Paleo Festival 2007

Quand on a goûté au Paléo Festival, on se dit que ce qui appartient à l’époque des dinosaures, ce sont les manifestations qui se déroulent en France. Des artistes heureux de jouer, un public exceptionnel, une programmation riche, variée et de très bonne qualité, des restaurants indiens, japonais, chinois … j’en ai rêvé, le Paléo Festival l’a fait
Préambule
Ce qui va suivre est aussi long que subjectif. Nous avons été bluffés et stupéfaits par ce que nous avons vu. En général j’apprécie soit le public, soit la musique, soit l’organisation. Mais quand ces 3 ingrédients sont en symbiose totale, cela donne un événement qui vous transporte, vous faisant vivre pendant une semaine un rêve éveillé. Wow.
Mardi 24 juillet : the day where a festival becames a big swamp

La pluie diluvienne s’est abattue sur le site quelques jours durant, et n’a presque pas cessé pour l’ouverture du festival, nonobstant des températures très élevées, donnant naissance à un arc en ciel divinement irréel ; ce dernier découpait les cieux, comme s’il voulait protéger les festivaliers d’une tempête inéluctable. C’est sous ce climat fort accueillant qu’il fut possible d’écouter à l’abri, sous le Club Tent (qui deviendra par la suite mon chapiteau favori) The Mondrians.
The Mondrians @ Paleo Festival, Suisse | 24.07.2007
Pierre Lapointe @ Paleo Festival, Suisse | 24.07.2007
!!! (Chk Chk Chk) @ Paleo Festival, Suisse | 24.07.2007
Donavon Frankenreiter @ Paleo Festival, Suisse | 24.07.2007
Arctic Monkeys @ Paleo Festival, Suisse | 24.07.2007
Naast @ Paleo Festival, Suisse | 24.07.2007
The Mondrians @ Paleo Festival, Suisse | 24.07.2007
Muse @ Paleo Festival, Suisse | 24.07.2007
The Mondrians. Groupe local, se frayant un chemin entre la pop, le rock et le garage énergique, leur set est impeccable, les riffs et refrains rentrent automatiquement dans les neurones. On sent une énergie fraîche et sincère, à défaut de proposer une musique originale. Il n’y a que quelques pas à faire dans la boue prolifique pour découvrir un artiste dont ma chère et douce avait écrit des éloges dithyrambiques quelques mois auparavant : Pierre Lapointe.
Pierre Lapointe. Le personnage est beau, looké d’une manière qui doit sans doute faire fureur au Québec, et fait exceptionnel, il est possible de le photographier. Mais ce sera surtout les oreilles qui frôleront l’orgasme. Doté d’un humour assez particulier, en totale contradiction avec pas mal de chansons assez spleen et mélancoliques, le personnage séduit d’emblée le chapiteau. Ce concert sera en quelque sorte l’allégorie du festival : des gens de tous âges viennent voir un artiste, constitués aussi bien de curieux que de fans purs et durs. La magie est totale, même si le son était très loin de mettre en valeur les subtilités des compositions et arrangements. Qu’importe, un tel artiste dans un tel festival sonnait comme une évidence.
!!!. Changement radical avec Chk Chk Chk qui a sans doute réalisé l’un de ses meilleurs shows. Il faut dire que si leur rock catchy et jumpy a déjà été entendue à maintes reprises, la générosité du leader chanteur fut telle qu’il fut impossible de ne pas apprécier le show. D’ailleurs, le public visiblement peu familier à leur univers musical restera jusqu’à la fin du concert.
Donavon Frankenreiter. Puisque Jean-Louis Murat aura été la seule star de tout le festival à ne vouloir aucune photo (même Muse, Björk et P!nk ont accepté, c’est pour dire), direction le Club Tent pour découvrir un artiste captivant, Donavon Frankenreiter. Sous ses airs de baba cool se cache un musicien hors pair au jeu de scène imparable. Son blues / folck teinté de quelques touches country font mouche. Le public est accro d’emblée (mais à quel groupe ne le fut-il pas ?), et Donavon, à l’instar de tous les artistes venus jouer au festival, sera on ne peut plus surpris par un tel enthousiasme.
Arctic Monkeys. La première déception du festival. Entre chansons ultra répétitives (mais diablement efficaces), jeu scénique inexistant, et visages des musiciens dignes d’un show des frères Gallagher sur le point de se barrer de la scène après une énième dispute, il me fut impossible ne serait-ce que de remuer des hanches, syndrome viscéral et incontrôlable qui confirme qu’un groupe me fait vibrer. Ici rien du tout. Même pas envie de photographier. En revanche, côté public, l’explosion est totale, et entendre une bonne partie de ce dernier connaître chaque titre du répertoire par coeur fut bien plus jouissif que le spectacle dénué de vie sur scène. De toute façon je vais comprendre à mon insu que la véritable force du Paleo festival n’est pas sa programmation exceptionnelle qu’aucune manifestation française n’est en mesure d’offrir, mais bel et bien son public, tout simplement sidérant et exemplaire.
Aldebert. En France, il y a quelques années encore, Aldebert remplissait de petites salles. Puis un déclic fit qu’il commença à connaître le succès qu’il méritait dès le début. Si entre temps j’ai décroché (exit l’univers propre du personnage pour finalement ressembler à celui de Christophe Mali : de très bonne qualité donc, mais l’originalité n’est plus de mise, du coup), force est de constater que le petit lutin sauteur est toujours autant à l’aise dès qu’il s’agit de virevolter, de grimacer et de faire participer le public. Une fois de plus, la population présente semble connaître sur le bout des doigts les chansons de l’artiste français.
Naast. Les petites stars rock parisiennes se produisaient au Club Tent, et c’est avec des exigences dignes de Robert Plant (ces derniers ne voulaient des photographes que sur le côté de la scène !) que je vis enfin ce groupe. Si l’originalité doit être proche du zéro absolu (un rock yéyé seventies rabâché depuis presque 40 ans), les petits minets se défendent plutôt pas mal sur scène. Mention spéciale à une partie du public qui s’est amusé à balancer des fourchettes en plastique : ceux qui connaissent l’histoire de petits bourgeois de Joinville le Pont qui voulaient être des rock stars comprendront, et apprécieront (même si finalement de mauvais goût) :)
Muse. Un concert IN-CRO-YABLE. Devenue en l’espace de quelques années une des plus grosses machines mondiales rock, la bande à Matthew Bellamy va tout simplement émerveiller la Suisse avec un set pour le moins dantesque. Entre un son particulièrement démentiel (malgré une voix légèrement en retrait), des compos à faire frissonner (quand Matthew martèle avec une délicatesse monstrueuse un piano à queue sur Hurricanes and Butterflies, et qu’entre temps, plus de 30 000 personnes retiennent leur souffle, ça créee une dimension exceptionnelle), la surprise viendra surtout de Matthew qui dès la première chanson, balance un « Bonsoir le Paleo» … et ponctuera dès qu’il le pourra entre les 14 chansons du set des « mercis» visiblement sincères. Tous ceux qui ont déjà vu Muse savent que ce comportement de la part de cet artiste est rare, puisque ce dernier ne parle JAMAIS, et enchaîne les tubes comme sur un CD. Muse, une méga baffe.
