Paleo Festival 2007

Quand on a goûté au Paléo Festival, on se dit que ce qui appartient à l’époque des dinosaures, ce sont les manifestations qui se déroulent en France. Des artistes heureux de jouer, un public exceptionnel, une programmation riche, variée et de très bonne qualité, des restaurants indiens, japonais, chinois … j’en ai rêvé, le Paléo Festival l’a fait
Préambule
Ce qui va suivre est aussi long que subjectif. Nous avons été bluffés et stupéfaits par ce que nous avons vu. En général j’apprécie soit le public, soit la musique, soit l’organisation. Mais quand ces 3 ingrédients sont en symbiose totale, cela donne un événement qui vous transporte, vous faisant vivre pendant une semaine un rêve éveillé. Wow.
Mardi 24 juillet : the day where a festival becames a big swamp

La pluie diluvienne s’est abattue sur le site quelques jours durant, et n’a presque pas cessé pour l’ouverture du festival, nonobstant des températures très élevées, donnant naissance à un arc en ciel divinement irréel ; ce dernier découpait les cieux, comme s’il voulait protéger les festivaliers d’une tempête inéluctable. C’est sous ce climat fort accueillant qu’il fut possible d’écouter à l’abri, sous le Club Tent (qui deviendra par la suite mon chapiteau favori) The Mondrians.
The Mondrians @ Paleo Festival, Suisse | 24.07.2007
Pierre Lapointe @ Paleo Festival, Suisse | 24.07.2007
!!! (Chk Chk Chk) @ Paleo Festival, Suisse | 24.07.2007
Donavon Frankenreiter @ Paleo Festival, Suisse | 24.07.2007
Arctic Monkeys @ Paleo Festival, Suisse | 24.07.2007
Naast @ Paleo Festival, Suisse | 24.07.2007
The Mondrians @ Paleo Festival, Suisse | 24.07.2007
Muse @ Paleo Festival, Suisse | 24.07.2007
The Mondrians. Groupe local, se frayant un chemin entre la pop, le rock et le garage énergique, leur set est impeccable, les riffs et refrains rentrent automatiquement dans les neurones. On sent une énergie fraîche et sincère, à défaut de proposer une musique originale. Il n’y a que quelques pas à faire dans la boue prolifique pour découvrir un artiste dont ma chère et douce avait écrit des éloges dithyrambiques quelques mois auparavant : Pierre Lapointe.
Pierre Lapointe. Le personnage est beau, looké d’une manière qui doit sans doute faire fureur au Québec, et fait exceptionnel, il est possible de le photographier. Mais ce sera surtout les oreilles qui frôleront l’orgasme. Doté d’un humour assez particulier, en totale contradiction avec pas mal de chansons assez spleen et mélancoliques, le personnage séduit d’emblée le chapiteau. Ce concert sera en quelque sorte l’allégorie du festival : des gens de tous âges viennent voir un artiste, constitués aussi bien de curieux que de fans purs et durs. La magie est totale, même si le son était très loin de mettre en valeur les subtilités des compositions et arrangements. Qu’importe, un tel artiste dans un tel festival sonnait comme une évidence.
!!!. Changement radical avec Chk Chk Chk qui a sans doute réalisé l’un de ses meilleurs shows. Il faut dire que si leur rock catchy et jumpy a déjà été entendue à maintes reprises, la générosité du leader chanteur fut telle qu’il fut impossible de ne pas apprécier le show. D’ailleurs, le public visiblement peu familier à leur univers musical restera jusqu’à la fin du concert.
Donavon Frankenreiter. Puisque Jean-Louis Murat aura été la seule star de tout le festival à ne vouloir aucune photo (même Muse, Björk et P!nk ont accepté, c’est pour dire), direction le Club Tent pour découvrir un artiste captivant, Donavon Frankenreiter. Sous ses airs de baba cool se cache un musicien hors pair au jeu de scène imparable. Son blues / folck teinté de quelques touches country font mouche. Le public est accro d’emblée (mais à quel groupe ne le fut-il pas ?), et Donavon, à l’instar de tous les artistes venus jouer au festival, sera on ne peut plus surpris par un tel enthousiasme.
