Le HibOO

Muzik’Elles 2007

Photos, Concerts, Festivals : Muzik'Elles - 21 au 23 septembre 2007

Tous ceux qui y ont assisté un jour vous le diront : il faut aller à Muzik’Elles, même si oui, c’est à Meaux, de l’autre côté du périph à l’autre bout du monde et de l’univers connu. D’abord, pour la programmation éclectique qui, quoiqu’un peu inégale, fait la part belle aux jolies découvertes, ensuite, pour la qualité des sites, conviviaux et à taille humaine. Enfin, pour l’organisation parfaite.

Vendredi 21 septembre

Photos, Concerts, Festivals : Muzik'Elles - Jeanne Cherhal - 21 septembre 2007




La soirée de ce vendredi s’ouvre lentement sur la grande scène avec Stéfi Celma, une jeune artiste martiniquaise variétant en guitare-voix. C’est loin d’être mauvais dans ce style r’n’b mais on a l’impression collante d’avoir déjà entendu ça une bonne centaine de fois. On rattrape tout ça avec T-Ka, gagnante du tremplin Nouv’Elles et qui apporte groove et chaleur au public qui s’agglutine. Sa funk-soul jamais dégoulinante est servie par une voix grave et vibrante, on voudrait presque la voir plutôt dans la cave d’un bar de Greenwich village avec son bassiste et son batteur, comme un bon vieux cliché, histoire de profiter de son piano syncopé dans une certaine intimité. Bon, New-York attendra, mais T-Ka, on la reverra. A suivre… Le public commence alors à trépigner doucement, comme un frémissement dans l’air, Jeanne Cherhal va arriver, avec cette carte blanche on ne sait pas vraiment à quoi s’attendre et puis tiens, l’air de rien, un des meilleurs concerts du festival nous décolle de nos converses. Une Jeanne Cherhal qui a carte blanche, c’est d’abord une jeune femme au charisme indéniable et des musiciens impeccables. C’est ensuite une reprise de Bachelorette de Björk, “pour l’inviter aussi”, glisse la chanteuse, qui alterne humour fatal, mélodies touchantes et chansons culottées. C’est aussi des invités de marque : Jean Guidoni qui chante sa grossesse nerveuse avec elle, Sylvie Brunet, cantatrice lyrique dont la voix magnifique de mezzo transporte le public, Emmanuelle Béart très émue sur “Tu m’attires”, et Arthur H, qui vient poser deux mains supplémentaires sur le piano à queue, le temps d’une reprise d’Alabama Song des Doors et d’Avanti ! Jeanne Cherhal qui a carte blanche, c’est enfin une énorme dose de regards complices avec tout son petit monde et de sourires éclatants. On exige un rappel, histoire de rester encore un peu sur son petit nuage et, ô joie inextinguible, on l’obtient ! Suit Constance Lamiot et là, on fait le seul reproche à l’organisation : Constance et sa complice de folk-blues entêtante auraient mérité largement mieux qu’un devant de scène à moitié dans le noir, même si bien sûr, c’est mieux que rien. Elles s’en sortent bien malgré tout, le temps de quatre morceaux qui ont un goût de road-movie et de reviens-y, chapeau dans ces conditions mesdemoiselles. Et puis, vient enfin Lynda Lemay, tête d’affiche de ce premier soir. Le décor est planté – guitares qui pendent, manches géants entrecroisés surmontés de gros spots lumineux – et la québécoise préférée de ceux qui ne supportent pas les vocalises horripilantes de Natacha st Pier ou Céline Dion, arrive enfin. Orchestration minimaliste - deux guitaristes -, gros jeux de lumières sur ses yeux bleus, le show de Lynda Lemay est bien rôdé et le public de ce soir n’attendait visiblement qu’elle. Sauf que… si on sourit parfois à ses piques mordantes et si on est touché entre deux arpèges par ses notes de vie douces-amères, les chansons se suivent et se ressemblent toutes. La foule de tous âges ne boude évidemment pas son plaisir, en redemande et l’ovationne. On repart finalement la tête plus pleine de la magnifique carte blanche de Jeanne Cherhal que de Lynda Lemay et ses guitares monocordes …