Mercredi 25 juillet : I saw a shaman fairy !

La tête d’affiche tant attendue du festival est la fée islandaise Björk, qui malgré un dernier album loin d’être convaincant, a réussi à créer un mythe autour d’elle. C’est en la croisant par hasard dans la partie presse et professionnels en toute tranquilité que je réalisais que sa réputation de diva starifiée était complètement éronnée. Il faut dire qu’en Suisse, la mentalité est toute autre : en France, les pseudos photographes professionnels l’auraient shootée, pendant qu’une nuée de fans hystériques l’auraient agacée pour un autographe. Ici Björk est un homo sapiens sapiens comme les autres, et j’apprendrai par la suite que les artistes apprécient le Paleo Festival pour cette mentalité. On ne peut que les comprendre. Il fait beau, et ce temps délicieux durera jusqu’au dimanche soir, quand Zazie débutera son set. Totem tour Power :)
Reverse Engineering @ Paleo Festival, Suisse | 25.07.2007
Donavon Frankenreiter @ Paleo Festival, Suisse | 25.07.2007
Clap Your Hands Say Yeah @ Paleo Festival, Suisse | 25.07.2007
Eiffel @ Paleo Festival, Suisse | 25.07.2007
Arcade Fire @ Paleo Festival, Suisse | 25.07.2007
Midlake @ Paleo Festival, Suisse | 25.07.2007
AaRON @ Paleo Festival, Suisse | 25.07.2007
Björk @ Paleo Festival, Suisse | 25.07.2007
Reverse Engineering. Impossible de ne pas penser à Joachim Garraud lorsque le trio débute au Club Tent ; en effet, ces derniers sont ornés d’un masque représentant des extraterrestres. A la différence du DJ parisien qui pourrait être capable à 40° de garder son déguisement, le trio semble suffoquer dès la deuxième chanson. Le set est imparable, les beats lents sont soutenus par des basses dynamiques et jumpy. Et une fois de plus, le public répond présent.
Donavon Frankenreiter. Hier au Club Tent, Donavon se produit cette fois-ci sur la grande scène. Le personnage ne perd rien de sa simplicité et de son feeling, et son charme opère de la même manière. Inutile de réécrire une prestation quasi identique, si ce n’est que Donavon Frankenreiter, c’est du très bon.
Clap your hands Say Yeah. A Paris, il s’agit DU groupe à voir, et DU groupe à photographier. Je m’attends donc à une bombe atomique musicale en puissance, le tout avec un jeu scénique démentiel. Clap your hands Say Yeah n’a d’original que le nom du groupe, car le reste est fade, vide, sans originalité, avec un jeu de scène aussi dynamique et explosif qu’un zombie de Romero. Sans oublier une voix complètement fausse, sans doute dûe à un chanteur qui a un peu abusé d’alcool avant de monter.
Eiffel. Il chante, joue et respire comme du Noir Desir. Un peu comme Luke, mais en mieux. Et Eiffel n’a pas été épargné par l’effet Paléo : public ultra réceptif et conquis, conditions idéales pour un groupe de donner le meilleur de soi-même. Et même si je considère cette formation comme un ersatz de l’héritage Cantat, je pense sans me tromper qu’Eiffel s’est donné à fond, transpirant corps et âme, avec un jeu de scène particulièrement survolté.
Arcade Fire. Il y a quelques semaines, ils clôturaient les Eurockéennes. Au Paleo l’histoire est toute autre. L’univers visuel magnifique du groupe est gommé par la lumière du jour (il n’est que 20h45), et le bastion de fans qui jalonne les premiers rangs ne semble pas suffisant pour transporter aussi bien le groupe que le public. Il faut dire qu’Arcade Fire ne ressemble à rien d’autre qu’à Arcade Fire. Il faut donc s’habituer à ces mélodies fantaisistes, à ces refrains constituées d’anomatopées, ou à ces changements d’instruments entre chaque chanson. Pour ma part, j’ai préféré le spectacle donné à Belfort, mais les conditions étaient tout autre (il faisait nuit, le public entier était fan, et il s’agissait du dernier concert), mais il faut avouer que ce groupe canadien possède vraiment un truc à part.
Midlake. Venu tout droit du Texas, Midlake est un pur moment de magie, qui a souffert d’une programmation simultanée avec AaRON, le duo parisien accueilli comme des rois, des dieux par le public suisse. Midlake, servi par la voix douce et cristalline de Tim Smith, est à l’instar de The Magic Numbers, un véritable voyage dans le temps. Un univers musical parfois proche de Pink Floyd, tantôt folk / pop 60’s américaine, le plongeon dans les mélodies douces et subtile est un délice total. Et s’il n’y avait pas eu AaRON au même moment, je serais resté jusqu’à la fin de leur set, tant ce dernier était divin.
AaRON. Le set est déjà entamé quand j’arrive, mais une chose est certaine : le succès d’AaRON a traversé les frontières françaises. Le trio Simon / Olivier / Maeva séduit le public, qui semble avoir les mêmes symptômes que leur homonyme outre Jura : des yeux petillants, beaucoup de jeunes femmes, un « U-Turn Lili» chanté en choeur, et bien sûr des applaudissements explosifs à la fin de chaque chanson. Une fois de plus, je serais tenté de dire qu’AaRON a été on ne peut plus surpris par un tel enthousiasme, même si ce dernier est habitué à faire un carton à chaque représentation, la Suisse semble être un microcosme culturel qui touche chaque artiste d’une manière particulière.
Björk. Inutile d’y aller par quatre chemins : le concert de la diva islandaise fut de loin le plus atypique du festival. D’une part, voir plusieurs milliers de personnes assister à un concert assez difficile d’accès musicalement parlant fut un moment magique. D’autre part, Miss Björk, revêtue de maquillages indiens et d’une longue robe rougeoyante semblait être sortie tout droit d’un conte indien où telle une shaman, elle hypnotisa de son regard perçant et de sa voix si mal placée mais si fragile tout un auditoire subjugué. Mais si le set en lui-même fut de grande qualité, ce sera surtout après le concert que Björk se montrera grandiose : ainsi distribua-t-elle au premier rang, ainsi qu’au staff du festival, un petit flyer donnant accès à un aftershow près de sa loge, avec DJset … les heureux élus auront sans doute apprécié ce moment aussi inattendu que privilégié, où seulement une poignée ont pu faire la fête avec l’une des plus grandes artistes de notre époque. Qui a dit que Björk était une star ?
