Les Primeurs de Massy 2007 2/4 : Ours + Mellino + Aronas + Ruth Tafebe and the Afrorockerz + Socalled
Primeurs de Massy, Acte 2. A l’instar de l’année précédente, la deuxième journée est certainement la plus surprenante et déroutante. Hormis Ours, devenu la nouvelle coqueluche des ondes avec son tubesque « Cafard des fanfares », difficile de n’avoir entendu, ne serait-ce que de nom, les autres formations. Et il s’avère qu’à la fin de ses prestations, on se demande si finalement, Souchon fils n’aurait pas eu mieux sa place le jour précédent, en interchangeant avec Yael Naïm.
- Date : 01.11.07
- Photographe : Rod
- Web : www.primeurs-massy.com
Alex et moi arrivons de bonne heure. Soit 1h30 avant le début du premier concert, et 40 minutes avant l’ouverture des portes. La chance veut qu’il ne fasse pas trop froid. Je me rappelle encore de cette deuxième journée l’an passé, qui m’avait permis de découvrir – puis de suive pour certains d’entre eux – le génial David Walters, la pile électrique Beat Assaillant ou encore les ravagés chtis de M.A.P. Il n’y a pas plus jouissif, à mon sens, de se retrouver transporté par des univers complètement inconnus, et qui s’avèrent être en général un vivier à préjugés : mais il est des musiques où il faudrait se faire violence en assistant à un live pour au moins se convaincre : et ce soir, ce fut l’occasion d’écouter un jazz aussi technique qu’acessible avec Aronas, ou de découvrir le taré (il n’y a pas d’autres mots) Socalled, à l’univers musical sans limite.
Ours (web)
Sans doute qu’en programmant Ours, le festival pensait pouvoir attirer plus de monde : en effet, la soirée dédiée au hip-hop, world music et autre expérimentations diverses est toujours difficile, le public étant relativement réticent – en général, car la fin de soirée prouvera radicalement le contraire – face à des chansons trop « savantes ». Le gaillard entre sur scène, et sa voix fluette, ses mimiques catchy et le fait de s’être crée un personnage rappellent inéluctablement -M-. Musicalement on est dans une variété française très correcte, et le bonhomme a le mérite – ce qui n’est pas évident lorsque l’on est le bal d’ouverture – de faire participer le public, encore quelque peu léthargique. Les chansons se suivent, et se ressemblent quelque peu, mais le rythme entraînant est au rendez-vous. Je n’en serais pas particulièrement fan, mais je m’attendais à pire. A voir dans un futur proche, puisque vu l’engouement des médias, Ours ferait partie de la prochaine génération de la variété française à surveiller. Et c’est connu : les médias disent la vérité.
Mellino (web)
Changement de salle (toujours aussi chaotique) pour découvrir un trio répondant au doux patronyme de Mellino. Certainement le groupe le moins « intéressant » et les raisons sont légions. Mais si l’on devait retenir deux points : un set extrêmement répétitif (les rythmiques hispanites, c’est sympa, mais 5 minutes), et une certaine « conventionnalité » dans les compositions, ce qui dénote littéralement avec le fourmillement inventif des autres prestations. On peut aimer ou non un groupe non pas uniquement en fonction de son univers musical, mais aussi à cause d’un contexte. Dans le cas présent, Mellino a souffert inéluctablement des comparaisons des groupes qui ont participé au festival. Ce n’est ni mauvais, ce n’est ni bon : ça s’écoute sans réelle passion, au même titre lorsque l’on va chercher son Galak dans le Leclerc du coin, et que l’on entend, d’une oreille discrète et complètement évasive, une bande sonore qui ne retient pas l’attention. En revanche, le couple Mellino possède une présence scénique rare : bien que statiques, ils dégagent une aura assez fantastique très photogénique.
