Les Primeurs de Massy 2007 4/4 : Moriarty + Flox + Stuck in the Sound + Rigolus + Galaxie + Atomik
Dernier jour synonyme de succès pour cette 10e édition des Primeurs de Massy. Le public aura droit pour la peine à une programmation « claque in your face » avec Moriarty et Stuck in the Sound, mais devra aussi supporter le post-rock lassif de Galaxie, sans oublier la palme d’or : le reggae / dub poncif au possible de Flox. Mais qu’importe, l’ambiance est au rendez-vous, les slams pleuvent, les artistes vont à la rencontre du public, les gens sourient, et les Stuckettes sont adorables. Vivement l’an prochain !
- Date : 03.11.07
- Photographe : Rod
- Web : www.primeurs-massy.com
Contrairement à l’an dernier, où j’avais été terrassé au bout de la troisième soirée, je me retrouve dans une forme olympique pour la clôture du festival. Il faut dire que sur les 6 groupes programmés, 2 sont des addictions totale du hibOO : le folk mélancolico-déglingué de Moriarty, et la fureur parisienne de Stuck in the Sound. Que les autres formations soient bonnes ou non, qu’importe. C’est la bande à Rosemary qui ouvre le bal …
Moriarty (web)
Hormis le grand Francis Verhnet trouvant leur musique insipide et sans intêret (dixit le photographe), je suis prêt à parier que tout le monde a aimé Moriarty. Les premières personnes conquises seront les Stuckettes. Une Stuckette, c’est une fille mignonne, pas trop bête, très sympa, qui a regardé Vogue pour s’habiller, qui est allée chez Jacques Dessanges pour se coiffer, qui est armée d’un téléphone portable pour photographier, et qui éprouve un amour immodéré pour Stuck in the Sound. Autant le dire, l’univers de ce groupe rock exceptionnel est aux antipodes du folk mississipirien de Moriarty. Elles n’hésiteront pas à me dire, de manière unanime après le set, qu’elles ont adoré, et certaines d’entre elles ont même acquis le CD. S’il est inutile de réitérer tout le bien que je pense du groupe (les nombreux articles passés étant suffisants pour avoir une idée précise), il faut néanmoins avouer que ce soir, à Massy, planait sur scène une sensation de bien-être sans précédent : une Rosemary particulièrement pétillante et radieuse, un Stefan particulièrement survolté, un Arthur ondulant, un Tom jubilatoire, et un Charles très en forme. La symbiose scénique est manifeste, et se progage dès la première chanson, dès les premières secondes – au moment où Rosemary tape une rythmique des mains, suivie aussitôt par le public, le ton est donné -. Le show est parfait, les chansons sont toujours un pur délice visuel et auditif, et le concert recèle de petits moments rares qui donnent à chaque représentation un moment unique, donc précieux : cette fois-ci, ce sera sur Enjoy the Silence, où Charles semble particulièrement pertubé pour jouer du xylophone : impossible de ne pas rire et d’être médusé par cette bande de potes qui s’amusent pour le plaisir de tous. Malgré une configuration « festival » – sous-entendez un concert écourté, la sauce prend, le public est littéralement conquis et bluffé. Et il faut avouer que depuis le retour de la batterie dans la configuration originelle, des chansons à l’instar de Private Lily sont littéralement transformées, activant de manière viscérale, en fonction des individus, les neurones du claquage de mains ou ceux du déhanchement de fessier. Un folk intemporel, médusant et hypnotique, mis en valeur par des mélodies simples dans l’écriture, mais raffinées dans les arrangements : une recette qui semble si simple qu’on pourrait se demander pourquoi elle n’a pas été éprouvée avant Moriarty. Mais comme disait mon professeur de psychologie cognitive, « le tout est différent de la somme des parties ». Et cet adage s’applique à la perfection pour Moriarty : il fallait que sur cette planète, ces 5 extraterrestres se rencontrent pour émerveiller le monde qui l’entoure. L’attente jusqu’au 24 novembre, où le groupe jouera en première partie d’AaROn à l’Olympia devient insoutenable. Le public, le sourire aux lèvres, venant de vivre une expérience proche d’un conte de fées éveillé, encore sublimé par la voix magico-fantastique de Rosemary, a bien du mal à décoller pour se rendre à la salle annexe où Flox va balancer, 1 heure durant, un reggae on ne peut plus conventionnel.
