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PJ Harvey - White Chalk

PJ Harvey - White Chalk | AZ, Universal Music

Introductions au piano, harmonica, des cordes qui sonnent façon harpe ou banjo, une voix fine, aigüe, des airs de choeurs… Mais où est donc passée la guitare qui grince et la voix qui râle ?? Et c’est quoi cet album sombre ? Et pourquoi est-il si court (onze chansons pour moins de 35 minutes) ? Ce n’est pas que la miss ne nous avait pas habitués à ces ambiances en clair-obscur mais… au premier abord “White Chalk” a vraiment de quoi décontenancer. Si dans les précédents opus, la musique était résolument rock, ici PJ Harvey nous livre un “folk-gothic” déconcertant. Ce huitième album, co-produit avec Flood et John Parish, sort en ce début d’automne. Et je dois dire que la saison est bien choisie.

“White Chalk” semble être une production à part dans l’oeuvre de PJ Harvey, un ovni inattendu… et pourtant au fil des écoutes, il s’avère être celui qui synthétise le mieux son esprit : mélancolique et noir, féminin et écorché. La rage en moins. “White Chalk” pourrait être l’album de la transformation, révélant une PJ assagie, plus femme-enfant que jamais (elle a d’ailleurs une voix presque adolescente sur “The Mountain”). Mais qu’on ne s’y trompe pas, les mélodies douces et susurrées servent d’écrin à ses paroles toujours aussi sombres et ambiguës. On peut y déceler les séquelles de sa vie, c’est encore une fois un album très intime, un album très court, comme si elle allait à l’essentiel. En l’écoutant, je pense aux morceaux les plus “anglais” de Dead Can Dance, aux fameuses “Murder Ballads” (Nick Cave and the Bad Seeds, 1996 - album sur lequel PJ interpreta d’ailleurs deux chansons), et à la folie douce du piano de Tori Amos sur “Under the Pink”.

Le piano est l’instrument roi de cet album, qu’il soit claquant et entraînant, coulant et mélancolique, résonnant et métallique, cascades cristallines ou clavecin. Et c’est PJ en personne qui s’y colle, secondée par moments par Eric Drew Feldman certes, mais chapeau quand on sait que PJ en joue vraiment pour la première fois. Les parties vocales aussi sidèrent. Sur le premier morceau “The Devil”, des choeurs précèdent la voix sur-aigüe - presque fausse - de PJ Harvey. Ces “choeurs” aériens parsemant l’album sont en fait des superpositions de sa propre voix, multipliée, triturée, déformée. On est très loin de l’hystérie de “Kamikaze” ou du crachant “Who the fuck ?” ; ici PJ se lache d’une autre manière, comme sur “Grow…” ou “The Mountain”, flux sonore montant, perçant les airs comme si elle cherchait à toucher le ciel avec sa voix. Les morceaux s’enchaînent et parfois se fondent, assez lents, comme une nappe de brouillard qui s’étend. Un brouillard sombre et opaque qu’on n’aurait pas du mal à imaginer flottant sur les landes du Somerset, sa région natale. Un brouillard duquel jaillirait soudain un rayon de lumière. “White Chalk”, c’est un spectre drapé d’une robe victorienne, une perle noire échappée du fond des océans cherchant à atteindre la surface, c’est l’éclat d’un diamant sous le charbon.

Tracklist

  1. The Devil
  2. Dear Darkness
  3. Grow Grow Grow
  4. When Under Ether
  5. White Chalk
  6. Broken Harp
  7. Silence
  8. To Talk To You
  9. The Piano
  10. Before Departure
  11. The Mountain

Un commentaire

  1. @rod, medrci à vous pour ces images :)

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