Aronas (web)
On monte de 10 crans, puisqu’à partir de maintenant, seuls des OVNIS grimperonts sur scène. Le premier d’entre eux s’appelle Aronas. Emmené par le prodigieux et inventif Aron Ottignon, la formation jazz va – me – bluffer au plus haut point. Si pour beaucoup – et l’image donnée est quelque peu vraie – ce style musical semble être réservé à une élite cherchant à se démarquer de leurs congénères avec une musique souvent déstructurée et sans réel intérêt musical – si ce n’est démonstratif -, Aronas remet les pendules à l’heure : ici exit les solos branlettes de 3h, le groupe se concentre sur des rythmes entraînants, des mélodies simples, mais complètement emportées par des structures de très haut niveau : entre rythmiques syncopées, percussions quasi-tribales, basses ronflantes et à contre-temps, sans oublier un piano interprétant des riffs d’une puissance ravageuse, impossible – et je pèse mes mots – de ne pas avoir un sourire béat de stupéfaction et de respect face à ce déluge de notes. Aron Ottignon pourrait à ce titre – même si je n’ai pas trouvé d’autre exemple parlant, donc l’on frôle l’hyperbole – être comparé à Mozart : le génie autrichien avait cette faculté de créer des mélodies archi complexes (cf Dies Irae, aux parties de violons hallucinantes), tout en donnant une impression d’accessibilité aux simples mélomanes ou néophytes de la partition. Aronas produit le même effet : les musiciens et mélomanes ont sans doute été scotchés, alors que le public majoritairement réticent s’est retrouvé à ovationner sans retenue et avec sincérité entre chaque chanson. Cela aurait pu être LA grosse claque de la soirée, mais il s’avère que Socalled poussera la folie plus loin.
Ruth Tafebe and the Afrorockerz (web)
Tout droit venue des Etats-Unis, la charismatique Ruth Tafebe accompagnée de ses Afrorockerz proposera durant une heure une musique plus conventionnelle, mais très intéressante. Si les influences vocales sont plus qu’évidentes (le timbre semble s’être imprégné d’une forte racine soul), la musique qui l’accompagne est un savoureux melting pot entre pop, afrobeat, electro cheap, teinté de jazz. La présence scénique est monstrueuse, les lights sont certainement les mieux réussies depuis le début du festival, et le son, même à 1cm de la scène est parfait. Il n’y a pas grand chose à rajouter, si ce n’est que voir une femme de ce gabarit – enceinte – hypnotiser un public à peine la bouche ouverte reste toujours un moment unique.
Socalled (web)
Rien que pour cet artiste l’on doit remercier Dame Nature d’avoir crée les Primeurs de Massy. En effet, j’ai beau me torturer l’esprit, je ne vois pas comment, sans ce festival, j’aurais pu connaître et / ou avoir envie de découvrir Socalled, alias Josh Dolgin. Ce canadien complètement fou (ceux qui ont assiste à son concert comprendront ce qualificatif) est à mon sens un génie. Il en a la tête, l’attitude, mais surtout, sa musique parle pour lui. Ou plutôt devrais-je dire « ses musiques ». Entre un flot hip-hop façon Dr. Dre, la voix féérique féminine de Katie Moore pour rééquilibrer le chant déstructuré du leader (également multi-instrumentiste), un univers musical qui mélange – on s’accroche – hip hop, jazz, expérimental, tzigane façon Gogol Bordello, samples et choeurs yiddishs … tout y passe. On pourrait de prime abord se dire que Josh aime finalement toutes les musiques sur cette planète, et se contente de proposer un patchwork assez indigeste ; et ce serait une erreur de penser ainsi. Puisque non seulement cet artiste semble avoir digéré tout ce qui est possible et imaginable sur le plan musical, mais ses chansons sont une symbiose parfaite entre toutes les influences citées : le plus incroyable est qu’il s’avère que ces chansons sont parfaitement audibles et intelligibles, où chaque mesure – souvent surprenante – ne dénote aucunement à l’ambiance générale. Voyez-vous, j’en ai vu des concerts … et des groupes à l’instar de Socalled me remettent à ma place : on pense avoir fait le tour de la question, avoir écouté en live à peu près tout ce qui peut se faire, et un OVNI débarque dans l’une de vos soirées, vous balance des musiques jamais entendues auparavant, et vous êtes heureux. Heureux qu’il existe encore des personnes qui n’acceptent pas les règles, et qui pratiquent leur musique sans contraintes, avec un résultat pour le moins extatique.


lartscenes 2.11.07 | 19:07
Stefan Mellino… ex membre fondateur, chanteur, guitariste des Négresses Vertes.
(et pour le message précédent, ce n’était pas une attaque, mais juste un clin d’oeil pour te dire que tu es passé à la tv).