Arctic Monkeys. La première déception du festival. Entre chansons ultra répétitives (mais diablement efficaces), jeu scénique inexistant, et visages des musiciens dignes d’un show des frères Gallagher sur le point de se barrer de la scène après une énième dispute, il me fut impossible ne serait-ce que de remuer des hanches, syndrome viscéral et incontrôlable qui confirme qu’un groupe me fait vibrer. Ici rien du tout. Même pas envie de photographier. En revanche, côté public, l’explosion est totale, et entendre une bonne partie de ce dernier connaître chaque titre du répertoire par coeur fut bien plus jouissif que le spectacle dénué de vie sur scène. De toute façon je vais comprendre à mon insu que la véritable force du Paleo festival n’est pas sa programmation exceptionnelle qu’aucune manifestation française n’est en mesure d’offrir, mais bel et bien son public, tout simplement sidérant et exemplaire.
Aldebert. En France, il y a quelques années encore, Aldebert remplissait de petites salles. Puis un déclic fit qu’il commença à connaître le succès qu’il méritait dès le début. Si entre temps j’ai décroché (exit l’univers propre du personnage pour finalement ressembler à celui de Christophe Mali : de très bonne qualité donc, mais l’originalité n’est plus de mise, du coup), force est de constater que le petit lutin sauteur est toujours autant à l’aise dès qu’il s’agit de virevolter, de grimacer et de faire participer le public. Une fois de plus, la population présente semble connaître sur le bout des doigts les chansons de l’artiste français.
Naast. Les petites stars rock parisiennes se produisaient au Club Tent, et c’est avec des exigences dignes de Robert Plant (ces derniers ne voulaient des photographes que sur le côté de la scène !) que je vis enfin ce groupe. Si l’originalité doit être proche du zéro absolu (un rock yéyé seventies rabâché depuis presque 40 ans), les petits minets se défendent plutôt pas mal sur scène. Mention spéciale à une partie du public qui s’est amusé à balancer des fourchettes en plastique : ceux qui connaissent l’histoire de petits bourgeois de Joinville le Pont qui voulaient être des rock stars comprendront, et apprécieront (même si finalement de mauvais goût) :)
Muse. Un concert IN-CRO-YABLE. Devenue en l’espace de quelques années une des plus grosses machines mondiales rock, la bande à Matthew Bellamy va tout simplement émerveiller la Suisse avec un set pour le moins dantesque. Entre un son particulièrement démentiel (malgré une voix légèrement en retrait), des compos à faire frissonner (quand Matthew martèle avec une délicatesse monstrueuse un piano à queue sur Hurricanes and Butterflies, et qu’entre temps, plus de 30 000 personnes retiennent leur souffle, ça créee une dimension exceptionnelle), la surprise viendra surtout de Matthew qui dès la première chanson, balance un “Bonsoir le Paleo” … et ponctuera dès qu’il le pourra entre les 14 chansons du set des “mercis” visiblement sincères. Tous ceux qui ont déjà vu Muse savent que ce comportement de la part de cet artiste est rare, puisque ce dernier ne parle JAMAIS, et enchaîne les tubes comme sur un CD. Muse, une méga baffe.
Mercredi 25 juillet : I saw a shaman fairy !

