finirait lassé. Samarabalouf a un tel magnétisme qu’il est impossible de partir. Les loustiques sont incroyablement complices, s’éclatent sur scène, et cela suffit à aimanter un public. Bref, ce 7 juillet s’annonce encore meilleur que le jour précédent. A l’instar du jour précédent, c’est au moment où les esprits atteignent l’apogée de la fête qu’il est temps de commencer l’un des temps forts de Solidays : le patchwork des noms. Une fois de plus, les discours ne laissent insensibles, le public excité et déchaîné quelques minutes auparavant devient sage, discipliné, et écoutent de manière quasi religieuse la pléthore de noms de personnes décédées à cause du sida. A lire comme ça, on peut en effet rester dubitatif concernant la conciliation de fête et de la lutte d’un fléau. Mais je pense qu’il faut y être pour comprendre qu’il n’y a rien d’antinomique. Le festival, après cet intermède, reprend vie : on peut à nouveau sauter à l’élastique, faire de l’escalade, manger de bonnes frites bien grasses ou encore faire des rencontres. Et écouter de la musique. Direction Domino où Renan Luce joue devant un public conquis d’avance. Jadis peu à l’aise sur scène, ce dernier désormais la maîtrise avec une aisance déconcertante, permettant dès lors d’accrocher autant au personnage qu’à ses musiques. Il n’a pas grand chose à faire : ses mélodies sont sublimes, ses textes sont superbes, et sa jolie frimousse (sans oublier ses musiciens, possédant les mêmes qualités citées) rend dingue les groupies du premier rang. Certains ont préféré voir et écouter Superbus … chacun ses (dé)goûts. Mais lorsque l’on écoute « Repenti » et « Butterfly » … il n’y a pas photo. Ayant déjà vu à moults reprises les excellents M.A.P. (Papillons de Nuit, Primeurs de Massy), la curiosité du festival (aussi bien public que backstage, où j’ai pu assister pour la première fois de ma vie à l’effet paparazzo dans toute sa splendeur) était Sean Lennon. Difficile d’être le fils d’un des plus grands compositeurs contemporains de la pop anglaise qui a influencé la planète entière (qui aujourd’hui est capable de pondre un « Imagine » ?). Et c’est sans doute cette attente fantasmée, cette projection inconsciente collective de voir en Sean le fantôme créatif de John qui a créee ce qui sera la plus grande déception du festival. Non pas que Sean n’ait pas une jolie voix, non pas que les mélodies de Sean soient bien en deça de ce que son père pouvait imaginer. Mais Sean n’est pas très charismatique, il est statique à souhait, quitte rarement son micro. En revanche, sa prestation quelque peu vide sera repêchée par quelques touches d’humour, grâce notamment ces prise de parole en français avec un accent so british. Inutile d’attendre la fin du set pour changer d’avis, direction Bagatelle où, comme je pouvais m’y attendre, M.A.P. met le feu. Leur hip-hop java, où paroles subliment écrites, et sauvagement dénonciatrices, sont en totale contradiction avec une musique légère et festive, où sonorités de samples se mêlent harmonieusement avec le violon et l’accordéon. Sans oublier la bonne humeur et la complicité que dégagent le groupe, qui se traduit par un public conquis et complètement médusé. Le clou du spectacle sera quand les principaux intéressés, à la fin de leur set, descendront pour accéder au crash barrière, et passeront plus d’une demi-heure à signer des autographes, à être pris en photo, et à discuter avec leurs fans : si l’on pouvait résumer M.A.P. à l’un seul mot, ce serait générosité. Quelques minutes plus tard, à Paris, Sum 41 balance un rock punk made in Toronto qui forcément déchaîne le public. La programmation des Solidays est relativement éclectique, mais cette édition 2007 aura vu un battle indéniable entre le rock et le hip-hop, pour le plus grand plaisir de tous. Cependant, si le groupe canadien s’avère sympa à écouter 5 minutes, ce sera la prestation de Stuck in the Sound qui captera toute mon attention. J’avais adoré aux Eurocks, aucune raison de changer d’avis à Longchamp. Leur rock est toujours aussi énergique, la voix buckleyienne transporte toujours autant, et le set est calibré à la perfection. Sans oublier l’intimité créée par Domino, et l’on obtient un très bon concert. 