Samedi 22 septembre

Photos, Concerts, Festivals : Muzik'Elles - Zazie - 22 septembre 2007





Le deuxième jour s’ouvre place Henri IV, deuxième scène du festival dont la gratuité attire une foule hétéroclite. Oniromancy ouvre les festivités avec un métal lyrique chevelu et pompeux qui laisse la foule sceptique. La chanteuse a du coffre et suit sans peine la logorrhée d’accords à vingt mille décibels, mais il est difficile quand on n’est pas adepte du genre d’écouter ce qui ressemble à de la bouillie sonore plus de deux minutes. Mell arrive ensuite, tout en gouaille et sourires en coin. Certains l’avaient peut-être découverte il y a quelques années pour une première partie à l’Elysée Montmartre, toute seule et la boule à zéro. Les musiciens – trompette, saxo baryton, contrebasse, batterie – qu’elle a embarqués dans l’aventure donnent une saveur moins âpre à ses compositions et c’est bienvenu. On pourrait la comparer aux Têtes Raides ou Mano Solo mais Mell crée un style bien à elle, ce n’est pas de la chanson à texte, ce n’est pas non plus du rock “festif” — adjectif prohibé s’il en est –, ce n’est pas du punk, non, ce sont des textes bien troussés et souvent drôles, un rythme effréné, une énergie communicative. Mell se marre, vanne, grimace un peu, Mell sourit beaucoup, s’énerve et triture sa guitare. Tout ce qu’on aime dans le rock féminin. On passe rapidement Melissa Mars, malgré les quelques échos entendus ça et là. Son rock FM propret et calibré qui aimerait bien tenir de l’univers d’un Tim Burton n’est qu’une énième redite de tout ce qui passe sur Skyrock depuis des années : gestuelle de fausse sainte nitouche empruntée à Emma Daumas, voix qui rappelle Vanessa Paradis, arrangements faisant furieusement ressurgir le pire de Mylène Farmer. Quand on apprend au bout de dix minutes que le bonheur c’est dur et c’est loin et que “Métalboy m’a destroy”, on souhaite à Metalboy de persévérer et à miss Mars de vendre des cageots de disques, puisqu’elle risque bien de le faire de toute façon, et on lâche l’affaire pour rejoindre le théâtre du Luxembourg. Le concert de Maurane est complet et nous ne pourrons donc rester que le temps de quatre morceaux mais on sent pendant ce quart d’heure la ferveur qui émane du public conquis d’avance. On ne peut s’empêcher de frissonner quand Maurane entame son concert au milieu des rangs de spectateurs, on reste scotché par le silence respectueux qui accompagne les moments calmes ; qu’on aime ou pas sa musique, l’osmose est touchante et le public semble comblé. Sur la scène Tauziet, c’est Elisa Tovati qui entame la soirée avec un accompagnement acoustique qui lui va bien. Ballades fraîches et minimum syndical d’humour pour toute chanteuse française qui se respecte sont au rendez-vous. Sans être emporté par des torrents d’émotions variées, on se laisse charmer sans peine par sa voix et ses mélodies bien ficelées. Adrienne Pauly prend la relève et c’est la deuxième claque du festival. Lunettes style ray-ban aviator à un seul verre fumé, cuir et robe noirs, cheveux en pétard, quand Adrienne déboule sur scène, on sent comme un petit vent déglingué balayer le festival. Si sur album ses chansons ont l’air de petites comptines pour grands enfants pas sages ou pas tout seuls dans leur tête, en concert on se sent agrippé aux tripes par son tourbillon rock déjanté, sa voix éraflée, ses poses de diva un peu trash et ses grands sourires éblouis et contagieux. Cette déferlante tient aussi bien sûr à ses musiciens, barrés à souhait, et qui emballent les morceaux dans une instrumentation énorme, mais tous les regards sont attirés par la jeune femme qui oscille, sur le fil, entre déchaînements bouillants et purs moments de grâce. Adrienne Pauly n’est peut-être pas encore reine d’Angleterre, mais le temps d’un concert, elle est au moins la reine allumée de Meaux. Changement radical d’atmosphère musicale avec l’arrivée de Biyouna, grande artiste multifacettes algérienne, qui envoûte complètement la foule avec les rythmes chaloupés de ses chansons tenant à la fois du châabi, de la chanson française et de la pop. Sa voix grave laisse transparaître un vécu riche et peu importe si on ne comprend pas tous les textes, il suffit de se laisser emporter. La nuit est bien avancée quand la scène est prête à accueilli Zazie, clou de cette deuxième journée. Elle commence doucement et à contre-jour mais balance bien vite des lumières impeccables et une énergie sonore fabuleuse. Les premiers rangs connaissent les paroles par cœur et reprennent bien vite toutes les chansons. Ce qui frappe, c’est l’addition d’un vrai show qui ravit tous les sens et du naturel désarmant de la chanteuse. Bien sûr on pourra ajouter que la force des textes et la voix de Zazie sont pour beaucoup dans l’emballement général de la foule, mais qui ne connaît pas déjà Zazie ? Comme la plupart des artistes jusqu’à présent, Zazie semble prendre un plaisir fou sur la scène des Muzik’Elles, les 6000 personnes présentes ce soir là semblent en avoir pris au moins autant.

