Oh! Tiger Mountain – Jan’s Guestbook (EP)
Je ne suis pas marseillaise depuis longtemps, et cela fait bien trois ou quatre fois que je croise en un an ce tigre en première partie de groupes illustres de passage dans la région. Force est d’admettre que j’ai fini par tomber sous le charme de ce jeune chanteur. En un an il a déjà pris de la maturité et su faire évoluer son personnage de manière vraiment intéressante, ce qui me pousse aujourd’hui à reprendre la plume.
Son EP quatre titres reflète assez bien l’esprit de ses passages sur scène: décalé, atypique et brillant. Brillant car extrêmement bien écrit, et composé avec intelligence, maîtrisant avec talent l’art de l’épuration. La guitare électrique joue un rôle central, pour ne pas dire unique tant le rythme électronique est discret, presque absent. L’homme a du goût, son attirance pour l’élégance de William Blake le mène à nous présenter un personnage surprenant, mi-homme, mi-enfant qu’il cache derrière un masque de tigre. Qu’on ne le voit plus porter d’ailleurs à présent sur scène, mais qui demeure encore accroché ici ou là. Un tigre emblématique qui, chez William Blake, évoque le feu sacré, la force et le pouvoir destructeur, comme une sorte d’animal suprêmement puissant, indomptable et sauvage.
Le lien est simple à établir avec la voix de ce chanteur timide et discret que l’on voit monter prodigieusement en puissance au fil de ses morceaux, transmuée par la flamme dévorante qui l’habite, elle devient d’or, délicieusement surprenante.
L’intro de « Do Without » annonce la couleur. Il choisit l’économie des moyens, un peu comme un Beckett, et va se concentrer sur l’humain et son soliloque. Un accent de Blues des motifs répétés à l’infini, jusqu’à l’abstraction, au concept.
« Or The Drugs » révèle sa capacité géniale à adopter un ton très personnel pour aborder le néant, le questionnement quasi existentiel du vide intérieur. Abyssal, tant les boucles se multiplient et s’enchaînent, illustrant parfaitement une lente descente aux enfers.
« Broken Arms » continue de m’évoquer Beckett, situation théâtrale et absurde qui résonne, comme dans une cathédrale vide. On sent bien qu’il se moque, qu’il parodie avec allégresse, c’est un pur régal de tragi-comédie.
Le quatrième et dernier morceau de l’EP, « Little Red Cells », est certainement le titre qui le fera remarquer. Bien sûr il joue encore, fait des clins d’oeil aux standards de la musique Rock/Blues américaine, qu’il emmène ailleurs… dans un no man’s land. Les cordes de la voix sont plus vibrantes que l’instrument électrique. Choix esthétique, sans doute encore.
Un ghost track a capella perdu dans un fonds sonore brouillé, pénible, vient clore ce portrait d’artiste dérangeant et captivant, complètement à part. Au plus proche de la condition de l’artiste selon moi.
Cet homme a quelque chose de résolument barré et je vous invite à vous précipiter à ses prochains concerts, car vraiment ils vous dépaysent, mais aussi parce qu’on parlera bientôt beaucoup de lui…
» www.myspace.com/ohtigermountain
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hana 15.01.10 | 16:12
très sympa! même si le titre deezer là me semble pas original, y’a un souffle dedans, pleins d’émotions. j’écouterais un de ces quatres! merci pour la découverte
Rod 16.01.10 | 16:29
j’trouve qu’il a juste ZE voix ce mec. Putain.