21h … et LE groupe le plus attendu sans doute débarque enfin sur Bagatelle : le puissant FFF. Un public forcément plus âgé, des jeunes très curieux d’avoir entendus jadis, parents et grands frères et soeurs parler d’un groupe qui avait tout bousillé sur son passage. Marco, Yarol et ses sbires entrent sur scène. Le son est énorme, les morceaux anthologiques se succèdent (Silver Groover, ou encore Morphée, sans oublier Le meilleur du pire). Yarol Poupaud enfourche sa guitare avec virulence, les riffs acérés sont en harmonie avec le ronflement groovy de la basse. FFF de retour ? Si le public était acquis d’avance grâce à de vieux nostalgiques, les curieux ont bien été surpris par ce combo atypique, véritable OVNI de la scène musicale française. Contrairement à Lauryn Hill ou Trust, FFF a non seulement bien vieilli, mais sonne terriblement actuel, et n’a pas à rougir face aux productions actuelles. Gageons que cet événément extraordaire aura été un déclic suffisant pour revoir ce monstre scénique dans d’autres conditions. Tellement happé par FFF, j’ai totalement zappé Lily Allen. Et quand j’ai demandé ce qu’a value sa prestation à des photographes ou à des festivaliers, la phrase récurrente fut « elle était bourrée, mais c’était sympa ». Puisque cela semble avoir été la sensation unanime … La fin de soirée sera moins jouissive, hormis Sinclair, qui possède toujours ce groove souvent imité et jamais égalé dans ses compositions. Zenzile et leur dub parfois expérimental n’attirera que les afficionados du genre, juste de quoi remplir sans se tasser Domino. Une prestation pourtant intéressante. Le Peuple de l’Herbe n’était pas soit au meilleur de leur forme, soit j’avais surestimé dans mes souvenirs effacés leurs lointaines prestations encore présentes dans le cortex, mais impossible d’accrocher. Les plus courageux – dont je ne fais pas partie, il est un âge où l’on devient une grosse larve chochotique – ont continué à danser et faire la fête à Phénix, où moults DJs se sont produits, dont notamment Missil.
Dimanche 8 juillet

« Pluie diluvienne ». Seule Diams sera épargnée par le déluge digne de l’épisode de Noé. Bien que cela n’affecte en rien les concerts, force est de constater que du côté festivalier et bénévoles, on est quelque peu alourdi par le temps. Finies les jolies filles au sourire colgage s’allongeant sur l’herbe séchée, finies les frites mangées entre personnes rencontrées sur le festival … désormais la torture sera de braver le temps maudit pour apprécier des groupes programmés en grande scène. La grise journée commence à Phenix, avec les Blerots de R.A.V.E.L. Si la prestation est toujours aussi exceptionnelle, que la prestance scénique, se rapprochant souvent plus du spectacle de rue et du théatre, fait toujours son effet, si les musiciens comédiens sont toujours drôles et attachants, on regrettera la robotisation du concert, à tel point qu’on se demande même si les regards échangés n’ont pas été aussi calculés, tant un concert des Blerots ressemble comme 2 gouttes d’eau à … un concert des Blerots. Ce qui semble être une succession d’improvisations ne sont que des mises en scène. Certes efficaces. A condition de ne les voir qu’une fois. La pluie n’a pas encore atteint son paroxysme, il faut en profiter pour se faufiler entre les gouttes pour voir l’un des plus gros monuments reggae / ska / rock steady issus des temps anciens (les années 60 !!!) : les Skatalites. Les principaux membres sont les mêmes, avec 40 ans de plus au compteur : ainsi voir en live Llyod Knibb, Doreen Shaffer ou encore Lester « Ska » Sterling provoque en soi un respect inéluctable. Ce groupe jamaïcain, véritable témoin d’un courant musical, n’a rien perdu de son talent. En revanche sur scène, on