La tête d’affiche tant attendue du festival est la fée islandaise Björk, qui malgré un dernier album loin d’être convaincant, a réussi à créer un mythe autour d’elle. C’est en la croisant par hasard dans la partie presse et professionnels en toute tranquilité que je réalisais que sa réputation de diva starifiée était complètement éronnée. Il faut dire qu’en Suisse, la mentalité est toute autre : en France, les pseudos photographes professionnels l’auraient shootée, pendant qu’une nuée de fans hystériques l’auraient agacée pour un autographe. Ici Björk est un homo sapiens sapiens comme les autres, et j’apprendrai par la suite que les artistes apprécient le Paleo Festival pour cette mentalité. On ne peut que les comprendre. Il fait beau, et ce temps délicieux durera jusqu’au dimanche soir, quand Zazie débutera son set. Totem tour Power :)
Reverse Engineering @ Paleo Festival, Suisse | 25.07.2007
Donavon Frankenreiter @ Paleo Festival, Suisse | 25.07.2007
Clap Your Hands Say Yeah @ Paleo Festival, Suisse | 25.07.2007
Eiffel @ Paleo Festival, Suisse | 25.07.2007
Arcade Fire @ Paleo Festival, Suisse | 25.07.2007
Midlake @ Paleo Festival, Suisse | 25.07.2007
AaRON @ Paleo Festival, Suisse | 25.07.2007
Björk @ Paleo Festival, Suisse | 25.07.2007
Reverse Engineering. Impossible de ne pas penser à Joachim Garraud lorsque le trio débute au Club Tent ; en effet, ces derniers sont ornés d’un masque représentant des extraterrestres. A la différence du DJ parisien qui pourrait être capable à 40° de garder son déguisement, le trio semble suffoquer dès la deuxième chanson. Le set est imparable, les beats lents sont soutenus par des basses dynamiques et jumpy. Et une fois de plus, le public répond présent.
Donavon Frankenreiter. Hier au Club Tent, Donavon se produit cette fois-ci sur la grande scène. Le personnage ne perd rien de sa simplicité et de son feeling, et son charme opère de la même manière. Inutile de réécrire une prestation quasi identique, si ce n’est que Donavon Frankenreiter, c’est du très bon.
Clap your hands Say Yeah. A Paris, il s’agit DU groupe à voir, et DU groupe à photographier. Je m’attends donc à une bombe atomique musicale en puissance, le tout avec un jeu scénique démentiel. Clap your hands Say Yeah n’a d’original que le nom du groupe, car le reste est fade, vide, sans originalité, avec un jeu de scène aussi dynamique et explosif qu’un zombie de Romero. Sans oublier une voix complètement fausse, sans doute dûe à un chanteur qui a un peu abusé d’alcool avant de monter.
Eiffel. Il chante, joue et respire comme du Noir Desir. Un peu comme Luke, mais en mieux. Et Eiffel n’a pas été épargné par l’effet Paléo : public ultra réceptif et conquis, conditions idéales pour un groupe de donner le meilleur de soi-même. Et même si je considère cette formation comme un ersatz de l’héritage Cantat, je pense sans me tromper qu’Eiffel s’est donné à fond, transpirant corps et âme, avec un jeu de scène particulièrement survolté.
Arcade Fire. Il y a quelques semaines, ils clôturaient les Eurockéennes. Au Paleo l’histoire est toute autre. L’univers visuel magnifique du groupe est gommé par la lumière du jour (il n’est que 20h45), et le bastion de fans qui jalonne les premiers rangs ne semble pas suffisant pour transporter aussi bien le groupe que le public. Il faut dire qu’Arcade Fire ne ressemble à rien d’autre qu’à Arcade Fire. Il faut donc s’habituer à ces mélodies fantaisistes, à ces refrains constituées d’anomatopées, ou à ces changements d’instruments entre chaque chanson. Pour ma part, j’ai préféré le spectacle donné à Belfort, mais les conditions étaient tout autre (il faisait nuit, le public entier était fan, et il s’agissait du dernier concert), mais il faut avouer que ce groupe canadien possède vraiment un truc à part.