La fatigue est au rendez-vous, à tel point que j’en ai zappé le set d’Izabo. Mais vous l’avez de toute manière bien compris : je n’ai pas pu assister à tous les concerts, et les choix cornéliens ont été si nombreux qu’il est impossible de ne pas regretter d’avoir choisi un groupe plutôt qu’un autre.
Jeudi 26 juillet : I have met the greatest Jazzbastard !

Il fait chaud, terriblement chaud. Le sol est déjà sec, et seuls les tonnes de copeaux de bois versés le lendemain de l’apocalypse témoignent que 2 jours auparavant, le public voyait ses petits petons se faire manger par un sol boueux. Et cette journée caniculaire débute avec un groupe incroyablement intéressant, une fois de plus suisse : Jonas et le Taxi Brousse Orchestra.
Jonas & Le Taxi Brousse Orchestra @ Paleo Festival, Suisse | 26.07.2007
Oxmo Puccino @ Paleo Festival, Suisse | 26.07.2007
Beat Assaillant @ Paleo Festival, Suisse | 26.07.2007
Grand Corps Malade @ Paleo Festival, Suisse | 26.07.2007
Robert Plant @ Paleo Festival, Suisse | 26.07.2007
Stress @ Paleo Festival, Suisse | 26.07.2007
Alamo Race Track @ Paleo Festival, Suisse | 26.07.2007
P!nk @ Paleo Festival, Suisse | 26.07.2007
Jonas et le Taxi Brousse Orchestra. Si Mr Oxmo Puccino (qui jouera après) mélange subtilement le hip-hop et le jazz, l’équivalent suisse tente une autre formule alchimique avec la musique africaine. Et le résultat est tout simplement exceptionnel. Des textes acérés et diablement bien écrits, véritable oxymore avec la douceur et la subtilité musicale qui les porte, Jonas et le Taxi Brousse Orchestra.séduit d’emblée. Le Club Tent, de par sa configuration intimiste, donne une dimension particulière à la prestation. Les ovations sont généreuses, et le groupe le mérite.
Oxmo Puccino. Avec Adrienne Pauly, Renan Luce, AaRON, Rose Keren et Hey Hey My My, Oxmo a largement contribué à vouloir couvrir le Paleo. Et si l’on excepte la Cigale, que le chanteur hip hop considère lui-même comme « un moment mystique» , je ne me tromperais guère en disant que j’ai assisté à son meilleur show. Il faut dire que le bonhomme n’était pas entré sur scène que le chapiteau était limite complet, et que le public s’est mis à hurler comme un troupeau de phacochères à l’unisson au moment des premières paroles balancées. Oxmo Puccino semble particulièrement ému d’un tel accueil. Le chapiteau vibre entre jazz et hip-hop, le set est imparable (Perdre et gagner, toujours aussi majestueux), les visages rayonnent de part et d’autre de la scène. Grandiose. (Mais ce sera après le concert, quand je serai avec l’artiste lui-même en train de discuter de Lauryn Hill ou encore Sheitan, que cette journée fut pour moi l’une des meilleures du festival).
Beat Assaillant. Je me suis permis de zapper le concert de Laurent Voulzy ; j’avais en effet vu ce dernier aux Papillons de Nuit, et sa performance m’avait laissé de marbre. Même si au loin cela semblait sonner pas trop mal, les ovations qui s’entendront jusqu’à la grande scène émaneront du Club Tent, où avait lieu l’un des meilleurs concerts de la journée, celui de Beat Assaillant. Dans un esprit similaire à Oxmo Puccino, Beat Assaillant mélange hip-hop avec funk et soul. Le groove est démentiel, et le débit des paroles digne de l’Amazone. Le public hurle de toutes ses forces, le show est extraordinaire, les cuivres percussives s’entrechoquent avec la rythmique basse/batterie symbiotique ; à la fois agressif et musical, subtil et ravageur, Beat Assaillant a fait vibrer le festival entier, grâce aux voix porteuses du public que l’on entendait jusqu’à la grande scène : Laurent Voulzy a dû se poser des questions …
Grand Corps Malade. Les organisateurs à la conférence de presse finale en ont fait des éloges. Le public était si nombreux que le chapiteau se révéla insuffisant pour accueillir tout le monde. La voix de ce grand monsieur sortie d’outre-tombe balance des paroles sublimement écrites. Et malgré tout cela, IMPOSSIBLE d’accrocher. Avec le recul, je tente en vain de comprendre pourquoi l’alchimie entre cet artiste et moi n’a pas fonctionné. Une question qui restera sans réponse. Après tout, on ne sait pas si on est seul dans l’univers, et ça ne nous empêche pas de dormir. Quoiqu’il en soit, cette journée sous le signe du hip-hop et du slam fut la consécration de tous ces artistes, et Grand Corps Malade fut accueilli comme un roi.
Robert Plant. Gifle monumentale. Il a beau vieillir à vue d’oeil, il a beau parquer les photographes de telle manière que le prendre en photo relève de l’exploit, son set est monstrueux et titanesque. Ses mélodies 70’s fusionnent avec des parties electroniques contemporaines, crééant des chansons tout simplement enivrantes et magnétiques. Sans oublier ce qu’il fit la légende ce grand homme : son jeté de micro, ou sa voix imparable. Un grand moment de musique.
Stress. Il est 23h et Stress, groupe hip-hop suisse, va enflammer en terrain conquis le chapiteau. Que ce soit sur scène ou dans le public, tout le monde saute dans tous les sens. Ce qui semble être au prime abord une anarchie totale s’avère être un spectacle rôdé et carré. On retiendra surtout une forme olympique de tous les participants, qui pendant 1h ont du perdre des centaines de calories à la minute. Je suis loin d’être fan de ce genre de hip-hop, mais force est de constater que Stress a tout retourné.