s’en doute un peu, la fougue n’est plus forcément au rendez-vous. Cette dernière étant remplacée par un charisme exceptionnel. Domino est déjà rempli. Rempli de fans. Rempli de femmes. Alice et Adan font leur balance. Et sont applaudis sur une improvisation. Le ton est donné : quand Adrienne Pauly commencera son set, la pluie qui tente de s’immiscer sous le chapiteau ne sera qu’un souvenir durant 1h de folie furieuse. La plus junkie des chanteuses, qui a autant d’estime pour un mec que la plupart des machos en ont pour une femme, celle qui préfère les actes aux mots d’amour va tout simplement se mettre le feu. Sa nouvelle robe qu’elle est fière de montrer, son polymorphisme qui la transforme tantôt en femme fragile, tantôt en timbrée illuminée, et souvent en petite fille heureuse au sourire éclatant d’avoir un public sont autant d’ingrédients que son concert passe à une vitesse phénoménale. L’apothéose sera atteinte bien sûr avec « je veux un mec », l’ultra tube distillé sur toutes les radios et télévisions connues en France. Une chose est sûre : Adrienne Pauly et ses acolytes sont de veritables OVNIS dans une variété aseptisée, des sortes de bad boys et bad girl qui remettent au goût du jour l’impolitiquement correct, à la fois soft et cru. Mais sincère. Il pleut énormément désormais, et à moins d’être masochiste, les scènes Paris et Bagatelle seront quelque peu boudées. A 16h30, [http://www.myspace.com/kaolinmusic] interprète sans faille ses titres parfaitement maitrisés. Les lumières se veulent intimistes, le groupe jouant presque dans le noir. Les tubes s’enchaînent, et si l’on excepte l’insupportable « partons vite », le reste du show est calibré de telle manière qu’on s’en prend les mirettes. Et si le groupe ne semblait pas au meilleur de sa forme (du moins, une prestation en deça des Papillons de Nuit), ce dernier a malgré tout assuré devant un public acquis. Après l’interlude rendant hommage aux associations – toujours sous la pluie – la sublime Ayo tente avec son sourire hypnotisant et sa world music d’apporter un peu de lumière à ce festival où le ciel désormais gris uniforme n’a d’égal que la boue bien installée au sol. Un public courageux ira écouter la chanteuse, où forcément « Down on my knees » fera mouche. Pour ma part, ce sera l’occasion d’écouter à nouveau, et sans se lasser, d’Oxmo Puccino à Domino. Bien au sec. Avec un public survolté. Si le set a quelque peu été remanié – effet festival oblige, comme par exemple mettre le magnifique « Perdre et Gagner » dès les premières chansons, la prestation d’Oxmo est à l’image du personnage : raffinée, impressionnante, et incroyablement groovy. Le mélange jazz / hip-hop fonctionne à merveille, le titanesque Oxmo semble toujours surpris d’avoir un public si connaisseur et conquis, comme s’il ne réalisait pas avoir réalisé l’un des meilleurs albums du genre de ces dernières années. Le show passe trop vite (bien sûr vous l’aurez compris, je suis addict of Oxmo, vous assistez donc à une démonstration exceptionnelle de subjectivité : mais je ne me trompe pas concernant la qualité de cet artiste). Après cette délection musicale qui a justifié à elle seule mon déplacement, rendez-vous à Bagatelle, où les cieux déchaînés ont décidé de faire une pause. Dans un tout autre style, Mass Hysteria déploie un electro metal d’une puissance et d’une rage qui n’a connu aucun égal durant le festival. Le charisme exceptionnel – voire quasi messianique – de Mouss force le respect. Le son est incroyablement maitrisé, rendant les riffs de Yann et Nico particulièrement incisifs, touchant directement un public complètement survolté, qui oublie le temps d’une heure que leurs pieds nagent dans des flaques boueuses. La prestation est d’autant plus impressionnante que le groupe revenait de Belgique, et semblait être fatigué : rassurez-vous, personne n’a rien vu. Une grosse bonne claque. En contradiction avec cette débauche de violence subtile, le calme ravageur de Grand