Le HibOO

St Sylvestre 2005

C’est désormais une constante : si Noël vide Rouen, la St Sylvestre lui en emboîte le pas. Entrées trop chères, restos aux prix plus que prohibitifs, et peur de la repression routière en matière d’alcool, la St Sylvestre se fête entre amis … encore un joli flop pour le milieu nocturne. Ou presque.

Comme disait si bien Cabrel en 1977 avec son méconnu morceau “Ma Ville” : “Ma Ville est triste, 100 000 personnes et personne n’existe”. Une fois de plus, la St Sylvestre se sera soldée par une absence (quasi) totale de population et de lieux remplis et festifs. En revanche, dans les appartements, on hurlait à tout va.

Départ au Barflower. Raphaël, le patron, n’y croit pas trop. Pourtant du fois gras gratuit, ça ne se refuse pas ! Il espère avoir du monde aux alentours de 3h … il sera fermé bien avant. Alors que ce dernier avait eu le courage d’ouvrir, beaucoup d’enseignes cette année avaient décidé de ne même pas ouvrir, ayant tiré des leçons des années précédentes déjà guère enthousiasmantes : ainsi, hormis l’Euro Café, tous les bars de la place du Vieux Marché (brasserie d’Arc, Murphy’s, JM’s Café …) n’avaient même pas daigné ouvrir. Ni le Shari Vari, ni le Kallaghan’s, ni l’Emporium, ni le Nash … d’autres ont préféré organiser des soirées privées pour leurs clients, à l’instar du Shadow, ou encore du Zooloo Pub. A 00h00, moment traditionnel où tout le monde s’embrasse, les quelques âmes perdues dans les rues hurlaient, déjà à moitié imbibées d’alcool, ou explosaient le klaxxon de leur voiture : on se serait plus cru à une victoire du FCR, c’est pour dire la folle ambiance …

Sans véritable conviction, direction la Boite à Bières. Du monde, un réel esprit de fête, plus l’on monte dans les étages, plus il y a de monde. Christian et Pascale, les bosses, ont visiblement l’air plus que satisfaits, et on peut les comprendre vu le “succès” chez leurs collègues. Du Son rock / new wave, la Boite à Bières fait parti des quelques rares gagnants du réveillon.

Direction l’Arabesque, nouveau bar à thé qui a remplacé le Shanti. On y voit au loin à travers les vitres des danseuses orientales se déhancher, forcément ça attire l’oeil … mais entre ce lieu et la Boite à Bières (à peine 60m), se trouve un club/cabaret, le Caradas … on y voit un homme jouer du saxophone, et quelques artifices sont allumés. Tels des mouches attirées par la lumière, on se rapproche et l’on nous convie. Le Caradas fait parti de ces lieux qui ne jouissent pas forcément d’une réputation de bon goût. Une fois entré, tous les doutes se dissipent : le lieu est chaleureux, accueillant, le premier étage est magnifique, et les hôtesses pour la soirée étaient magnifiquement habillées style “Années Folles”. Hormis un accueil touchant, le “clou” de la soirée sera la venue de personnes issues d’Indonésie qui à peine arrivées, se mettent à danser sur scène, et à mettre le feu !!! Il est évident que l’on ne verra jamais des Rouennais faire cela de manière aussi spontanée (ou alors avec 4gr :)) … du coup, grâce au cadre, à ses hôtesses de toute beauté, à son accueil, et à ces danseurs, la soirée du Caradas fut certainement l’une des plus originales et sympathiques soirées à couvrir.

Les discothèques n’ont pas échappé à la morosité ambiante. Même si ces dernières n’étaient pas complètement vides, on ne peut résolument pas parler de succès. Certes, le Moulin Rose a tiré son épingle du jeu, ainsi que l’Euro Club, et certainement d’autres lieux. Mais l’Exo7 a réalisé un très mauvais score pour un samedi (sans parler de l’effet “Réveillon”). Toutefois l’ambiance y était comme d’habitude très électrique, et Rémi s’est littéralement lâché sur les morceaux, dont certains frôlaient le style métal pur et dur.

Le Smart n’échappe pas à la règle. La discothèque a du mal à se remplir, malgré la bonne ambiance qui y règne. Des ballons partout, le Smart a en fait souffert du même problème que beaucoup de lieux : un turn over assez prononcé de la clientèle, qui n’a cessé de partir pour être remplacée aussitôt.

Enfin, le Chakra fut de très loin l’une des plus grosses déceptions. Laurent, le patron, explique que tout comme le Smart, il y a eu un effet de “je pars, j’arrive” de la clientèle, faisant au total un score financier correct, mais qui n’a pas permis à l’ambiance de décoller. Sans oublier que depuis 3h du matin, il pleuvait de manière diluvienne, ce qui n’a pas arrangé les éventuels fêtards encore en train de réveillonner chez eux de sortir.

On peut parler définitivement de fiasco. Plus les années passent, plus la St Sylvestre devient le “pire” moment nocturne. On peut se l’expliquer néanmoins de manière assez logique : en pleine recession économique, le prix moyen d’une entrée en discothèque est de 25 euros. A ce prix, on peut comprendre que beaucoup préfèrent se rassembler dans un appartement pour faire la fête : plus d’alcool, aucun souci de contrôle de police, et une chance supérieure de s’amuser. On peut également ajouter que la prévention routière pour ce jour “noir” en terme de sécurité s’est transformée au fil des ans en “répression routière”, ce qui n’incite guère à prendre sa voiture pour sortir. On peut aussi parler de l’oubli des discothèques de la justification de leur prix : pourquoi payer 2 à 3 fois plus cher que d’habitude un samedi si l’on ne propose rien de plus ? En effet, on pourrait parler des côtillons et des croissants, mais à ce prix, on aimerait qu’ils soient servis sur un plateau en or ! Hormis l’Hacienda et le Moulin Rose (qui a fait + de 1000 entrées payantes !), et le Kiosque qui a tenté une “soirée costumée”, aucun établissement n’a justifié ses prix car aucun “plus” n’était visible. On peut également se dire que beaucoup sortent toute l’année, et la St Sylvestre devient à l’instar de Noël le moment de regrouper tous ses amis, et que le meilleur endroit pour pouvoir partager ces instants fraternels ne se situe pas forcément dans un lieu où l’on pas envie de voir d’autres personnes. Enfin, le temps catastrophique, bien que miraculeusement doux, n’a pas arrangé l’affaire. Une pluie incessante s’est abattue sur Rouen toute la soirée. Dans ces conditions, quel établissement osera fêter la St Sylvestre en 2006 ?

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