Midlake. Venu tout droit du Texas, Midlake est un pur moment de magie, qui a souffert d’une programmation simultanée avec AaRON, le duo parisien accueilli comme des rois, des dieux par le public suisse. Midlake, servi par la voix douce et cristalline de Tim Smith, est à l’instar de The Magic Numbers, un véritable voyage dans le temps. Un univers musical parfois proche de Pink Floyd, tantôt folk / pop 60’s américaine, le plongeon dans les mélodies douces et subtile est un délice total. Et s’il n’y avait pas eu AaRON au même moment, je serais resté jusqu’à la fin de leur set, tant ce dernier était divin.
AaRON. Le set est déjà entamé quand j’arrive, mais une chose est certaine : le succès d’AaRON a traversé les frontières françaises. Le trio Simon / Olivier / Maeva séduit le public, qui semble avoir les mêmes symptômes que leur homonyme outre Jura : des yeux petillants, beaucoup de jeunes femmes, un “U-Turn Lili” chanté en choeur, et bien sûr des applaudissements explosifs à la fin de chaque chanson. Une fois de plus, je serais tenté de dire qu’AaRON a été on ne peut plus surpris par un tel enthousiasme, même si ce dernier est habitué à faire un carton à chaque représentation, la Suisse semble être un microcosme culturel qui touche chaque artiste d’une manière particulière.
Björk. Inutile d’y aller par quatre chemins : le concert de la diva islandaise fut de loin le plus atypique du festival. D’une part, voir plusieurs milliers de personnes assister à un concert assez difficile d’accès musicalement parlant fut un moment magique. D’autre part, Miss Björk, revêtue de maquillages indiens et d’une longue robe rougeoyante semblait être sortie tout droit d’un conte indien où telle une shaman, elle hypnotisa de son regard perçant et de sa voix si mal placée mais si fragile tout un auditoire subjugué. Mais si le set en lui-même fut de grande qualité, ce sera surtout après le concert que Björk se montrera grandiose : ainsi distribua-t-elle au premier rang, ainsi qu’au staff du festival, un petit flyer donnant accès à un aftershow près de sa loge, avec DJset … les heureux élus auront sans doute apprécié ce moment aussi inattendu que privilégié, où seulement une poignée ont pu faire la fête avec l’une des plus grandes artistes de notre époque. Qui a dit que Björk était une star ?
La fatigue est au rendez-vous, à tel point que j’en ai zappé le set d’Izabo. Mais vous l’avez de toute manière bien compris : je n’ai pas pu assister à tous les concerts, et les choix cornéliens ont été si nombreux qu’il est impossible de ne pas regretter d’avoir choisi un groupe plutôt qu’un autre.
Jeudi 26 juillet : I have met the greatest Jazzbastard !

Il fait chaud, terriblement chaud. Le sol est déjà sec, et seuls les tonnes de copeaux de bois versés le lendemain de l’apocalypse témoignent que 2 jours auparavant, le public voyait ses petits petons se faire manger par un sol boueux. Et cette journée caniculaire débute avec un groupe incroyablement intéressant, une fois de plus suisse : Jonas et le Taxi Brousse Orchestra.
Jonas & Le Taxi Brousse Orchestra @ Paleo Festival, Suisse | 26.07.2007
Oxmo Puccino @ Paleo Festival, Suisse | 26.07.2007
Beat Assaillant @ Paleo Festival, Suisse | 26.07.2007
Grand Corps Malade @ Paleo Festival, Suisse | 26.07.2007
Robert Plant @ Paleo Festival, Suisse | 26.07.2007
Stress @ Paleo Festival, Suisse | 26.07.2007
Alamo Race Track @ Paleo Festival, Suisse | 26.07.2007
P!nk @ Paleo Festival, Suisse | 26.07.2007
Jonas et le Taxi Brousse Orchestra. Si Mr Oxmo Puccino (qui jouera après) mélange subtilement le hip-hop et le jazz, l’équivalent suisse tente une autre formule alchimique avec la musique africaine. Et le résultat est tout simplement exceptionnel. Des textes acérés et diablement bien écrits, véritable oxymore avec la douceur et la subtilité musicale qui les porte, Jonas et le Taxi Brousse Orchestra.séduit d’emblée. Le Club Tent, de par sa configuration intimiste, donne une dimension particulière à la prestation. Les ovations sont généreuses, et le groupe le mérite.