Corps Malade et de ses textes aussi posés qu’assassins conquièrent le chapiteau Phenix. Le mec a beau être stoïque, on reste complètement médusé. Une sorte de magicien, de conteur des temps modernes, qui s’il n’est pas l’inventeur du slamm, a permis au grand public de découvrir un courant musical surprenant. Une lueur d’espoir à une époque où les chansons vides de sens sont pléthoriques. Entre Yannick Noah et Grand Corps Malade, mon coeur balance sans hésitation et sans difficulté vers la petite bande des bisounours anglais. Leur bouille ronde, leurs sourires généreux et leur pop rock qui aurait eu sa place à Woodstock sont autant d’ingrédients pour oublier le mauvais temps. Domino accueille comme il se doit ce quator sympathique. Les polyphonies sixties se marient parfaitement avec la douce voix de Romeo. Il suffit d’écouter « Take a Chance » pour avoir un aperçu de la discographie du groupe : légèreté, subtilité, arrangements simples mais efficaces, et surtout du tube potentiel à chaque chanson. Le public est conquis. Le groupe aussi, d’un tel accueil. Il ne faudra faire que quelques mètres pour assister à l’un des plus grands concerts du festival. Abd Al Malik, homme touché par la grâce, est un shaman. Il distille des paroles d’une finesse d’écriture très rare, fluctue son débit comme bon lui semble, casse les rythmes et les codes établis dans le style. Son charisme exceptionnel fait que l’on ne regarde que lui, malgré le niveau exceptionnel de ses musiciens qui l’accompagnent dans un univers résolument jazzy. Le public est en ébullition dès la première chanson avec « Soldat de plomb ». Difficile de ne pas être subjugué par un tel show. Exit ici la pyrotechnique compliquée, les lights tape à l’oeil. Ici le personnage s’efface presque dans de noires fumées au profit de ses propos. Les mots fusent, les phrases valsent, le public devient hystérique, et cette sensation ne cesse d’aller crescendo. Les vraies propos engagés sortent désormais d’esprits comme celui d’Abd Al Malik, et non de Trust (qui jouait au même moment), pour qui le come back fut aussi vieillot qu’un concert de Scorpions : on en prend plein les yeux et les oreilles, mais on n’est plus du tout touché dans l’âme. Si ma culture profonde et première avait été le hip-hop, Abd Al Malik et Oxmo Puccino auraient été mes 2 meilleurs concerts. Mais c’est à cause d’une culture résolument rock que ces artistes ne font partie que « parmi les meilleurs concerts » du festival. Sur cette impression d’avoir assiste à quelque chose d’énorme et de fantastique, je n’ai pas assisté au show de Diams. Il semblerait, et ce de manière unanime, que sa prestation fut titanesque, qu’elle a mis le feu, et que le public était survolté. Et le tout sans pluie. Je les crois volontiers. Diams est une bête de scène, mais quand on a des paroles d’Oxmo Puccino et d’Abd Al Malik dans la tête, ca serait un peu comme aller voir Superbus après Renan Luce.
Bilan et remerciements
Les Solidays 2007 ont du affronter 3 autres festivals (Bobital, Rock dans tous ses Etats et Décibulles) et le salon du gamin au Parc des Expos de Versailles. Et l’on peut considérer qu’il s’en est très honorablement sorti. La programmation, aussi surprenante que riche, comporta pas mal de bonnes surprises, à l’instar d’FFF. On retiendra surtout l’ambiance émanant des festivaliers, bien meilleure que l’an passé. Plus sympathique, plus à l’écoute des discours prononcés durant le festival, et aussi plus curieuse musicalement. Du côté backstage, rien à redire, tout était calibré de telle manière qu’on ne perde ni notre temps à trouver les infos, ni à se retrouver dépourvu d’aides diverses. J’ai beaucoup apprécié la disponibilité des bénévoles, à l’accueil exemplaires sur les différents points du site où ces derniers étaient affectés. A voir ce qu’en penseront les organisateurs (qui seront peut-être déçus de la fréquentation légèremetn en deça des prévisions), mais cette édition 2007 fut à mon sens très bonne.
