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Les doigts de l’homme

Les Doigts de l'Homme - Sziget Festival 2006

Les doigts de l’Homme est un groupe peu connu en France, et pourtant… Un style musical qui s’apparente au gipsy jazz rock manouche, on parlera forcément d’eux dans quelques temps. Nous rencontrons les virtuoses (Olivier Kikteff et Yannick Al Cocer aux guitares et Tanguy Blum à la contrebasse) à l’arrière de la scène, quelques heures avant leur concert, programmé en tête d’affiche de la scène tzigane. Rencontre en toute décontraction, tant leur sympathie n’a d’égal que leur talent.

Comment êtes vous arrivez sur la scène tzigane du festival ?

Germain, manager : Nous avons rencontré la manageur de la scène, Marina (ndlr : Marina Pommier, programmatrice de scène tzigane), à Newcastle, et on lui a glissé un cd. Elle n’a pas attendu très longtemps pour nous rappeler !

Comment qualifieriez vous votre style de musique ?

Olivier : Le terme jazz manouche se rapporte le plus à ce que l’on fait, mais on ne prétend pas le jouer de manière traditionnelle. On vient d’ailleurs, d’autres horizons, et on essaye de pousser les murs le plus possible. J’ai fais beaucoup de rock étant jeune, et la composition des morceaux dans Les Doigts de l’Homme reste finalement assez rock, avec des breaks écrits par exemple. On garde cependant une grande part à l’improvisation dans nos concerts, et on fonctionne alors sur une base de jazz manouche.

Comment s’est fait votre évolution du rock au style manouche ?

O : Je pense que toute musique se traduit principalement par un transfert d’énergie, et le rock est une musique très énergique, à la limite de la bestialité. On retrouve également ces côtés dans le jazz manouche, mais j’essaie de me débarrasser d’un maximum de barrières parce que finalement on se moque des clichés.

Olivier, vous êtes parti en Afrique, est ce que cela a eu une influence sur votre musique ?

O : Oui, tous les coups de cœur que l’on peut avoir ont une influence, mais il est vrai que l’Afrique m’a marqué pour le restant de mes jours. Après, dans le cadre des Doigts de l’Homme, c’est un maillon de la chaîne. Sans avoir voyagé partout, je me suis beaucoup intéressé à la musique arabe, et aux musiques traditionnelles… ce type de musique me touche : elles sont le plus souvent acoustiques, et il en émane une certaine sincérité, elles ne trichent pas, leur petit côté imparfait, à se prendre les pieds dans le tapis est émouvant.

Vous jouez sur la scène tzigane en Hongrie, qui est un peu le berceau de la musique manouche, ressentez vous une pression supplémentaire ?

O : Depuis plusieurs années, on a beaucoup travaillé à retirer cette pression, car on assume maintenant le fait de ne pas être manouche, et de ne pas venir de cette culture là. Et, pour avoir déjà jouer dans des festivals manouche, on se rend compte que les manouches eux-mêmes éprouvent plus d’intérêt pour une musique métissée, plutôt qu’une musique qui veut à tout prix s’identifier à ce qu’ils font depuis toujours. Un festival comme celui là brasse tellement de styles différents, que ça devient plus excitant que stressant ! Mais il est sûr que symboliquement, se retrouver ici est touchant pour nous.

Je pense que toute musique se traduit principalement par un transfert d’énergie, et le rock est une musique très énergique, à la limite de la bestialité. On retrouve également ces côtés dans le jazz manouche, mais j’essaie de me débarrasser d’un maximum de barrières parce que finalement on se moque des clichés.

Pouvez-vous nous expliquer le choix d’une telle formation, à savoir deux guitares et une contrebasse ?

O : Dans notre fonctionnement, chaque instrument a à la fois une partie harmonique et une partie rythmique : la contrebasse ne fait pas entendre les mêmes temps forts que les guitares, ce qui donne un effet de balancement comme on ferait avec une grosse caisse et une caisse claire de batterie. Si on arrive à faire tourner nos morceaux à trois, alors tout est possible, il n’y a pas de problème à intégrer un percussionniste.

Cela vous est-il arrivé d’avoir d’autres musiciens auprès de vous pour un concert ?

O : Cela arrive généralement en bœuf : comme nous sommes très complices tous les trois et que cela tourne tout seul, les autres musiciens n’ont aucun mal à s’intégrer.

Germain, quelle est ton origine musicale ?

G : J’ai une grosse culture rock, mais je baigne surtout dans la musique africaine. Et lorsque j’ai rencontré ce groupe, j’ai été touché par cette influence, et je ne l’ai est pas laissé repartir ! Avant de travailler avec eux, je ne m’étais pas plongé dans la culture manouche, mais ce qui est amusant, c’est cet apport de fantaisie par rapport au manouche traditionnel. A l’écoute du paysage musical français, leur style est plutôt novateur, et on remarque un vrai regain d’intérêt envers le manouche, et se retrouver ici, parmi 400 groupes, est la preuve que le travail qui est fait est intéressant.

Vous ne vous sentez pas esseulé dans la famille des musiques manouches en France ?

O : Cette démarche de vouloir métisser cette musique n’est pas très vieille, mais est vraiment en train d’exister. Ce n’est cependant pas toujours très réussi : c’est un peu comme les nouvelles vagues de musiques du monde où on s’est rendu compte que le son d’une cithare était intéressant, et où tout le monde a voulu en jouer ! On retrouve cet effet là dans le manouche, mais pour n’importe quel style, il ne faut pas oublier d’avoir son identité propre, sinon cela ne fonctionne pas. Vouloir à tout prix reproduire à l’identique un style, avec cheveux gominés et grosses moustaches, à jouer avec deux doigts comme Django Reinhardt parce qu’il s’était brûlé les deux autres me fait sourire… Si Django avait eu tous ses doigts valides, il les aurait utilisés !

Sur ce festival, quels sont les groupes que vous ne voudriez pas rater ?

O : Malheureusement beaucoup trop ! Mais pour en citer quelques uns : Danyel Waro, Suscheela Raman, quelle princesse… ! et Bjorn Borg, musicien de Robert Plant.

Enfin, comment vous définiriez-vous en quelques mots ?

O : Nous sommes les fils spirituels de Droopy et Gaston Lagaffe !

www.lesdoigtsdelhomme.com

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