Flox (web)
Autant si je devais établir une liste des meilleurs groupes que j’ai apprécier durant ce festival me semblerait relativement complexe (tant j’ai beaucoup aimé ce que j’ai pu découvrir), autant sans hésitation je pourrais classer Flox en bas de l’échelle. D’ailleurs à l’instar de The Tellers, la salle « club », pourtant plus petite que la scène principale, accueillera un public très clairsemé, pour ne pas dire absent. Il faut dire que le reggae n’a que très rarement évolué, et que Flox, malgré sa bonne humeur et son entrain visiblement inébranlable, ne fait que servir un plat réchauffé, avec ces rythmiques identiques créées en Jamaïque depuis plus de 30 ans, avec ses lignes vocales plates, avec ses codes musicaux rabâchés frôlant l’indigestion, et dans le meilleur des cas, l’ennui … 1 chanson, ça va. 3 chansons, bonjour les dégâts. Une part minoritaire du public, addict à la « Babylon attitude » aura sans doute vu et entendu en Flox le meilleur groupe de la soirée. Mais pour l’immense majorité, qui attend qu’un tel festival surprenne et soit audacieux, Flox n’est qu’un ersatz reggae sans relief dénué d’originalité. Heureusement, le tsunami Stuck in the Sound va réveiller le festival.
Stuck in the Sound (web)
Jusqu’à présent, la manifestation systématique du public pour montrer aux groupes proposés leur adhésion à leur univers musical était de taper dans les mains, voire dans quelques cas exceptionnels de chanter le refrain. Mais Stuck in the Sound va changer la donne : je n’ose imaginer la tête des parents et grands-parents positionnés au balcon quand ils ont vu la rock attitude du public de la fosse, une sorte d’infarctus culturel que le festival n’a jamais dû trop connaître : ca bouge énormément, le premier rang se transformant d’ailleurs en petit théâtre de pogos fougueux. Ca slamme dans tous les sens : filles et garçons (vu l’âge, difficile d’utiliser la dénomination hommes et femmes) se retrouvent pris dans un tourbillon incandescent, celle d’une jeunesse avide de riffs acérés, de rythmiques virulentes et à la quête d’icônes. Et il faut avouer que Stuck in the Sound répond parfaitement à la demande. Les Stucks sont l’antithèse des Naast (petit jeu : l’un des deux n’est pas un groupe, lequel ?) : ils n’ont pas eu besoin de passer par la case relooking ou utiliser une fourchette pour ETRE rock n’ roll et faire parler d’eux. Leur attitude scénique est en parfaite osmose avec l’agressivité de leurs chansons, et me rappelle indubitablement une autre formation, The Elektrocution. Le pic du set est atteint avec le tubesque et chromatique « ToyBoy », où le centre culturel Paul Bailliart se transforme dès lors en véritable volcan organique et orgasmique. L’air déjà chaud devient suffocant, la voix fantastique de José hypnotise les fans qui ont désormais perdu toute l’eau de leur corps, pendant que le corps d’Emmanuel – qu ne semble faire qu’un avec sa guitare – se désarticule dans tous les sens en allant jusqu’à braver les lois de gravité. Le spectacle, vu de loin, est vraiment extatique à souhait : Stuck in the Sound, contrairement aux contemporains parisiens sponsorisés par Rock N’ Folk, n’est pas un produit fabriqué pour répondre à l’ère du temps : le talent ne se retranscrit pas sur une couverture d’un mag, elle s’exploite et convainc sur scène. Et Les Primeurs avaient besoin de ce coup d’adrénaline survoltée pour finir en beauté.