Oxmo Puccino. Avec Adrienne Pauly, Renan Luce, AaRON, Rose Keren et Hey Hey My My, Oxmo a largement contribué à vouloir couvrir le Paleo. Et si l’on excepte la Cigale, que le chanteur hip hop considère lui-même comme “un moment mystique”, je ne me tromperais guère en disant que j’ai assisté à son meilleur show. Il faut dire que le bonhomme n’était pas entré sur scène que le chapiteau était limite complet, et que le public s’est mis à hurler comme un troupeau de phacochères à l’unisson au moment des premières paroles balancées. Oxmo Puccino semble particulièrement ému d’un tel accueil. Le chapiteau vibre entre jazz et hip-hop, le set est imparable (Perdre et gagner, toujours aussi majestueux), les visages rayonnent de part et d’autre de la scène. Grandiose. (Mais ce sera après le concert, quand je serai avec l’artiste lui-même en train de discuter de Lauryn Hill ou encore Sheitan, que cette journée fut pour moi l’une des meilleures du festival).
Beat Assaillant. Je me suis permis de zapper le concert de Laurent Voulzy ; j’avais en effet vu ce dernier aux Papillons de Nuit, et sa performance m’avait laissé de marbre. Même si au loin cela semblait sonner pas trop mal, les ovations qui s’entendront jusqu’à la grande scène émaneront du Club Tent, où avait lieu l’un des meilleurs concerts de la journée, celui de Beat Assaillant. Dans un esprit similaire à Oxmo Puccino, Beat Assaillant mélange hip-hop avec funk et soul. Le groove est démentiel, et le débit des paroles digne de l’Amazone. Le public hurle de toutes ses forces, le show est extraordinaire, les cuivres percussives s’entrechoquent avec la rythmique basse/batterie symbiotique ; à la fois agressif et musical, subtil et ravageur, Beat Assaillant a fait vibrer le festival entier, grâce aux voix porteuses du public que l’on entendait jusqu’à la grande scène : Laurent Voulzy a dû se poser des questions …
Grand Corps Malade. Les organisateurs à la conférence de presse finale en ont fait des éloges. Le public était si nombreux que le chapiteau se révéla insuffisant pour accueillir tout le monde. La voix de ce grand monsieur sortie d’outre-tombe balance des paroles sublimement écrites. Et malgré tout cela, IMPOSSIBLE d’accrocher. Avec le recul, je tente en vain de comprendre pourquoi l’alchimie entre cet artiste et moi n’a pas fonctionné. Une question qui restera sans réponse. Après tout, on ne sait pas si on est seul dans l’univers, et ça ne nous empêche pas de dormir. Quoiqu’il en soit, cette journée sous le signe du hip-hop et du slam fut la consécration de tous ces artistes, et Grand Corps Malade fut accueilli comme un roi.
Robert Plant. Gifle monumentale. Il a beau vieillir à vue d’oeil, il a beau parquer les photographes de telle manière que le prendre en photo relève de l’exploit, son set est monstrueux et titanesque. Ses mélodies 70’s fusionnent avec des parties electroniques contemporaines, crééant des chansons tout simplement enivrantes et magnétiques. Sans oublier ce qu’il fit la légende ce grand homme : son jeté de micro, ou sa voix imparable. Un grand moment de musique.
