Danièle Thompson – Fauteuils d’orchestre
Danièle Thompson est la réalisatrice de « Fauteuils d’orchestre », une comédie animée dans laquelle elle dirige une kyrielle d’acteurs de haut vol. Pour nous, elle revient sur son film. Elle en parle avec passion et émotion. Cette grande dame du cinéma français (elle a débuté en étant co-auteur de « La grande vadrouille ») vous donne rendez vous sur les écrans le 15 Février, date de sortie du film. Cécile De France et Danièle Thompson étaient également présentes à L’UGC Ciné Cité pour débattre du film après la projection de l’avant première.
Vous travaillez à nouveau avec votre fils, qu’est ce qui a changé cette fois-ci ?
On est parti de rien alors que sur les précédents il y avait déjà un scénario. L’écriture nous a pris du temps, ça n’a pas été facile. On a sûrement vieilli un peu tous les deux. On fonctionne comme un couple de co-scénaristes, je l’ai vécu avec plein d’autres gens, avec mon père au début puis plein d’autres metteurs en scène. La différence ici, c’est que je suis metteur en scène et lui co-scénariste, je connais bien son rôle pour l’avoir joué longtemps. C’est une vraie entente professionnelle. Les liens familiaux sont là mais d’une certaine manière, ce serait plus un obstacle, il y a une sorte de méfiance, de gêne à l’idée que ça ne pourrait pas être bien, ça nous ferait de la peine, alors qu’avec le commun des mortels, c’est strictement professionnel. Pour le reste, nous avons fonctionné de manière classique en se voyant de 3 à 5 fois par semaine, à heures fixes, avec de grands moments de découragement, d’enthousiasme, des tonnes de notes qui partent au panier le lendemain jusqu’à ce qu’arrive un truc bizarre qui ressemble à un scénario. Les personnages prennent forme, certains sur lesquels nous avons énormément travaillé disparaissent parce qu’on s’aperçoit qu’ils ne tiennent pas le coup ? C’est un crève-cœur, mais il faut avoir le courage de les enlever, d’autres personnages arrivent plus tard, notamment celui de Christopher qui est arrivé bien après dans la construction. C’est un peu nébuleux à raconter, mais c’est tellement nébuleux à faire que je ne peux pas être trop précise. On travaille ensuite sur le scène à scène puis les dialogues.
Etait-ce votre idée de départ de réaliser ces nombreux portraits ?
Oui, l’idée m’est venue après une soirée passée dans ce quartier et ce qui m’avait marqué, c’était le mélange des gens et le mélange des genres. Les quartiers, de manière générale, rassemblent les gens qui se ressemblent. Ce qui m’avait marqué, ce sont ces gens qui vivent dans ce morceau de quartier mais qui ne sont pas faits pour se rencontrer. Il y a énormément de gens qui viennent de la banlieue pour travailler là, ils viennent en métro et se retrouvent en smoking pour servir des gens riches. Les gens se mélangent dans ce petit café qui est lieu authentique. L’idée même du film, c’était de mélanger une bande de gens qui ne mélangent pas.
Tous ces destins croisés ne sont pas sans rappeler le film « Collision »…
J’ai adoré ce film. Je l’ai vu alors que je venais de finir « Fauteuils d’orchestre », c’est aussi un film de scénariste.
Les acteurs jouent tous de façon très juste, y’en a-t-il un qui vous a particulièrement bluffée ?
Tout d’abord, ils ont tous été mieux que ce que je n’espérais. On a beaucoup travaillé, on a répété. Le plus inattendu dans son rôle, c’est quand même Albert Dupontel. Je me demandais si sa révolte intérieure, celle que j’ai toujours vu dans ses films d’avant, qu’il extériorisait avec violence et folie, est ce qu’il pouvait cette fois tout intérioriser. Je l’avais bien observé, j’ai regardé ses mains, son regard. Je me suis dit que si le personnage lui donnait envie, il allait forcément lui apporter quelque chose. Il a pris es leçons de piano pendant deux mois pour arriver à jouer quelques notes des trois morceaux, c’est un boulot monstre.
Il y avait quatre metteurs en scène parmi les acteurs du film (Albert Dupontel, Valérie Lemercier, Sydney Pollack et Daniel Benoin), était-ce pour vous une pression supplémentaire ?
Ca n’a pas été délicat du tout. J’ai trouvé des gens tellement soulagés de ne pas être metteur en scène. A aucun moment je n’ai senti de jugements ou quoi que ce soit, ils étaient totalement à l’écoute. Je n’ai eu de leur part que des suggestions d’acteur, jamais de metteur en scène.
Est-il vrai que Sydney Pollack n’était pas le premier choix pour le rôle du metteur en scène ?