J’en profite pour remercier Flo d’At(H)ome (et je sais désormais que le chantage fonctionne à merveille sur toi :)), Caro d’Atmosphériques, Nicolas Armand (le manager de Nelson et Brooklyn), Renan Luce, Alice et Adanowsky pour m’avoir fait des plans photos live rien que pour moi, Adrienne Pauly, Yarol Poupaud, Sophie de LC Les filles pour l’accréditation, certains photographes avec qui je me suis bien amusé (oui la photo n’est pas une histoire de vie et de mort), et tous les festivaliers qui m’ont offert, le temps d’une photo, ou lors de conversations, leurs sourires et leur vision du festival, pas toujours en adéquation avec la mienne :)
Toutes les photos sont disponibles sur FlickR. Vous pouvez les utiliser à votre guise pour vos compte-rendus, vos blogs … à condition de respecter les copyrights. Examples ici ou là


Mrpink200 11.07.07 | 17:00
mais pourquoi FFF a été rajouté à posteriori ………
J’imagine la fete que l’evenement a été !!!
Concernant the Editors …. moi qui suis fan j’ai été déçu par leur prestation. Leur concert chez Bernard Lenoir etait bien plus à la hauteur ce qu’un amateur de leur musique pouvait attendre d’eux. Syndrome Klaxons … tres bon en petite salle, inexistants en ouverture de concerts dans des endroits plus grand (Daft Punk)
De tres belles photos … comme d’habitude je serai tenté de dire.
Une petite rubrique matos pour les photographes amateurs (comme moi) qui souhaiteraient progresser est t’elle envisageable ? :o)
See U
Alain
http://www.myspace.com/mrpink200
Rod 11.07.07 | 18:06
Editors on tente en France de leur donner une dimension qu’ils n’auront jamais. C’est toujours le souci quand on est un clone de. Concernant les tutoriaux de photos de concert …. je compte en effet le faire, hitoire de transformer des photos banales en petits clichés vivants et puissants.
RzL 11.07.07 | 20:24
Encore des supers photos …
sinon on sent parfois la difficulté de quitter un univers pour un autre … c’est le problème des gros festivals ou beaucoup de groupes jouent en meme temps …
et donc j’suis très contente que tu aies eu ton accréditation vu les photos … tu donnes des cours sur internet???
Ben Gaston 11.07.07 | 22:54
J’y etais dimanche, mais les mains des les poches. Je me suis caché pour pas que tu prennes mes shoes toutes croutées. ;)
Suis d’accord avec toi sur Abd Al Malik. Deja fan de son album, il me tardait de voir ca en Live. Pas decu ! La longue version furieuse de « Gibraltar », le mix Brel sur « Les autres », « Le Grand Frere », qu des grands moments !
N’etant pas seul, j’ai du subir 1/4h de Diam’s avant de plier bagage. Ouep, c’est super huilé, mais elle arrete pas de citer « musicalement » d’autres rappeurs, se perd dans des « clashs » entre son DJ et son pianiste. Eh fille, c’est quand que tu chantes tes trucs a toi ? C’est une tres bonne animatrice, mais a quoi bon ? On peut surement s’y amuser, mais pour l’emotion, pardon l’emo-koi ? Enfin bref, t’as bien de finir sur Mister Malik.
Sinon, pour moi la bonne surprise du jour fut Ayo. Quelle presence scenique. Impressionnant. Bien sur, un peu (bcp) frustré d’avoir raté Oxmo, mais bon, comme j’ai dit, j’etais pas tout seul.
Un mot sur les photos: ca devient du tres tres tres bon. Et j’aime bcp la presentation depuis les Eurocks. Big up (je cause Diam’s maintenant ;)) a Alain aussi pour Furia. Y’a des petits chefs d’oeuvres..
Haazheel 17.07.07 | 13:39
Des photos magnifiques et de plus en plus… Un flicker rangé comme on aimerait en voir plus souvent et le droit d’utiliser les photos en liant juste ton site… Perfecto !
Par contre j’ai mis comme objectif à « mes » photographes de faire aussi bien que toi alors monte pas trop le niveau ;)
Sinon je suis impressionné car tu arrives à retranscrire l’ambiance des concerts en faisant des photos.. ca me semble mission impossible de faire les 2 !
a bientôt peut-être !
samantha 6.05.08 | 19:06
bon ben je vois que cette photo est appréciée et publiée dans plusieurs sites ! (la premiere photo en haut ! ) et oui c’est moi a gauche et loreline a droite ! c’est qu’elle est super bien faite ! les couleurs sont super et la prise géniale !
Et puis le festival aussi ! l’image reflète bien l’ambiance ! vivement le mois de Juillet !!