Alamo Race Track. Un groupe signé chez Fargo ne peut qu’être excellent. 30 personnes pensent visiblement comme moi. Parce qu’ils ont été programmés à 1h d’intervalle de la vedette du jour, P!nk, Alamo Race Track fut le seul bide du festival. Le Club Tent est totalement désertique, seuls quelques curieux vont apprécier comme il se doit l’univers indie rock de ce quator néerlandais. On plonge direct, on est addict aussitôt … c’est simple mais merveilleux, c’est dépouillé mais finement ciselé. Le groupe pour remercier les fidèles descendra à la fin du set pour les autographes, photos, et serrages de main. Même devant 30 personnes, le groupe s’est donné à fond. Mais qui pouvait rivaliser contre P!nk ?
P!nk. Point de moto pour le Paleo, mais une robe franchement sexy mettant en valeur un corps tatoué de partout. P!nk est aussi trash vulgaire que belle, sa voix n’a rien d’extraordinaire, mais elle enflamme en 2 minutes le Paleo. Tous les festivaliers se sont réunis pour en prendre plein les yeux et les oreilles, et ils ont eu pour une grande partie ce qu’ils attendaient. Il faut aimer les shows à l’américaine, et tout ce que cela sous-entend.
La soirée se termina avec des monstres de scène : Fancy vs JoeyStarr vs Les Boukakes. Mais on est vite fatigué, au Paleo … et un festival de 6 jours, il faut préserver quelque peu ses forces.
Vendredi 27 juillet : the craziest french girl put the fire

Renan Luce, Adrienne Pauly, Ridan ou Adam Kesher … autant d’artistes qui me tardaient de (re)voir … et surtout de voir comment le public suisse allait appréhender ces groupes. Après 3 jours de festival, l’étonnement est toujours au rendez-vous : le public suisse est sans aucun doute le MEILLEUR qui m’ait été donné de voir. Alors qu’en France on aime se pochtronner, ici en Suisse, on vient au Paleo pour découvrir avec une oreille attentive les artistes programmés.
Adam Kesher @ Paleo Festival, Suisse | 27.07.2007
Inna Crisis @ Paleo Festival, Suisse | 27.07.2007
Ridan @ Paleo Festival, Suisse | 27.07.2007
Renan Luce @ Paleo Festival, Suisse | 27.07.2007
Lynda Lemay @ Paleo Festival, Suisse | 27.07.2007
Adrienne Pauly @ Paleo Festival, Suisse | 27.07.2007
Zucchero @ Paleo Festival, Suisse | 27.07.2007
Adam Kesher. Plébiscité en France par une certaine presse (notamment les Inrocks), Adam Kesher, jeune brun au minois androgyne, est une belle entrée en matière. Le son, résolument electro rock, peut sonner comme original si l’on ne connaît pas … The Infadels. Excepté ce petit défaut, que personne sans doute n’aura relevé, le show est impeccable, les musiciens sur scène sont survoltés, le public dubitatif se prend vite au jeu des basses jumpy. Un vendredi qui commence bien.
Inna Crisis. Changement radical d’univers au chapiteau avec Inna Crisis, groupe de reggae suisse. Guitare limite rock/ska, cuivres bien balancés, chant tout à fait dans l’esprit du style, présence scénique sans faille, le groupe connait un succès extraordinaire. Décidément, la Suisse compte beaucoup de bons groupes ; il serait intéressant d’en voir davantage sur Paris, et en France en général, car ce pays recèle de véritables pépites qui trouveraient sans nul doute leur public.
Ridan. On l’avait manqué à l’Olympia, et la séance de rattrapage sur la Grande Scène vaut le détour. Ridan, jadis timide, introverti, profite de la scène immense pour se ballader, sauter, et inviter le public à participer à la fête. Mais la magie de ce véritable métamorphosé réside surtout dans la qualité de ses textes. En revanche, le public n’était pas encore assez présent pour remplir la capacité totale de la grande scène. Un détail mineur vue la qualité de la prestation.
Renan Luce. Pendant que tous les photographes allaient shooter le même portrait de la pétillante Ayo, le Club Tent était rempli à raz-bord pour assister au concert de Renan Luce. Et même si ce dernier explose une corde de guitare au bout de 2 chansons, et même s’il connaît visiblement des problèmes de son au niveau des retours, il ne se démonte pas et assure son show avec un professionnalisme à toute épreuve. A l’instar de Ridan, Renan Luce un an auparavant osait à peine regarder le public. Désormais il plaisante avec lui, prend son temps pour poser ses chansons, et cette assurance acquise se ressent également dans l’interprétation des chansons. Entre un « repenti» plus écorché que jamais, ou « Les voisines» véritable hymne rendant dingue le public suisse, sans oublier « La lettre» … un très grand moment. « Très grand moment» , un pléonasme récurrent concernant le Paléo.
Lynda Lemay. D’un côté Céline Dion et Lara Fabian. Qui adorent hurler, et chanter des textes insipides et vendeurs. De l’autre côté, Lynda Lemay, son magnétisme à la Marie Laforêt, sa gentillesse sans limite (une des seules artistes à avoir salué TOUT le staff du Paléo, d’avoir signé ensuite des autographes …), sa générosité qui semble sans limite … et des textes somptueux, tantôt d’une drôlerie made in pays des caribous, tantôt d’un malaise abyssal. Le public suisse a pu découvrir ses chansons à travers une configuration acoustique minimaliste et dépouillée. Sa voix, d’une pureté et d’une justesse rares, résonne dans un Paléo tombé dans un silence religieux, entrecoupé d’ovations tonitruantes. Tout le monde est ému. Difficile d’avoir un état d’esprit différent avec une telle artiste.
Adrienne Pauly. Mais le clou du spectacle résidera dans le show ultra déjanté d’Adrienne Pauly. Cette dernière et ses acolytes étaient venus de Paris en voiture et ont dû subir des embouteillages, la chaleur écrasante, et la fatigue. Arrosé de vin blanc, leur show va être de loin le plus fou que j’ai pu voir. Adrienne est au top de sa forme, le public suisse n’en revient pas. Que ce soit l’organisation ou simplement les gens venus écouter à un moment donné « j’veux un mec» , personne ne se remet du jeu de scène tsunamique de la jolie parisienne. Le guitariste Alice et le séduisant bassiste Adanowsky ne sont pas en reste, et semblent tout aussi déchaînés. Résultat : un moment anthologique, et un public encore sous le choc. Adrienne Pauly, la plus folle des chanteuses françaises, a mis le feu.
Zucchero. Très peu de choses à dire sur son show, si ce n’est qu’il était inspide, sans vie, plat. Ajoutons un coup de vieux qui réduit visiblement sa mobilité, des chansons qui semblent appartenir au patrimoine des années 80 catégorie « has been» … malgré tout, en Suisse, Zucchero est encore une star, et c’est devant un public nombreux et conquis que l’artiste italien interprétera ses tubes d’antan.