Rigolus (web)
Sa tête me disait quelque chose. J’étais persuadé en voyant le titanesque leader de Titanus que je l’avais déjà pris en photo. Puis subitement, Alex, telle la théorie de Turling (ce dernier a démontré que le cerveau humain n’oublie rien, et qu’il est possible de se remémorer des pans de vie entiers grâce à une odeur, une image, une anecdote) me rappela que ce prodige faisait partie de la joyeuse bande de loufoques de l’Orchestre de la Boule Noire. Et subitement, le flashback : cette formation avait invité Oxmo Puccino pour un set endiablé. Entre temps, le bonhomme s’est transformé en véritable viking scénique, en proposant un groupe dont le nom semble être tout droit sorti d’Harry Potter. Non dénué d’humour (« on nous fait croire qu’il existe plusieurs races : les noirs, les blancs … non, tout ça est faux, la seule race … c’est la mienne : forcément, le public est acquis), Thomas et ses acolytes ont moults arguments convaincants pour qu’on se penche sur leur cas : une musique très travaillée mais simple d’accès, une ambiance très bordélique sur scène, des cuivres très madnessiens, une présence scénique captivante : difficile de rester de marbre. Pour ma part, l’adhésion est totale, et je vous invite cordialement à visiter le MySpace du groupe : si vous aimez – ou pas, d’ailleurs – du ska rock sauce orchestrale, foncez !
Galaxie (web)
Je ne vais pas me pencher de manière inutile sur ce quator post-rock canadien, car je n’arrive toujours pas au moment d’écrire le moindre argument positif. Le public a quasiment disparu (est-ce peut être la raison d’un potentiel déchantement qui a affecté l’esprit du groupe ?), la salle principale est désertée et désertique – il commence à se faire tard, et les moyens de locomotion deviennent rares – le son est franchement très moyen et brouillon, les riffs s’étirent faute de marquer les esprits … reste pour Galaxie un jeu de scène implacable, furieux et sincère. Les yeux sont servis, les oreilles déchantent, les acouphènes pointent le bout de leurs fréquences, il est temps de quitter la salle … au bout de 3 chansons. On notera malgré tout la volonté du public à rester pour assouvir leur curiosité qui a été leur source de motivation pour découvrir de tels artistes. Même s’ils sont loin de faire l’unanimité à l’instar de Galaxie.
Atomik
On finit en beauté – et sans photo, lumières inexistantes oblige – avec Atomik. Point de batterie, ni de basse ou guitare, ni même quelconque instrument. Le collectif mixe et interprète des chansons résolument electro jumpy via ordinateur et table de mixage. Le festival se termine dans un esprit très dancefloor avec un groupe exceptionnel : les mixes sont un pur bonheur, l’abence de lumière est compensée par des projections videos collant à l’unisson aux ambiances musicales. On notera également, hors scène, des musiciens incroyablement sympathiques, ce qui ne gâche rien à la sensation générale éprouvée durant le show. Bref, on ne pouvait rêver mieux pour finir cette 10e édition.
Blablas et remerciements
Les Primeurs de Massy représentent à mes yeux quelque chose de particulier : en effet, à l’instar de Muzik’Elles, l’équipe qui gère cet événement a été le premier à me faire confiance lors de mon arrivée sur Paris il y a de cela un an, alors que mon site traitait à l’époque de soirées bars et discothèques sur Rouen. Au delà des attaches affectives, Les Primeurs représentent à mon sens l’état d’esprit que je possède depuis que je suis gosse : découvrir et aimer la musique au délà des étiquettes et de la notoriété des groupes. Un festival d’une rare qualité, qui réalise un boulot abandonné depuis bien longtemps par les manifestations du même acabit : à savoir un boulot de défrichage afin de sélectionner des formations proposant une singularité musicale, et réussir à faire venir un public qui ne connaît aucun artiste proposé – ou presque. Le pari est d’autant plus audacieux concernant la diversité musicale : si le rock attire toujours autant et facilement, il semble périlleux et culotté de programmer du jazz, de l’expérimental ou de la world, ou encore des OVNIs inclassables à l’instar d’Imbert Imbert ou Socalled. Le festival s’est déroulé à merveille, et cette 10e édition est passée très vite (il faut dire qu’entre se rendre à Massy, mettre les photos en ligne et écrire les article au jour le jour ne permet pas vraiment de s’ennuyer). La seule ombre au tableau est la honte que j’éprouve à faire de la photo quand mes congénères (évitons le mot collègue ou concurrent) ne respectent ni les artistes et surtout ni le public, en n’hésitant pas à gêner avec des rafales à répétition, des flashs incessants ou – pire – bousculer le public pour avoir « LA » place pour réaliser leur oeuvre d’art. Tout cela pour réaliser le même cliché, au détriment du confort des spectateurs, qui éprouvent – sentiment normal – une animosité grandissante et sans distinction envers les possesseurs de reflex numérique. Hormis ce petit furoncle gênant, et la gestion parfois hasardeuse entre les 2 salles, rien à redire. Notamment le dernier jour, où une bonne part du public était vraiment accessible – sans doute dû à la fatigue ressentie sur les 4 jours pour les plus téméraires -, ainsi que les artistes disponibles (Moriarty et Stuck en tête) … Pour finir, je tiens à remercier Patricia et Chloé pour leur confiance, à l’équipe du bar et marchandising pour leur grain de folie, la sécu pour sa sympathie, les nombreux artistes que j’ai pu croiser hors scène (Aronas, Moriarty, Atomik, Cyril Denis, Imbert Imbert …), Juliette pour le prêt de son appareil photo (c’est bien un 20d en fait), sans oublier les personnes du public, pour m’avoir offert leur image le temps d’un cliché, ou lors de leurs discussions passionnées durant les entractes entre deux groupes.


