Le HibOO

King Kong

Quel spectacle ! Si les détracteurs de Jackson trouveront toujours quelque chose à redire, le spectateur indifférent à ces gueguerres y verra un film de 3h brillamment orchestré, mêlant sans relâche action, humour et tendresse. Après Gollum, Andy Serkis dans la peau du Singe Géant bluffe une fois de plus son monde. Jackson rend hommage au film de 1933, qui lui donna l’envie de faire du cinéma.

New York, 1933. Ann Darrow est une artiste de music-hall dont la carrière a été brisée net par la Dépression. Se retrouvant sans emploi ni ressources, la jeune femme rencontre l’audacieux explorateur-réalisateur Carl Denham et se laisse entraîner par lui dans la plus périlleuse des aventures… Ce dernier a dérobé à ses producteurs le négatif de son film inachevé. Il n’a que quelques heures pour trouver une nouvelle star et l’embarquer pour Singapour avec son scénariste, Jack Driscoll, et une équipe réduite. Objectif avoué : achever sous ces cieux lointains son génial film d’action. Mais Denham nourrit en secret une autre ambition, bien plus folle : être le premier homme à explorer la mystérieuse Skull Island et à en ramener des images. Sur cette île de légende, Denham sait que “quelque chose” l’attend, qui changera à jamais le cours de sa vie…

Cinéphile averti, inconditionnel de la version de 1933, ou encore mangeur invétéré de Pop-Corn, King Kong est fait pour vous ! 3h qui semblent passer à une vitesse folle, à condition de se laisser aller dans l’aventure. Les premiers plans donnent le ton : le film est magnifiquement réalisé, la photographie superbe, et on sera à la fois fasciné et effrayé par les similitudes entre le New York 1933 et 2005 (sur le plan social) … certains y verront de la caricature, d’autres un clin d’oeil.

Clins d’oeil … le film n’en manque pas. Peter Jackson a réellement voulu rendre hommage au film de 1933, qui fut à l’époque la révolution du cinéma en y intégrant pour la première des fois des effets spéciaux. Le réalisateur a toutefois donné vie quelques années auparavant à la plus grande saga Fantasy jamais portée à l’écran (le Seigneur des Anneaux), et cela se ressent … si la première heure installe de manière posée et traditionnelle les personnages, dès l’arrivée à Skull Island, on se retrouve propulsé dans une sorte de “2e film”, orienté action … des passages anthologiques (King Kong vs les 3 T-Rex), des courses poursuites interminables (les brontosaures), des passages effrayants (les insectes géants) … et dans ce milieu hostile, la confrontation entre la sublime Naomi Watts et le synthétique King Kong. On appréciera le soin apporté par Jackson concernant les déplacements des animaux, qui renvoit Jurassic Park au rang d’essai numérique (collisions des animaux avec l’environnement, les recherches anatomiques pour une plus grande cohérence …). Par ailleurs, si les versions de 1933 et 1976 mettaient en exergue une certaine connotation érotico-sexuelle (la belle et la bête), Jackson nous offre un angle différent : 2 êtres solitaires, une relation où l’un a besoin d’être distrait, et l’autre d’être protégée. Tous les passages les mettant en scène sont magnifiques (notamment les cadrages), et King Kong semble si réel qu’il ne pourra laisser personne insensible (et c’est à ce moment qu’on s’aperçoit de la magie du film : un être qui n’existe pas vous émeut)

Musicalement, James Newton Howard a réussi en 2 mois à composer une partition relativement correcte, notamment sur la fin du film. On pourra reprocher par ailleurs à Jackson d’avoir exagéré à outrance certains effets (ralentis propres au SDA, situations épiques à répétition …), mais le personnage aime la démesure, et dans ce genre de spectacle, pourquoi s’en priver. Jackson profite également pour glisser quelques messages (la place de la culture dans les peuples, l’élite cherchant les sensations, les différences sociales …), qui bien que secondaires dans la production, sont loin d’être anodins.

Il y a des points négatifs, c’est incontestable (pas mal de longueurs, effets numériques parfois mal incrustés, musique en deça de la réalisation …), mais King Kong 2005 prouve qu’une fois de plus, Peter Jackson est un grand enfant, et qu’il s’amuse. Pour notre plus grand plaisir.

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