Samedi 28 juillet : as Gad Elmaleh said « Je n’ai jamais vu ça»

Muse fut grandiose. Björk fut magique. Mais aucune de ces 2 méga stars mondiale ne rivalisa avec Gad Elmaleh, le SEUL ARTISTE qui a cessé de faire fonctionner tout le festival. Organisateurs, bénévoles, staff, backstage, public : TOUT le Paleo Festival viendra voir le plus brillant des humoristes français. Mais nous n’en sommes pas encore là …
Aloan @ Paleo Festival, Suisse | 28.07.2007
Stuck in the Sound @ Paleo Festival, Suisse | 28.07.2007
Sanseverino @ Paleo Festival, Suisse | 28.07.2007
Hey Hey My My @ Paleo Festival, Suisse | 28.07.2007
Cassius @ Paleo Festival, Suisse | 28.07.2007
Emily Loizeau @ Paleo Festival, Suisse | 28.07.2007
The Young Gods @ Paleo Festival, Suisse | 28.07.2007
Aloan. Une fois n’est pas coutume, la journée commence avec une excellente surprise, provenant de Suisse : Aloan. Inspirations Portishead évidentes, une voix sublime et pure – qui jalonne de la soul jazz aux envolées lyriques – souvent entrecoupée d’un chant hip-hop qui semble au prime abord mal convenu, l’univers du groupe est ennivrant à souhait. Une excellente découverte, une fois de plus.
Stuck in The Sound. Difficile de ne pas tomber love d’un tel groupe. Le quator parisien prouve sa capacité à se mettre un public dans la poche. Au premier, les jolies midinettes avaient été conquises un jour auparavant, et ne voulaient manquer le show sous aucun prétexte. Des compos qui arrivent comme des boulets de canon, des variations de tempo aussi inattendues que bien trouvées, une voix hallucinante, toujours aussi Buckleyienne … Stuck in the Sound a tout simplement retourné le chapiteau.
Sanseverino. Ceux qui se promenaient en backstage ont pu avoir la chance de voir et/ou écouter une impro jazz de cet artiste atypique avec quelques uns de ses musiciens. Sanseverino aime la musique, qu’elle soit interprétée sur scène ou non. J’avais déjà adoré sa prestation aux Papillons de Nuit, mais que dire de celle du Paleo ? Avec une entrée en matière exceptionnelle ( « Salut moi c’est Sanseverino, et avec mes musiciens on fait la première partie de Gad Elmaleh et Tryo !» ), sa musique résolument jazzy va attirer la foule. On sent le personnage tout fou, limite le gosse heureux d’avoir devant lui des milliers de personnes sous un soleil généreux. Définitivement conquis.
Hey Hey My My. S’il est bien un groupe qui partagent les membres du HibOO, il s’agit de Hey Hey My My. Alain les trouve sans intérêt et soporiphiques. Dans mon cas, je trouve leur musique 60’s empreinte de Beatles et de Simon and Garfunkel de toute beauté. Les organisateurs du Paléo ont également fait une exception avec cette formation. En effet, tous les groupes programmés à ce festival ont été vus au préalable plusieurs fois, afin de proposer au public les meilleures prestations. Or il semblerait que personne n’ait vu ce quator parisien, accepté uniquement sur recommandation. Lors de la conférence de presse finale, le directeur du festival n’a pas caché son enthousiasme débordant pour ce groupe, défini comme un « véritable coup de coeur» . De toute façon, quand on écoute une chanson comme « Poison» , il est difficile de ne pas aimer. Pas le groupe le plus original de la planète, mais quel délice.
Cassius. Jadis en formation DJ, Cassius est désormais un véritable band, où l’électronique efficace côtoie les sonorités pop. Le résultat est détonnant, et le groupe transforme le chapiteau en véritable discothèque. Le public est survolté, les musiciens sur scène s’éclatent, la fête est au rendez-vous. Un choix judicieux pour chauffer le début de soirée. Je n’avais pas pu les voir à Paris. Me voilà comblé.
Gad Elmaleh. Comme je l’indiquais plus haut … LE succès, LE rendez-vous de cette 32ème édition fut Gad Elmaleh. C’est à ce moment précis que je me suis mis à comparer avec ma petite amie la Suisse comme le Québec européen. Alors que bon nombre de festivals français peuvent se résumer à une succession de concerts, la Suisse, après Jamel Debouzze, s’est permis d’inviter un humoriste en configuration one-man show. Record d’affluence absolu, public connaissant PAR COEUR le DVD du spectacle, forçant Gad à souvent improviser, et surtout, vu de haut, un truc typiquement suisse : le public se transforme en une sorte de ban de poisson géant, avec les mains semi-levées, tout en les faisant vibrer légèrement, tout en murmurant en même temps. J’avais déjà pu le voir sur Renan Luce, ou encore Oxmo Puccino … mais cette fois-ci, ce sont plus de 30 000 personnes qui le font en même temps ! Gad Elmaleh, véritable superstar, est particulièrement ému, et quittera d’ailleurs la scène les larmes aux yeux. En précisant « Arrêtez ! je n’ai jamais vu ça, c’est génial» . LE moment du festival qu’il ne fallait manquer sous aucun prétexte. D’autant plus que Gad a tout simplement explosé de talent, notamment dans ses impros nombreuses. Le meilleur humoriste français dans le meilleur festival européen, avec le meilleur public que j’ai jamais vu … la recette ultime.
Emily Loizeau. Il y avait Air. Mais cela faisait un bail que je n’avais pas vu la jolie Emily s’amuser avec ses compères Cyril et Olivier sur scène. Et une fois de plus, j’ai assisté sans doute à l’un des meilleurs concerts de cette artiste. Le public suisse a une capacité innée et fabuleuse de transmettre des ondes positives à tous les artistes qui se produisent. Plus ravissante que jamais, son set de plus en plus parsemé de chansons inédites est impeccable. Entre « l’autre bout du monde» , le magnifique « Balthazar» ou encore le touchant « I’m alive» , chaque chanson séduit, émeut et amuse le public. Public qui restera plus de 5mn à applaudir, à hurler, à siffler, à faire sa technique du ban de poisson pour exiger un rappel d’Emily, qui finit en beauté son set avec « Voilà pourquoi» . Mais elle ne reviendra pas : ici en Suisse, on est d’une précision d’horloger concernant les horaires alloués.