Stress. Il est 23h et Stress, groupe hip-hop suisse, va enflammer en terrain conquis le chapiteau. Que ce soit sur scène ou dans le public, tout le monde saute dans tous les sens. Ce qui semble être au prime abord une anarchie totale s’avère être un spectacle rôdé et carré. On retiendra surtout une forme olympique de tous les participants, qui pendant 1h ont du perdre des centaines de calories à la minute. Je suis loin d’être fan de ce genre de hip-hop, mais force est de constater que Stress a tout retourné.
Alamo Race Track. Un groupe signé chez Fargo ne peut qu’être excellent. 30 personnes pensent visiblement comme moi. Parce qu’ils ont été programmés à 1h d’intervalle de la vedette du jour, P!nk, Alamo Race Track fut le seul bide du festival. Le Club Tent est totalement désertique, seuls quelques curieux vont apprécier comme il se doit l’univers indie rock de ce quator néerlandais. On plonge direct, on est addict aussitôt … c’est simple mais merveilleux, c’est dépouillé mais finement ciselé. Le groupe pour remercier les fidèles descendra à la fin du set pour les autographes, photos, et serrages de main. Même devant 30 personnes, le groupe s’est donné à fond. Mais qui pouvait rivaliser contre P!nk ?
P!nk. Point de moto pour le Paleo, mais une robe franchement sexy mettant en valeur un corps tatoué de partout. P!nk est aussi trash vulgaire que belle, sa voix n’a rien d’extraordinaire, mais elle enflamme en 2 minutes le Paleo. Tous les festivaliers se sont réunis pour en prendre plein les yeux et les oreilles, et ils ont eu pour une grande partie ce qu’ils attendaient. Il faut aimer les shows à l’américaine, et tout ce que cela sous-entend.
La soirée se termina avec des monstres de scène : Fancy vs JoeyStarr vs Les Boukakes. Mais on est vite fatigué, au Paleo … et un festival de 6 jours, il faut préserver quelque peu ses forces.
Vendredi 27 juillet : the craziest french girl put the fire

Renan Luce, Adrienne Pauly, Ridan ou Adam Kesher … autant d’artistes qui me tardaient de (re)voir … et surtout de voir comment le public suisse allait appréhender ces groupes. Après 3 jours de festival, l’étonnement est toujours au rendez-vous : le public suisse est sans aucun doute le MEILLEUR qui m’ait été donné de voir. Alors qu’en France on aime se pochtronner, ici en Suisse, on vient au Paleo pour découvrir avec une oreille attentive les artistes programmés.
Adam Kesher @ Paleo Festival, Suisse | 27.07.2007
Inna Crisis @ Paleo Festival, Suisse | 27.07.2007
Ridan @ Paleo Festival, Suisse | 27.07.2007
Renan Luce @ Paleo Festival, Suisse | 27.07.2007
Lynda Lemay @ Paleo Festival, Suisse | 27.07.2007
Adrienne Pauly @ Paleo Festival, Suisse | 27.07.2007
Zucchero @ Paleo Festival, Suisse | 27.07.2007
Adam Kesher. Plébiscité en France par une certaine presse (notamment les Inrocks), Adam Kesher, jeune brun au minois androgyne, est une belle entrée en matière. Le son, résolument electro rock, peut sonner comme original si l’on ne connaît pas … The Infadels. Excepté ce petit défaut, que personne sans doute n’aura relevé, le show est impeccable, les musiciens sur scène sont survoltés, le public dubitatif se prend vite au jeu des basses jumpy. Un vendredi qui commence bien.
Inna Crisis. Changement radical d’univers au chapiteau avec Inna Crisis, groupe de reggae suisse. Guitare limite rock/ska, cuivres bien balancés, chant tout à fait dans l’esprit du style, présence scénique sans faille, le groupe connait un succès extraordinaire. Décidément, la Suisse compte beaucoup de bons groupes ; il serait intéressant d’en voir davantage sur Paris, et en France en général, car ce pays recèle de véritables pépites qui trouveraient sans nul doute leur public.
