Paris-Normandie, la fin ?

Titre bien racoleur, mais constat loin d’être de la science-fiction. A voir sur le site du Monde, la rupture entre Paris-Normandie et son principal acheteur intéressé, Le Télégramme de Brest. A noter une petite coquille dans l’article : le projet de format Tabloïd n’est toujours pas en circulation …
A lire donc cet article sur le Monde où l’on comprend mieux les difficultés récentes du groupe. Reste à voir si le projet tabloïd voit le jour, ce qui permettrait sans nul doute de rajeunir le quotidien (avec une rubrique jeunes ?)
Voici l’article, rédigé par Etienne Banzet (à Rouen) et Yves Perennou (à Nantes) :
Les négociations, engagées depuis septembre 2005 entre le quotidien breton Le Télégramme et le pôle normand du groupe France-Antilles (présidé par Philippe Hersant), ont été rompues mardi 24 janvier. Les discussions portaient sur une entrée du Télégramme à hauteur de 33 % dans le capital de ce pôle, composé de quatre quotidiens, Paris-Normandie, édité à Rouen, Havre libre, Le Havre-Presse, Le Progrès de Fécamp, d’un hebdomadaire, Liberté Dimanche, et d’une petite société, PTC, éditrice du guide Le P’tit Normand. Selon nos informations, les négociations ont achoppé sur le prix réclamé par France-Antilles. “Il y a une logique à rapprocher les deux titres, mais il y a une limite que ne nous ne pouvons pas dépasser”, dit un proche du dossier, côté Télégramme.
La déception sera immense à Rouen, où dirigeants et salariés attendaient avec beaucoup d’espoir l’arrivée du groupe de presse breton. “Ce sera oui ou non, mais maintenant il faut une réponse”, s’impatientait, lundi, Antoine Rousteau, directeur général du pôle normand de France-Antilles. M. Rousteau comptait “s’appuyer sur l’expérience du Télégramme pour la refonte du contenu et du format (de Paris-Normandie)”. “On en a assez. On veut que ça finisse vite”, lâchait l’un des 140 journalistes répartis dans les cinq titres (dont 90 pour le seul Paris-Normandie), après avoir jeté un oeil au compte rendu succinct du comité de direction du matin : “Télégramme de Brest - RAS.”
Pour sa part, avec Paris-Normandie, Le Télégramme espérait enfin trouver l’occasion d’échapper à son isolement en Bretagne occidentale. Le quotidien, basé à Morlaix, affiche des taux de pénétration records dans le Finistère, mais il ne gagne que très lentement des parts de marché à l’est de la ligne Vannes-Saint-Brieuc, où le lecteur a ses habitudes chez Ouest-France. Or, le grand rival vient encore d’augmenter son emprise avec le rachat des trois titres de la Socpresse dans l’Ouest, Le Courrier de l’Ouest à Angers, Presse-Océan à Nantes, Le Maine libre au Mans.
Le Télégramme connaît bien France-Antilles, l’autre branche (avec la Socpresse) de l’ex-groupe Hersant, encore aux mains de la famille Hersant. Les deux éditeurs sont associés dans les journaux d’annonces gratuits à travers Comareg Bretagne-Ouest, filiale détenue à parts égales. Cela étant, les frères Edouard et Hubert Coudurier, respectivement PDG et directeur de l’information du petit groupe breton, sont restés constamment prudents quant à l’issue de leur éventuelle aventure normande.
“Mon frère a reçu mandat pour cette négociation et la décision d’y aller ou pas repose sur lui seul, soulignait Hubert avant la rupture des négociations. En tant qu’actionnaire, je souhaite que cette opération ne plombe pas nos comptes. En tant que directeur de l’information, je souhaite que les valeurs du Télégramme fassent l’objet d’un accord de tous les acteurs à Paris-Normandie. Au Télégramme, la mutation s’est faite sur quinze ans. Là, il faudrait aller vite.”
Paris-Normandie et ses titres-satellites connaissent une érosion constante de leur diffusion, tombée à 107 000 exemplaires (77 000 à Rouen, 30 000 au Havre, chiffres provisoires de 2005), contre 118 000 en 2001. Pour tenter de juguler les pertes, France-Antilles a rassemblé les moyens d’impression du pôle normand sur un seul site, à Déville-lès-Rouen, où seront installées dans les prochaines semaines les rédactions et l’administration. Le siège historique du journal à Rouen, face à l’hôtel de ville, a été vendu. Simultanément, un passage au format tabloïd a été lancé.
Un changement de format qu’a justement adopté avec succès Le Télégramme, depuis mars 2002, et qui a permis au quotidien breton d’atteindre les 200 000 exemplaires. En 2004, son chiffre d’affaires s’était accru de 10 %, à 101 millions d’euros, avec un résultat net de 3,5 millions. Quelle que soit l’issue finale des discussions en Normandie, Le Télégramme, qui emploie quelque 800 salariés (dont 210 journalistes), n’entend pas rester à l’écart des regroupements en cours dans la presse.