Jean Philippe - Les dragons vous ramènent

Tout le monde a déjà entendu parler des « Dragons vous ramènent ». Une association au service de la sécurité de chacun. Ou comment des chauffeurs bénévoles vous ramènent chez vous, en fin de soirée et en toute sécurité. Jean Philippe, de l’association, nous dit tout sur tout.
Peux-tu nous faire un petit historique de l’association et nous éclairer sur le mode de fonctionnement des « Dragons vous ramènent » ?
« Les dragons vous ramènent » a vu le jour en Avril 2003, par le biais du Rouen Hockey Elite, c’est pour cela que ça s’appelle « les dragons ». Guy Fournier et Thierry Chaix, le Président, ont voulu remercier le public rouennais. Plus de 3.000 personnes sont là, dans les tribunes, à chaque match joué à domicile. Guy Fournier, qui est québécois, s’est inspiré de l’opération « Nez rouges » qui a lieue dans son pays d’origine. On a adapté cette idée à la mode française, et nous faisons fonctionner l’opération du premier week end d’Octobre au dernier week end de Juin. Le principe de fonctionnement est simple : Nous raccompagnons les gens chez eux, avec leur véhicule, dans un rayon de 20 kilomètres autour de Rouen.
Concrètement, si l’on sait que l’on a trop bu et que l’on est un minimum raisonnable, on prend son téléphone et on appelle les dragons ?
La première année, nous faisions cela en sortie des lieux festifs (bars, discothèques, restaurants …) pour conduire la voiture à la place de la personne qui avait trop bu. Nous nous sommes vite aperçu que des gens n’aimaient pas rouler la nuit, c’est le cas de personnes âgées qui vont chez les petits enfants et qui nous appellent pour savoir si nous pouvons les raccompagner. On a donc élargi le système en disant que toute personne ne se sentant pas en état de conduire, soit parce qu’elle a pris de l’alcool, de la drogue, des médicaments ou tout simplement parce qu’elle est fatiguée, pouvait appeler le 02.35.15.12.07.
Comment se passe une intervention, travaillez-vous en binôme ?
Oui, nous fonctionnons en binôme. En général, il y a 6 binômes par week end. Deux personnes partent avec un véhicule. Une personne prend en charge le véhicule à raccompagner et l’autre le suit en escorte derrière. Le deuxième récupère le premier une fois arrivé à destination, ils peuvent alors repartir pour une autre mission. Pour le week end de la Saint Sylvestre, nous avons 10 voitures, avec un effectif énorme qui permet de répondre à la demande de cette soirée spéciale. On sait que c’est, malheureusement, une soirée particulièrement meurtrière sur les routes.
Avez-vous des « dragons-mobiles » ou bien chaque bénévole utilise t-il sa propre voiture ?
Nous avons deux véhicules qui nous appartiennent, nous en auront deux de plus à la rentrée. Nous en avions trois l’année dernière, cette année nous en aurons quatre. Nous avons eu un petit coup de pouce d’un constructeur automobile. Les bénévoles peuvent mettre leur véhicule à la disposition de l’association, ils sont bien sûr indemnisés de leurs frais d’essence. C’est déjà un geste volontaire qui coûte du temps, il est logique qu’ils ne déboursent pas de l’argent en plus.
Etes-vous en recherche de bénévoles ?
Oui, tout au long de l’année. Nous fonctionnons tous les week end, ce qui serait bien, c’est que chacun vienne le faire au moins une fois dans l’année. Il y a 100.000 habitants à Rouen, il suffirait que quelques personnes le fassent au moins une fois pour que ça couvre nos besoins. Nous avons ici un bon noyau de bénévoles qui viennent régulièrement et d’autres qui viennent trois ou quatre fois par trimestre, voire une fois dans l’année pour faire leur B.A.
Peux-tu nous décrire la soirée type d’un dragon ?
Le bénévole nous appelle le mercredi ou le jeudi pour nous dire qu’il est disponible tel ou tel jour. Il arrive vers 20h30 dans les locaux de l’association, tout le monde mange autour de la table, c’est très convivial. Pour tous les nouveaux, une petite formation de fonctionnement, pas très longue puisqu’il s’agit d’être acteur dès les premier soir, c’est important d’être tout de suite dans l’action. La formation parle bien sûr des risques de l’alcool au volant, il faut aussi que le bénévole respecte les règles de conduite, le but étant d’être un ange gardien de la nuit. Nous les sensibilisons aussi sur les drogues, la campagne du ministère, en 2006, ira dans ce sens puisqu’elle sera axée sur le canabis au volant. Il ne reste qu’à attendre les appels, qu’ils proviennent des bars, des discothèques, des restaurants ou des particuliers. Il arrive que nous fassions des opérations spéciales où nous sommes présent aux sorties d’établissements. Avant 2 heures, c’est plutôt la sortie des bars, ensuite la sortie des discothèques. Pour le reste du temps, les bénévoles peuvent rester ici, au local, on leur met des PC à dispositions, il y a aussi des jeux de société, ça se passe toujours dans la bonne humeur. Ca permet aussi de découvrir d’autres personnes.
L’opération existe-t-elle dans d’autres villes de France ?
Nous sommes la seule ville française à proposer ce service toute l’année. Depuis Décembre, Amiens semble développer ce système également. On espère que ce type d’association pourra se développer un peu partout en France. Je sais que l’on trouve également les « Saint – Bernard » dans l’Est, qui, ponctuellement, mettent en place ce système de raccompagnement. Après, il existe des associations de co-voiturage sur Paris, mais ça touche plus le piéton que l’automobiliste. Notre credo, c’est l’automobiliste. On dit toujours « Boire un verre entre amis, c’est de la convivialité, conduire en ayant trop bu, c’est de la criminalité ».