Oui, c’est vrai. Le personnage que nous avions imaginé était espagnol, on avait en tête un personnage qui ressemblerait à Almodovar, il fallait en tout cas que ce soit un metteur en scène plutôt classe et étranger. José Garcia m’avait dit oui, ça l’amusait et moi aussi quelque part. Il n’avait jamais joué avec l’accent espagnol en français. Il est malheureusement parti en Espagne pour faire un film dans lequel il avait le rôle principal. J’ai ensuite beaucoup galéré, j’ai vu des tas de vidéos de comédiens, mais ça ne me convenait pas. Un jour, j’y suis allée au culot et j’ai contacté Sydney Pollack, qui et un ami. Il m’a dit oui, je n’en reviens toujours pas !
Je pense que l’insatisfaction et la recherche du mieux fait partie de notre vie à tous. C’est encore plus aigu chez les artistes que chez tout le monde
Pourquoi toujours traiter de la vie par des comédies légères ?
Parce que c’est ce que j’aime. C’est léger, mais en même temps on retrouve pas mal de choses comme les chagrins de la vie.
N’avez-vous pas eu peur de tomber dans la caricature en écrivant le rôle de chacun ?
Je me suis dit ça tout le temps. Dans la comédie, on risque de tomber dans la caricature à tous moments, or ce n’est pas le style du film, ce n’est pas une grosse comédie. La tarte à la crème, ça marche toujours, par exemple lorsque Dupontel tombe, les gens rient, il faut aussi faire attention aux dialogues. C’est toujours plus intéressant d’être dans le second degré.
L’image de l’artiste n’est pas très joyeuse dans votre film…
C’est justement ce qu’il y a de plus humain dans le film. Je pense que l’insatisfaction et la recherche du mieux fait partie de notre vie à tous. Si Catherine Versen (Valérie Lemercier dans le film, NDLR) avait imaginé devenir célèbre et populaire, elle aurait dit oui tout de suite lorsqu’elle était au cours Florent. C’est encore plus aigu chez les artistes que chez tout le monde. La plupart des personnages arrivent à un moment de leur vie où ils font un bilan. Comme tous les bilans, il n’est jamais complètement bon.
Pouvez-vous nous dire un mot sur Valérie Lemercier qui est absolument tordante dans votre film ?
Je n’ai pas écrit ce personnage pour elle, je ne savais pas que ce serait elle, mais elle apporte énormément au personnage. C’est une vraie comique, elle est habitée par ça. Elle a le visage comique, les gestes comiques. Je ne sais pas si vous avez vu ses spectacles, mais lorsqu’elle arrive sur la scène en courant, on rit ! Elle a vraiment un don extraordinaire. Je l’admire beaucoup, elle ose faire des choses.
Peut être pouvez-vous nous dire un mot sur Suzanne Flon qui nous a quitté juste après le tournage ?
J’ai vu Suzanne dans de nombreuses pièces et de nombreux films. Je l’ai contactée dès que j’ai fini le scénario, je lui ai dit par téléphone que quelqu’un viendrait lui porter le scénario entre 4 et 5 heures, elle m’a rappelé à 5h30 pour me dire qu’elle n’avait toujours pas le scénario ! En soirée elle me contacte à nouveau pour me dire qu’elle le trouvait formidable, que ce rôle était tout le contraire d’elle puisqu’elle n’avait jamais aimé le luxe. Elle était très en forme sur le tournage, elle est venue lors de la grande lecture d’avant tournage. Suzanne a pris la parole la première, avec sa voix si particulière, et là j’ai senti un frémissement autour de la table. Elle a tellement mis le ton qu’elle en a tétanisé tout le monde. Elle est tombée malade peu avant le tournage de ses scènes, lors des quinze derniers jours du film. Je pense qu’elle a tenu le coup, elle a voulu finir le film. A 87 ans, terminer par un film et une ovation, c’est très triste, mais c’est beau. C’est ce qu’elle aurait voulu je pense.
Etiez-vous restés en contact avec Claude Brasseur depuis votre collaboration sur « La Boum » ?
Je connaissais déjà Claude avant. Je suis restée en contacts avec lui, même si nous nous sommes perdus de vue parfois. Je l’ai retrouvé il y a un an et demi, lors de la sortie de « La Boum » en DVD. Quand ce personnage de Jacques Grimbert a vraiment commencé à exister, j’ai assez vite pensé à lui. On croit que ce type a vraiment été chauffeur de taxi, on croit aussi que ce type est devenu très riche qu’il est malade, qu’il assure avec sa maîtresse… Ce n’est pas évident de mélanger tout ça. Claude rassemble tout ça.
Pourquoi le choix de Jessica s’est-il porté sur Cécile De France ?
J’avais le choix entre une trentaine de jeunes comédiennes et puis j’ai bu un café avec Cécile. Elle est un peu plus âgée que le personnage, mais on peut encore tricher, ce n’est pas un problème. Il y a une lumière qui s’est dégagée d’elle dans ce café. J’ai vu ces deux derniers films, on peut dire que c’est une vraie comédienne dans le sens où elle n’a aucun tique, elle est complètement différente d’un rôle à l’autre, c’est extraordinaire. J’avais déjà vécu ça avec Sabine Azéma dans « La Bûche ».


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