Ridan. On l’avait manqué à l’Olympia, et la séance de rattrapage sur la Grande Scène vaut le détour. Ridan, jadis timide, introverti, profite de la scène immense pour se ballader, sauter, et inviter le public à participer à la fête. Mais la magie de ce véritable métamorphosé réside surtout dans la qualité de ses textes. En revanche, le public n’était pas encore assez présent pour remplir la capacité totale de la grande scène. Un détail mineur vue la qualité de la prestation.
Renan Luce. Pendant que tous les photographes allaient shooter le même portrait de la pétillante Ayo, le Club Tent était rempli à raz-bord pour assister au concert de Renan Luce. Et même si ce dernier explose une corde de guitare au bout de 2 chansons, et même s’il connaît visiblement des problèmes de son au niveau des retours, il ne se démonte pas et assure son show avec un professionnalisme à toute épreuve. A l’instar de Ridan, Renan Luce un an auparavant osait à peine regarder le public. Désormais il plaisante avec lui, prend son temps pour poser ses chansons, et cette assurance acquise se ressent également dans l’interprétation des chansons. Entre un “repenti” plus écorché que jamais, ou “Les voisines” véritable hymne rendant dingue le public suisse, sans oublier “La lettre” … un très grand moment. “Très grand moment”, un pléonasme récurrent concernant le Paléo.
Lynda Lemay. D’un côté Céline Dion et Lara Fabian. Qui adorent hurler, et chanter des textes insipides et vendeurs. De l’autre côté, Lynda Lemay, son magnétisme à la Marie Laforêt, sa gentillesse sans limite (une des seules artistes à avoir salué TOUT le staff du Paléo, d’avoir signé ensuite des autographes …), sa générosité qui semble sans limite … et des textes somptueux, tantôt d’une drôlerie made in pays des caribous, tantôt d’un malaise abyssal. Le public suisse a pu découvrir ses chansons à travers une configuration acoustique minimaliste et dépouillée. Sa voix, d’une pureté et d’une justesse rares, résonne dans un Paléo tombé dans un silence religieux, entrecoupé d’ovations tonitruantes. Tout le monde est ému. Difficile d’avoir un état d’esprit différent avec une telle artiste.
Adrienne Pauly. Mais le clou du spectacle résidera dans le show ultra déjanté d’Adrienne Pauly. Cette dernière et ses acolytes étaient venus de Paris en voiture et ont dû subir des embouteillages, la chaleur écrasante, et la fatigue. Arrosé de vin blanc, leur show va être de loin le plus fou que j’ai pu voir. Adrienne est au top de sa forme, le public suisse n’en revient pas. Que ce soit l’organisation ou simplement les gens venus écouter à un moment donné “j’veux un mec”, personne ne se remet du jeu de scène tsunamique de la jolie parisienne. Le guitariste Alice et le séduisant bassiste Adanowsky ne sont pas en reste, et semblent tout aussi déchaînés. Résultat : un moment anthologique, et un public encore sous le choc. Adrienne Pauly, la plus folle des chanteuses françaises, a mis le feu.
Zucchero. Très peu de choses à dire sur son show, si ce n’est qu’il était inspide, sans vie, plat. Ajoutons un coup de vieux qui réduit visiblement sa mobilité, des chansons qui semblent appartenir au patrimoine des années 80 catégorie “has been” … malgré tout, en Suisse, Zucchero est encore une star, et c’est devant un public nombreux et conquis que l’artiste italien interprétera ses tubes d’antan.
Samedi 28 juillet : as Gad Elmaleh said “Je n’ai jamais vu ça”

Muse fut grandiose. Björk fut magique. Mais aucune de ces 2 méga stars mondiale ne rivalisa avec Gad Elmaleh, le SEUL ARTISTE qui a cessé de faire fonctionner tout le festival. Organisateurs, bénévoles, staff, backstage, public : TOUT le Paleo Festival viendra voir le plus brillant des humoristes français. Mais nous n’en sommes pas encore là …