Où en sont les mentalités à Rouen ? Est-il encore fréquent de voir une personne ayant trop bu prendre le volant ?
Il y a encore des gens qui prennent leur voiture après avoir bu, je pense qu’on ne peut pas changer la mentalité des gens du jour au lendemain, mais on note une nette progression. On peut s’en apercevoir au niveau des soirées étudiantes, ou des soirées d’écoles d’ingénieurs du type « open bar ». A ce moment là, de navettes sont mises en place par les organisateurs, soit la personne qui vient avec son véhicule trouve le moyen de se faire raccompagner. Autre solution, le conducteur ne boit pas.
Tu étais présent lors de la signature de la charte de la vie nocturne, j’imagine que tu vois d’un bon œil l’interdiction des « open bar » …
D’un point de vue personnel, bien sûr, je ne trouve pas normal de servir de l’alcool jusqu’à ivresse. Après, j’ai l’impression qu’avec la charte on va masquer le problème puisque l’ « open bar » est interdit mais on le retrouve sous un nom différent dans certains établissements. On voit fleurir des soirées « open drink », qui reprennent le principe de l’ « open bar ». Il y a encore du travail de ce côté-là, peut être que cela sous entend plus de contrôles pour ces établissements là. De notre côté, nous sommes régulièrement invités au Ministère, avec eux, nous discutons d’une charte d’organisation de soirées réservée aux étudiants. Il sera bien stipulé que l’ « open bar » est interdit. Le souci, c’est qu’à notre niveau, nous ne pouvons interdire ça. Les associations étudiantes vont modifier le nom de leur soirée, ce sera alors un « gala » ou une soirée privée. Il est important de contrôler ça et de mettre en place un service de prévention. Des choses bougent, on le voit par exemple avec l’opération du conducteur désigné, l’opération « SAM ». Tout le monde peut faire SAM, on n’est pas obligé d’appeler les dragons pour se faire raccompagner. Pour en revenir à la charte, je trouve que c’est une avancée très positive, Rouen est la troisième ville en France à établir cela. Les vendeurs d’alcool sont maintenant un peu plus responsabilisés.
Nous ne sommes pas là pour changer la mentalité des gens, c’est à eux de changer, il faut avoir la conscience de se dire « Tiens, ce soir je ne bois pas parce que je conduis »
Est-ce que les dragons étaient des acteurs de la mise en place de cette charte ?
Nous avons été invité lors de l’élaboration de la dernière charte mise en place. Les décideurs se sont interrogés sur notre fonctionnement. De notre côté, nous leur avons rappelé qu’il y avait des soucis sur le déroulement de certaines soirées et qu’il fallait faire quelque chose.
Que manque t-il à l’association pour que son fonctionnement rentre dans les mœurs ?
Nous ne sommes pas là pour changer la mentalité des gens, c’est à eux de changer, il faut avoir la conscience de se dire « Tiens, ce soir je ne bois pas parce que je conduis ». Le jour où plus personne n’aura besoin de nos services, on aura gagné. Ce qui nous manque, comme toute association, ce sont les moyens. En 2003, il s’agissait de raccompagnements sur le week end, en 2004, on a rajouté les raccompagnements des étudiants en semaine et en 2005, c’est le monde de l’entreprise qui frappe à la porte. Nous mettons en place des stages de sensibilisation, des journées forum avec du matériel, tout cela a un coût. Si le budget n’augmente pas, nous ne pouvons pas faire ça à titre bénévole tout le temps non plus. Ce que l’on aimerait aussi, c’est que les patrons d’établissements s’impliquent dans la cause, qu’ils nous supportent pas juste pour se donner bonne conscience. C’est aussi à eux d’être des moteurs de l’action, en faisant attention à leur clientèle. Heureusement, certains donnent l’exemple, comme dans certaines discothèques où se sont les videurs qui prennent les clés de voiture des gens et ne les rendent pas si les clients ont trop bu, ils appellent les dragons. Tout le monde est satisfait, eux vendent l’alcool et les gens apprécient que le patron leur porte attention.
Quelles sont les modalités pour être de l’aventure, dès le réveillon de la Saint Sylvestre pourquoi pas ?
Il suffit de nous contacter, le numéro de téléphone est le même en journée et en soirée : 02.35.15.12.07. Il faut être volontaire, ce n’est pas évident de tenir toute la nuit, de 21 heures à 5 heures du matin. Nous demandons aussi un minimum de deux ans de permis, c’est la seule contrainte que nous ayons auprès de l’assurance. On assure les véhicules que nous raccompagnons ainsi que ceux des raccompagnateurs. Notre partenaire assureur se substitue à toute assurance et répond en cas de problème. Depuis Octobre 2003, nous avons parcouru plus de 100.000 kilomètres sans le moindre problème.
Pour finir, si tu as un message de sécurité ou de bon sens à faire passer, c’est le moment…
Je dirais qu’il ne faut jamais hésiter à nous appeler, surtout pour ce week end particulièrement festif. Il est vrai que nous ne sommes pas sur place dans la minute qui suit, mais il suffit de nous donner un coup de fil une demi-heure avant votre départ. Si nous sommes occupés, patientez un peu, attendez nous, mais ne prenez pas le volant.