Tryo. Je n’aime toujours pas, je n’aimerai sans doute jamais. Mais le groupe a ce truc qui attrape les gens, qui les fait participer. Comme le précisera l’organisateur du festival, qui a connu le groupe au début de sa carrière, Tryo est passé par toutes les scènes, commençant il y a 8 ans au Club Tent, pour finir aujourd’hui devant des milliers de personnes sur la Grande Scène. Ceci sans appui médiatique, un véritable succès populaire mérité. La joie et la fête sont au rendez-vous. Fête que prolongera le groupe en backstage, pour une soirée bien arrosée avec une mixture préparée par leurs soins qui semble avoir eu un effet assez dévastateur sur les invités :)
The Young Gods. La fin de l’avant-dernière journée s’achèvera avec un concert on ne peut plus dark de The Young Gods. Un univers electro gothique pour le moins percutant, avec un chant effacé, une batterie martelante, et des parties de synthé faisant office de guitare, de basses et autres sonorités bizzaroïdes. Le groupe n’est plus tout jeune, mais l’énergie déployée est assez exceptionnelle. Du moins, le peu que l’on peut voir, puisque le groupe semble apprécier plus que jamais les lumières éteintes.
Dimanche 29 juillet : Invite the Totem, Rain comes again

Les nuages sont de plus en plus nombreux, et deviendront à nouveau apocalyptiques aux alentours de 21h … à tel point qu’il pleuvra à nouveau, faisant fuir les moins téméraires, mais ne décourageant en rien ceux qui se sont déplacés pour voir Renaud. Une fois de plus, la journée récèlera de surprises comportementales assez incroyables, comme cette oeuvre de Puccini jouée sur la grande scène où le public, assis, écouta avec un silence qui pourrait regner lors d’un concert de musique sacré dans une cathedrale. C’est à ce moment précis que j’ai compris que les Suisses, niveau mentalité vis à vis de la musique, avaient juste 300 ans d’avance sur la France.
Navel @ Paleo Festival, Suisse | 29.07.2007
Kaïla @ Paleo Festival, Suisse | 29.07.2007
Rose Keren @ Paleo Festival, Suisse | 29.07.2007
Zazie @ Paleo Festival, Suisse | 29.07.2007
The Locos @ Paleo Festival, Suisse | 29.07.2007
Katel @ Paleo Festival, Suisse | 29.07.2007
Renaud @ Paleo Festival, Suisse | 29.07.2007
Gogol Bordello @ Paleo Festival, Suisse | 29.07.2007
Navel. Je n’avais pas beaucoup aimé la prestation un peu bordélique aux Eurockéennes. Et cette sensation de « j’ai trop regardé des DVD de Kurt Cobain étant gamin» a été encore plus présente en Suisse. Navel, trio issu des terres helvétiques, bouge beaucoup pour pas grand chose. C’est souvent brouillon, c’est malgré tout rock n’ roll attitude, mais cet artifice visuel consistant à s’agiter masque malheureusement un univers musical relativement pauvre. Définitivement pas fan.
Zaïla. Cela n’est pas encore apparu dans ce compte rendu, mais une partie du festival était consacrée à l’Orient. Un véritable village avec un souk, des animations et de la danse étaient à disposition. Et surtout le dôme, autre chapiteau qui a pu accueillir au fil des jours Rachid Taha, Tinariwen ou encore Les Boukakes. Zaïla est l’archetype même de formations orientales qui savent mettre le feu devant un public d’aficionados au style. Avant même de partager de la musique, on s’offre mutuellement une excellente humeur, une envie de faire la fête. On est loin du rock ou de la variété française, le dépaysement est total, on se retrouve plongé dans des contrées lointaines, où comme sur scène, on se voit servir un thé à la menthe.
Rose Keren. Direction le Club Tent pour prendre en photo une artiste que j’ai découvert au Bataclan en première partie de Jehro l’an dernier. Lorsque Rose arrive avec sa jolie jupe signée « Paul et Joe» , il ne manque plus que son sourire radieux pour illuminer le public, déjà conquis. Ce dernier, à quelques exceptions, connaît le CD par coeur. J’ai appris lors de ce festival via des affiches collées ci et là que le dit CD est désormais disque d’or. C’est sur cette base que la prestation de la jolie parisienne va s’avérer sans faille. A l’instar d’Emily Loizeau, de Renan Luce, ou de Gad Elmaleh, elle sera également surprise par un tel enthousiasme. Son set file comme l’eau du ruisseau qui frôle le Club Tent : tout en douceur.
Zazie. Je mettrai le concert du Paleo entre parenthèse dans la carrière de la chanteuse, parce qu’elle n’était pas au top de sa forme. Et pour cause : 10 jours auparavant, cette dernière a fait du kite surf avant de monter sur scène à Calais. Résultat pas forcément attendu : côtes fêlées. Bon nombre d’artistes auraient annulé. Elle a tenu à jouer devant le Paléo, où la chanteuse française est une grande habituée. Ses sourires d’émotion sont légions, car l’accueil est au rendez-vous, malgré ce léger handicap qui empêche Zazie de bouger comme elle le ferait à son habitude. Quant au répertoire, cette dernière a choisi parmi les plus spleens et mélancoliques. Et comme à chacune de ses tournées, elle remixe ses propres morceaux : ainsi la version de « Larsen» présentées fut d’une beauté inouie, d’une délicatesse redoutable. Et puis cette voix. De plus en plus éraillée, mais également de plus en plus touchante, de plus en plus sincère. Zazie, même au plus bas de sa forme, se permet de proposer un live très intéressant sur le plan auditif. C’est à partir de la moitié de son set qu’il se mit à pleuvoir. Et que cette pluie continua jusqu’à la fin du festival.
The Locos. Fans de Ska-P, The Locos est un groupe fait pour vous. Un ska qui lorgne parfois avec des rythmiques empreintées au métal, un chant hispanique percussif à souhait, et surtout un jeu de scène tout simplement explosif. Ca saute dans tous les sens, l’énorme poupée gonflable – mélange de la Mort et de la Statue de la Liberté – semble animée de la même folie que les membres du groupe. Pour ma part, 2 ou 3 chansons suffisent, tant on a l’impression d’écouter les mêmes ritournelles. Le public en revanche adhère à tel point que la température à l’intérieur du chapiteau en devient suffocante.
Katel. J’avais loupé la jeune caennaise aux Eurockéennes, et je m’en étais voulu, car j’avais pu assister à ses balances, et j’avais été subjugué par sa voix unique. Cours de rattrapage au Club Tent où la demoiselle a hypnotisé son auditoire. Son timbre est définitivement particulier. Dans les graves, on l’a impression d’écouter une chanteuse de variété des années 70. Dans les aigus, elle se transforme en furie rock très contemporaine. Le mélange perpétuel est détonnant. Musicalement, un rock à la fois torturé (un peu Noir Désirien d’ailleurs) et subtil. Je suis définitivement accro à sa musique, et au personnage, qui dévoile une humilité et une simplicité à toute épreuve. Katel, entre calme et fureur, un oxymore à elle toute seule.
