The Do + Shannon Wright à l’EMB
Le choc des Titans : à l’EMB, point de Méduse ou de Kraken, mais 2 monstres scéniques à la qualité musicale irréprochable. A ma gauche, The Do, emporté par la divine et féérique Olivia à la voix pure et magnétique. A ma droite, le volcan Shannon Wright, capable de transcender un public avec un piano, ou en enfourchant sa guitare avec une verve explosive. La superbe salle de Sannois doit encore contenir les frissons qui ont émané d’un public venu nombreux
- Date : 28.09.07
- Photographe : Rod
- Adresse : 2 rue Georges Pompidou 95110 Sannois
- Téléphone : 01 39 80 01 39
- Web : www.emb-sannois.org
C’était ma première fois. Et comme toutes les premières fois, on n’est pas très doué. Dans le cas présent, j’avais eu du mal à estimer le temps nécessaire pour me rendre à Sannois en train. Résultat : tel un petit leprechaun mouillé et abandonné, je fus le premier arrivé et attendis 2h avant que les portes de l’EMB ne s’ouvrent. Le moment de la récupération du pass photo fut anthologique, puisqu’on me distribua sans que je ne demande quoi que ce soit un pass aftershow, et un pass pour accéder aux passerelles, permettant d’avoir une vue surplombant la salle. Bref, accueilli comme un roi. En ce 28 septembre, pas moins de 15 photographes avaient fait le déplacement pour immortaliser deux concerts : les pass deviennent très difficiles à obtenir sur la capitale, il faut bien s’exporter. Après avoir conversé avec Vinciane et Reno également venus en avance, les lights s’éteignent, et le trio Olivia / Dan / Jeremie entre sur scène, pour 1h de subjugation totale, au pays de Wonderland.
The Do (web)
Dan + Olivia. C’est ainsi que The Do naquit, lors d’une rencontre sur un film qui restera dans les annales bouses françaises (on frôlerait le pléonasme, si des réalisateurs comme Christian Carion, Guillaume Canet ou François Ozon n’étaient pas de la partie) répondant au doux patronyme de l’Empire des Loups (si vous cherchez le rapport, Dan est avant tout compositeur de BO de films). Depuis, le duo ne s’est pas quitté, et a réussi à créer un univers totalement envoûtant et captivant. La particularité même d’une musique de film réussie est de trouver un thème accrocheur, hypnotique et qui se retient facilement. Les exemples sont légions : John Morris avec Darth Vader ou Harry Potter, Basil Poledouris sur Conan le Barbare, Danny Elfman avec Charlie et la Chocolaterie … beaucoup pensent qu’une BO est sans importance, or il s’avère qu’elle représente l’essence même d’un film, lui apportant tout simplement son âme. Et c’est dans cette optique que toute la construction musicale du répertoire de The Do est basée : la voix – magnifique, je sais j’insiste – d’Olivia sert d’instrument principal pour interpréter un thème (le couplet de « The Bridge is Broken » ou encore « At Last » en sont la parfaite allégorie) pendant que Dan et Jeremie développent un arrangement subtil et raffiné autour, sur des bases d’accords très simples, mais effroyablement efficaces et accrocheurs. Le résultat est pour le moins détonant : le groupe émerveille le public, qu’il soit néophyte ou non. Il y a quelque chose de magique (comme cette chanson quasi-shamanique qu’est « Playground Hustle »), difficile à décrire. Ce qu’il faut retenir, c’est que la prestation était tout simplement énorme, avec un jeu de scène vraiment décapant, une complicité entre Dan (alias l’homme orchestre qui interprète de la basse et du clavier, mais aussi de la flûte, tout en vociférant en guise de choeur des hurlements viscéraux) et Olivia (LA voix du moment, avec Rosemary de Moriarty) plus que visible, ainsi qu’une certaine spontanéité, voire fraicheur qui fait tant défaut à tant de prestations : on sent que le groupe s’éclate en interprétant son set … et tous ces ingrédients « suffisent » à rendre accro les quelques 400 personnes présentes.
Shannon Wright (web)
Seulement quelques jours après son concert sold out à Paris, Shannon Wright joue devant une salle presque complète et déjà conquise. Car si The Do avait enthousiasmé la foule, cette dernière était surtout venue pour l’artiste américaine signée chez Vicious Circle. D’ailleurs, certains avaient déjà assisté au set du Nouveau Casino : il faut avouer qu’il est impossible, après l’avoir vue au moins une fois, de ne pas être accro à ses mélodies torturées, résolument poignantes et empreintes d’une force émotive viscérale. Tout commence traditionnellement avec une première phase interprétée au piano, dont les mélodies et rythmiques semblent être les héritiers directs de l’époque romantique française à l’instar d’un Gabriel Fauré ou d’un Camille St Saens : cela donne tout de suite le ton quant à l’atmosphère que dégage cette magnifique chanson qu’est « Defy this Love new ». Vocalement, Shannon ne cesse de jongler entre fragilité sur le point de succomber et agressivité issue d’abysses sentimentaux déchirés, le tout soutenu par deux musiciens au look digne des guerriers d’Elbaf (cette comparaison ne peut qu’interpeler les fans de One Piece), qui apportent toute la puissance nécessaire aux envolées quasi-épiques/lyriques des chansons. Le set, comme à l’accoutumée, est en fonction des points de vue trop court (quand c’est bon, on n’aimerait que ça ne s’arrête jamais), ou trop long (4 premiers titres au piano peuvent parfois avoir des effets soporiphiques sur une partie du public peu assidue, surtout à partir de 22h10), mais l’on appréciera l’évolutivité du set, la transformation limite physique de Shannon quasiment effacée, cachée et discrète lorsqu’elle martèle son piano, qui devient une véritable furie dévastatrice par la suite lorsqu’elle brandit sa guitare, et qui replonge dans une pudeur harmonieuse lorsqu’en rappel, elle reprend son piano pour calmer une atmosphère particulièrement électrique : un set de Shannon Wright ça ne s’écoute pas : ça se vit au diapason avec l’artiste. J’avais été bluffé à la Maroquinerie en avril dernier : et le peu de reminiscences de souvenirs que j’en possédais ont été ravivés de plus belle.
Autant le dire, assister à un tel concert dans de telles conditions (c’est-à-dire pas écrasés les uns sur les autres, même si une femme dont l’haleine parfumée au houblon fermenté m’a expliqué la vie concernant le dérangement que provoque un photographe durant un concert), ça frôle le cadeau des cieux. Le concert où il fallait être.


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