Casim 7.11.07 | 14:04
Très joli article, notament sur le Stuck (un peu le pourquoi de ma venie ici)
Ca fait plaisir de voir un article les congratulant aussi bien (meme si ce n’est pas le premier que je lit dans cette meme veine)
(Pour le petit jeu,je propose Nasst, àtout hasard) ^^
Les photos sont géniales, du grand art !
C’est la premiere fois que je trouve qu’un photographe shoot aussi bien les stuck à un concert.. Parce qu’a force, on se lasse des photos de live, etant donné qu’on retrouve a peu près le meme style, les meme poses etc (surtout José, vu le nombre de fois qu’il est pris en photo)
Mais chapeau, là, je trouve mon bohneur =)
J’espere bien qu’au prochain concert des stuck, on pourra voir ce meme appareil chercher les angles les plus impressionant ;)
Quentin
PS: Je ne me lasse pas de regarder encore et encore les photos de mon slam ^^
Merci merci, des souvenirs pour la vie :p
flox 28.11.07 | 16:25
Salut Le Hiboo,
C’est Flox ici, qui malgré cet article, comment dire quelque peu immature, garde sa bonne humeur inébranlable. J’aurais tendance à être très attentif aux mauvaise critiques parce que je pense qu’elles font malgré tout fait avancer. Mais les arguments avancé sur ce site traduise plutôt une affaire de goût plutôt que de qualité musicale… non ?
Si j’avais chanté que des morceaux reggae en priant JAH à chaque fin de phrase, j’aurais trouvé ta critique très juste mais sur le set il y 2 titres reggae, 1 rock steady, 3 electro, 1 rock, 1 dub. J’essaye de mettre du relief sur mon set pour éviter justement l’ennui… apparemment pour toi c’est raté !!
C’est drôle je parlais ce matin avec Jérôme du groupe ATOMIK qui m’a dit va sur Hiboo ils ont fait une bonne critique de notre set et à mon avis ils ont mis quelque chose sur ton gig… effectivement.
Pour finir quand je vais voir un groupe sur un festival et que je trouve ça mauvais je me casse direct. J’ai filmé ce gig en plan fixe et le public est resté. Donc avant de parler pour le public et son immense majorité pose leur des questions avant.
Allez, t’en a sûrement rien a branler de mon commentaire mais c’était important pour moi de répondre sur ton article ki est craie craie méchant.
La biz
FLOX
Rod 28.11.07 | 16:31
Hello Monsieur Flox :) non mais je suis très content d’avoir des feedbacks : pis ton message est moins rentre dedans que Mellino, qui lui m’a assassiné (c’est vrai quand j’y pense, y a peu de groupes que je n’ai pas aimés, et apparamment il ne fau pas aimer un groupe pour avoir un feedback des intéressés :)) … ceci dit, j’ai quand meme tenté de m’interesser à ta musique pendant 6 morceaux. Et malgré le fait que je vois presque 300 concerts / an, ben mon immaturité musicale m’a donné l’impression que c’etait plat. Et tu as raison, ca n’engage que moi. Quant au public clairsemé, j’ai eu la descence de ne pas mettre la photo que j’ai faite du balcon, that’s all. Par ailleurs, j’aime tous les styles musicaux, mais je ne remets ni en cause ici la technique ou le choix stylistique, juste, à mes yeux, une non originalité. PS : t’as aimé les photos quand meme ? :)