Renaud. Quand on est accro à ses mélodies depuis qu’on est moufflet, il est difficile d’être objectif. J’avais pourtant vu le personnage plusieurs fois. A Rouen notamment, avec des concerts d’un homme fatigué, complètement à côté de la plaque, chantant plus faux que faux. Puis il y eut ce concert – toujours à Rouen – baptisé « Libertad» , véritable soutien lancé pour la libération d’Ingrid Betancourt, son grand combat. Il était particulièrement en forme, sa rencontre avec la jeune Romane Serda étant sans doute pas anodin. Puis récemment aux Papillons de Nuit, où son show était tout simplement parfait. Sa voix était revenue, son spectacle avait repris vie. C’était beau, même sous la pluie. Et pour le Paleo, l’ex-rebelle, nonobstant des répliques peut-être trop calibrées laissant peu de place à l’improvisation, a tout simplement été bluffant. Il ne fallait cependant pas être au premier rang pour apprécier à sa juste valeur son spectacle. Car Renaud aime la mise en scène, les jeux de lumières et surtout aime mettre en valeur ses autres musiciens. Et malgré une pluie devenue un véritable ruisseau vertical, le public ne quitte pas le navire, il a attendu toute la journée ce grand moment. Une prestation pour ma part sans faille.
Gogol Bordello. Quand la musique tsizgane rencontre les refrains accrocheurs du rock et autres musiques festives et prenantes, vous obtenez comme mélange Gogol Bordello. A l’instar de The Locos, le groupe se veut avant tout efficace, et de ce point de vue, le succès est au rendez-vous. Sur le plan musical en revanche, il arrive à un moment (à savoir 6 / 7 chansons) d’avoir une impression de déja entendue. Un groupe résolument taillé pour le festival. Le public répond d’ailleurs à l’appel, et c’est une fois de plus un carton.
Ainsi s’achève une suite de concerts, tous plus incroyables les uns que les autres, où tous les styles musicaux ont été mis en valeur par leurs meilleurs représentants actuels. Mais l’erreur serait de limiter le Paleo Festival à une succession de concerts … toute la magie de ce dernier réside ailleurs, et partout …
Le Paléo, un festival unique
Ce qui nous a frappés à ce festival, ce sont avant tout les gens. Le public, incroyablement ouvert, curieux, tout en étant pointu (écouter du Pierre Lapointe n’est pas à la portée de tous), et surtout respectueux. Ainsi peu d’épaves humaines déambulaient dans le festival, nonobstant des marques d’alcool présentes, sponsors de l’événements. Ainsi, même si des alcools forts étaient en vente, rares étaient ceux qui abusaient au point de se pochtronner. La loi Evain, qui brime moults financements potentiels pour les événements culturels en France, manque donc sa cible. Le public suisse est surtout plus discipliné, plus responsable que le public français. Par ailleurs, le civisme se fait tout jeune : ainsi en rapportant une centaine de gobelets trouvés, les enfants se voyaient offrir 5 francs suisses. Ou comment s’amuser tout en prenant compte de certaines valeurs, notamment celles de l’argent. J’ai même pu voir une petite fille de 2 ans faire tomber son gobelet, regarder sa mère de manière quasi-outrée, le ramasser et le mettre aussitôt dans une poubelle. Un véritable épisode d’X-Files en direct ! On notera aussi la promotion des énergies durables. D’ailleurs tout le festival fonctionnait avec ces dites énergies. Notons également certains endroits de la manifestation qui méritaient le détour : outre le fameux village oriental, la forêt timide fut une véritable surprise. Tout comme la Crique, un petit chapiteau où se tenaient surtout des animations de rue, de théâtre ou de cirque. Il ne faut pas oublier non plus la volonté des organisateurs de ne pas vouloir être aussi gros que le boeuf : ainsi, même si le festival peut facilement accueillir 50 000 personnes, ce ne sont que 35 000 qui peuvent profiter des concerts. Les raisons évoquées sont la sécurité, mais surtout – on croit rêver – une volonté de ne pas se sentir oppressé, de pouvoir se balader librement sans pour autant avoir un sentiment de troupeau … il faut souligner que le Paleo est l’un des seuls festivals à être sold out 2 jours après l’annonce de tous les groupes, et que certains achètent même leurs billets en décembre sans RIEN CONNAITRE de la programmation. Cela ferait rêver plus d’un festival français, mais la programmation est largement un cran au dessus. Si vous manquez un groupe dans un festival français, vous le reverrez dans un autre, dévaluant du coup ce que devrait être un tel événement. Au Paleo, on s’arrange pour proposer bien sûr des têtes d’affiches exceptionnelles, mais on met surtout en avant des groupes talentueux, pas forcément connus en Suisse. Son rôle principal ne devient donc plus la proposition d’un patchwork de groupes, mais bel et bien la promotion de ceux-ci. Enfin, je noterai l’incroyable amabilité que l’on a pu côtoyer tous les jours : que ce soit du côté presse, du côté de l’organisation, la sécurité mais aussi le public, ou encore les artistes rencontrés lors de nos petites promenades dans ce cadre idyllique … un véritable rêve éveillé. A tel point que j’en oubliais souvent que j’étais venu faire un reportage, en me transformant la plupart du temps en festivalier lambda profitant d’un moment magnifique. Bref, il ne reste plus qu’à espérer que le taux de Français (25% de la population) ne changera pas, car lorsque l’on voit ce que devient le FIB ou le Sziget à cause de notre chère mentalité peu respectueuse des us et coutumes locaux … la seule chose à reprocher est le tarif prohibitif – pour un français en tout cas – des boissons et nourriture … du coup moi qui cherchait à perdre des kilos …
Remerciements
J’en profite pour remercier Aurélien, du service presse qui a permis de vivre cet événement in extremis, au service presse pour sa sympathie (mais quand on vous dit qu’on connaît des artistes, c’est vrai !), les nombreux et sympathiques photographes suisses qui ont une mentalité extraordinaire (qui n’a rien à voir avec la branlette des photographes français présents en train de s’auto satisfaire devant leurs clichés zoomés à 1600% pour montrer que le Mark III est un bel appareil), Emily Loizeau, Enora, Virginie A et AaRON, Rose, Adrienne Pauly, Adanowsky (encore merci pour tes grimaces !), Alice, Oxmo Puccino (putain je t’ai parlé en vrai !!!), Marc C., tous les gens de la Grande Scène avec qui on a passé des moments vraiment sympas, Philippe et Natasha responsables photo de la Grande Scène, Cédric R. qui m’a prêté 3 batteries avant de partir, le public et leurs sourires généreux et authentiques, et aussi l’auberge du Vaud où nous avons séjourné et nous avons vraiment été comme chez nous, avec cette vue sur le Lac Leman et le Mont Blanc … j’en oublie certainement, et je ne manquerai pas de rajouter les gens qui ont contribué à ce paradis musical et humain.
