Jarhead - La fin de l’innocence

Eté 1990. Anthony Swofford, fils et petit-fils de militaires, vient tout juste de fêter son vingtième anniversaire lorsqu’il est envoyé dans le désert saoudien. La Guerre du Golfe vient d’éclater, son bataillon de Marines est parmi les premiers à se déployer dans cette aride et immense étendue de sable. Pour ces jeunes déracinés, gavés d’images et de phraséologie guerrières, ivres de rock et de bière, commence alors la longue et dérisoire attente d’un ennemi fantôme. La soif, la peur, l’épuisement, l’ennui, les frustrations lancinantes, les tensions extrêmes s’additionnent dans un climat de plus en plus délétère et explosif. Dans cet enfer naîtront pourtant de surprenantes et inaltérables amitiés entre compagnons d’armes liés par le vieux serment des Marines.
Troisième film de Sam Mendes après American Beauty et Les sentiers de la perdition, le réalisateur anglais s’intéresse cette fois à la première guerre du Golfe en adaptant le livre autobiographique d’Anthony Swofford. Alors ça donne quoi ?
Exercice difficile que le film de guerre tant le genre regorge de grands films. Mais Jarhead n’en est pas vraiment un… Exercice très difficile que le film de guerre sans guerre, sans champ de bataille, sans affrontement. Pourtant Sam Mendes s’en sort bien, très bien même. “Chaque guerre est pareille, chaque guerre est différente”, telle est la conclusion simple et évidente du film. Ainsi, Mendes ne se gênera pas pour citer ou se référer à d’autres films de guerre, tous du Vietnam, la dernière grande guerre américaine. Mais à aucun moment il ne tombera dans le remake basé dans le Golfe.
Le plus grand point fort du film, c’est la façon de filmer de Mendes, toujours à hauteur d’homme, du point de vue de Swofford (Gyllenhaal magnifique). Un parti pris du réalisateur de American Beauty qui a privilégié le rapprochement, le rythme des acteurs sans faire appel au fameux “point de vue de Dieu”. Un parti pris d’autant plus subtil qu’il permet de renforcer le côté humain du film où l’amitié peut naître entre les hommes condamnés à attendre une guerre qui n’arrivera jamais.
Derrière une distribution sans fausse note, Mendes fait du décor un autre protagoniste du film et montre des images encore jamais vu jusque là même si touché du doigt dans Les rois du désert. Le passage dans les puits de pétrole risque fort bien de rester l’un des moments forts de l’année avec une vision quasi apocalyptique du désert (raaah les traces blanches faites par les soldats dans le désert).
Malgré tout, il manque à Jarhead de véritables moments d’émotion autres que celles procurées par l’image du film sur lequel ce dernier se repose un peu trop. Une bonne production tout de même.