Dimanche 23 septembre

Photos, Concerts, Festivals : Muzik'Elles - 23 septembre 2007




Le troisième jour donne du fil à retordre à qui aurait voulu tout voir, on choisit la grande scène pour se pencher sur les cas Kaki King et Mademoiselle K. Comme hier, cette après-midi fait complet scène Tauziet, grâce à la présence de Superbus et surtout d’Olivia Ruiz en tête d’affiche. Kaki King qui entame donc de bonne heure, est une des meilleures découvertes du festival. Accompagnée seulement de ses guitares et de ses pédales pour se sampler en direct, la jeune américaine bluesy émerveille, sa virtuosité n’est ni prétentieuse, ni ennuyeuse et ses instrumentaux se suffisent à eux-même. Quiconque s’est essayé au picking sait la maîtrise que ça demande, Kaki King excelle avec une telle facilité dans ses trips blues et folk qu’on est complètement sur le c… et sous le charme. Assez attendus pour ce qui semble le dernier concert de leur longue tournée, les quatre survoltés de Mademoiselle K arrivent enfin. Ils n’ont qu’une demi-heure et démarrent au quart de tour et ça leur suffit pour mettre le feu et un peu aussi un bordel bienvenu, à coup d’impros, de chansons qui repartent et rebondissent et refusent de rester dans un cadre convenu, de coups de gueule vexés contre le matos, de riffs qui claquent et d’une présence à tout casser. On a beau les avoir déjà vu sur scène, leur son ravageur et la chanteuse enfiévrée sont ébouriffants. On dira donc juste qu’on s’en est pris plein la tête. Et que c’était drôlement bon. L’on pourrait ingénument se demander comment Superbus, groupe de pop goût fraise tagada pré-mâchée, pourrait succéder logiquement au rock intelligemment allumé de Mademoiselle K. La réponse est simple : côté public, ça passe on ne peut mieux, la foule est à bloc, pour votre dévouée, c’est la douche froide. C’est facile de dire qu’on n’aime pas Superbus sans avoir écouté, c’est plus difficile d’endurer pour en parler ensuite en connaissance de cause. Le groupe dévide sa pop consensuelle en enchaînant des tubes aussi savoureux qu’un grand verre d’eau tiède mais qui rendent extatiques tous les kids et ados présents, gros son et rythmique infernale obligent. On se dit qu’à 12 ans, on aurait sûrement aimé aussi, et puis, on espère que ça leur passera quand même … La scène se vide pour accueillir le plateau d’Olivia Ruiz et Skye apparaît. C’est vrai que les “coups de cœur” de la programmation sont une bonne chose pour découvrir des artistes, mais comme vendredi et Constance Amiot, on aurait aimé avoir plus d’un quart d’heure, même si au moins, il fait encore jour et il y a assez de lumière pour distinguer la chanteuse de sa guitare. Folk à fleur de peau, Skye a un joli brin de voix et des mélodies assez douces, c’est un peu court donc pour s’en faire une idée mais le public est réceptif et les ballades de Skye plaisent. Olivia Ruiz arrive enfin pour clore ces trois jours et le spectacle qu’elle propose avec une ribambelle d’invités est une bouffée d’air frais. Les reprises se succèdent en duo et plus si affinités, Piensa en Me avec Blanca Li, chorégraphe enjôleuse, Salma ya Salama avec Biyouna, Dugenou avec Thomas Fersen, Tel qu’il est avec Brigitte Fontaine ou encore I need a Child avec Mathias Malzieu, branché sur 512 volts au lieu des 1250 habituels, et qui s’amuse avec Olivia Ruiz avec un bonheur communicatif. Bernard Lavilliers, Maurane, Jehro, Didier Blanc et Raul Paz sont aussi de la partie pour la plus grande joie du public qui va de surprise en surprise et prend son pied au moins autant que les artistes sur scène. Un concert enthousiasmant en point d’orgue d’un festival décidément chaleureux, ce n’est pas si souvent qu’on peut goûter autant de générosité de la part de tous les artistes présents, rendez-vous l’année prochaine très certainement !

3 commentaires

  1. et bien ça fait envie ce festival!! et toujours de superbes photos!

  2. YES, des photos comme ça, on VEUT en voir plus souvent !!!!
    Bon courage pour le boulot (et pour devoir écouter Superbusse …)
    Ciao ;-)

  3. Dommage qu’on ne puisse pas voir a quoi ressemblait le groupe de metal lyrique cheveulu (Oniromancy) moi c’est mon genre! Aucunes photo de prisent?

    Par contre j’y étais et il y avait beaucoup de monde, de tous les horrizons, les gens ont été super content d’entendre ce type de musique, je n’ai même pas aborder la chanteuse après le concert alors qu’elle est venu retrouver le public, elle etait submergée sous les demandes de CDs et d’autographes!
    Bref je trouve la critique un peu salé, mais c’est normal pour quelqu’un qui n’est pas “adepte”!
    Moi j’ai trouvé ca vraiment interessant!

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