Vous pouvez voir toutes les photos du festival (dont la galerie Ambiances et Portraits) sur mon compte FLICKR
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Bravo pour cette review et toute ces photos (j’ai tout lu j’ai eu le courage !!!), ça m’a rappelé à quel point ce festival est agréable :) Merci !
C’est vraiment génial ce que tu fais, merci pour ça, ça doit te prendre un temps monstrueux !!!
Les photos sont superbes comme d’hab, je regrette de n’y avoir pas été :(
salut!
a y est, j’ai tout lu!
je fais partie des gens qui achètent à Noël l’abonnement!
sauf cette année, pas assez de sous…
merci pour cette page souvenirs, en photos et textes!
j’espère que tu reviendras pour l’édition 2008!
pour Muse, au parc des princes en juin il a beaucoup parlé aussi avec le public (enfin « beaucoup» , façon de parler…. :P) mais c’est vrai que c’est rare quand il parle, mais Matthew aime beaucoup la france et la suisse :)
et sinon ça fait plaisir d’etre dans le compte-rendu, me suis commandé un 30D (que j’aurai d’ici 10-15 jours), on se retrouve aux vieilles charrues ?
Salut Rod
Dans ton article, le passage ou je cite : « Ainsi peu d’épaves humaines déambulaient dans le festival» a vraiment attiré toute mon attention. Y a rien de plus emmerdant que de voir des zombies dans un festival.
J’ai été au Festival les vieilles charrues et je crois pas exagérer en affirmant que j’ai vu entre 80 et 90 % de pochtrons. On se serait cru en plein tournage d’un film de george Romero. Franchement je trouve que ca casse l’ambiance et je vois pas l’intérêt de se biturer en plein concert.
Salut,
Merci pour ce magnifique résumé ; c’est intéressant de se rendre compte à quel point on a de la chance avec ce festival… pour moi, c’est normal !
Et merci de faire une super pub à nous autres Suisses, ça démonte un peu les clichés des Suisses mous, lents et froids :-)
Excellent ton article!!!!
En tant qu’aficionados Nyonnais, bénévole depuis plus de 10ans, fan de musique et de Paléo (qui est responsable d’une grande partie de ma culture musicale), je te remercie pour ta vision extérieur des plus belle!!!!
Pour le truc du public qui agite les mains en murmurant, c’est très suisse-allemand, mais aussi pratiqué dans nos contrées, principalement en rappel d’un artiste et pour le remercier. Si jamais, cela faisait pas mal d’années que j’en avais pas vécu un aussi puissant que lors du concert de Ayo, vendredi. Elle en a pleuré!!! Le concert à été filmé, check-it if you can!
A+
Article captivant et fourni de détails, ça fait revenir de bons souvenirs …
Je n’y suis allée qu’une journée pour voir Muse, mais comme à tout bon festival, j’ai pu découvrir d’autres bons groupes .
Je ne reviendrai pas sur le concert du célèbre tryo britannique ( ça me prendrait la nuit et je perdrai toute attention de ta part à m’étendre à n’en plus finir ), mais en revanche je tiens à te féliciter pour avoir si bien su exprimer l’exceptionnelle ambiance du Paléo, qui relève tant du public que de l’organisation … ce qui ne peut qu’améliorer les prestations des artistes ainsi comblés.
Ainsi que se soit le respect d’autrui, de l’environnement, de la modération à l’égard de l’alcool …je pense que les festivaliers paléoliens ont incontestablement battu à plat de coutures les festivaliers français dans leur majorité (c’est à dire mes compatriotes).C’est mon premier festival suisse, et déjà je sais que je retournerai en voir d’autres en Suisse.
Enfin un festival où l’écoute et la découverte musicale passent biennn avant la boisson et les délires de soulards/défoncés !
Enfin un festival où l’on ne trébuche pas sur des cadavres gisant à terre !
Enfin un festival où le sol ne s’est pas transformé en océan d’ordures !
Enfin un festival où les familles, les ados, les adultes, s’amusent tous ensemble sans problème !
Enfin un festival où on n’a pas à garder les mains dans les poches pour conserver son portefeuille !
Enfin un festival où la symbiose « public/orga» rend le plus bel hommage qu’il soit aux artistes … qui le rendent bien par leurs performances scéniques et leur réel plaisir à faire vibrer la foule attentive, transportée, unie .
Désolé pour la longueur … réaction instinctive, limite pro-suisse (et après tout pourquoi pas ? Nous avons beaucoup à apprendre de nos voisins dans maints domaines), en fait émulsion due à ton éloquent live report .
Alors, Merci . ;-)
Merci beaucoup pour votre article sur le paléo! Même s’il est long on ne s’ennuie pas une seconde tant on sent qu’il est sincère…
Il est vrai que le paléo est une manifestation fantastique et que l’on en sort souvent ému et toujours avec des souvenirs plein la tête!
Cela fait plaisir de voir un français qui reconnaît que nous sommes capable de faire autre chose que de manger du chocolat tout en surveillant les vaches à l’alpage! :p
Jespère que vous serez à nouveau à Nyon l’année prochaine que nous puissions profiter de vos photos et de vos contrendus! (s’il faut vous convaincre je vous rappelle qu’il vous reste pleins de stands de nourriture à tester….et avez vous fait un tour au camping?? )
Amandine
Tout simplement génial !!
En rentrant du ma semaine au Paleo je me demandais si j’avais rêvé ou pas tellement ce festival est exceptionnel !
Un cadre, une programmation, un accueil et une ambiance absolument génial !!!
Merci pour les photos et le résumé !!
raph paleo addicted
Salut,
C’est un joli récit de cette 32éme édition, je remercie tous les bénévoles qui participe à l’organisation du festival, car pour que cela se déroule aussi bien des milliers de petites main s’agite avant et après le festival.
Il est vraiment regrettable que tu ai raté le concert de Joey Start, (je n’ai pas vu de mention à son sujet) mais c’était est de loin le Concert ROCK’N ROLL le plus HIP-HOP de tout ce festival.
Merci à toi en éspérant que tu puisse revenir cette année car la prog est manifique IAM vont être magique.
A plus dans l’bus!