Le HibOO

Lady Vengeance

Geum-ja, une belle jeune fille, devient un personnage public lorsqu’elle est accusée de l’enlèvement et du meurtre d’un garçon de 5 ans. Ce crime atroce obsède les médias. Geum-ja passe aux aveux et est condamnée à une longue peine de prison. Elle va consacrer ses 13 ans d’enfermement à la préparation méticuleuse de sa vengeance contre son ancien professeur Mr. Baek…

Lady vengeance vient boucler la trilogie sur la vengeance de Park Chan-Wook commencée avec Sympathy for Mr.Vengeance et Old Boy. Deux films qui ont fait beaucoup de bruit que ce soit pour leurs formes comme pour leurs fonds. Tantôt adulé, tantôt décrié, le réalisateur coréen ne laisse quoiqu’il en soit pas de marbre. Lady Vengeance non plus…

Lady Vengeance est un film déstabilisant au point qu’il m’aura fallu deux projections pour l’apprécier comme il se doit. Déstabilisant car son scénario est à la fois simple et complexe. Le montage alambiqué (on a l’habitude avec Park Chan-Wook) multiplie les retours en arrière et rend l’histoire difficilement compréhensible pour peu que l’on ne soit pas totalement attentif. Une façon d’enrichir un scénario finalement assez maigre en additionnant de courtes scènes parallèles qui reprennent tous les ingrédients de ces précédents films. Pourtant, si on se perd un peu, on ne décroche jamais grâce à une réalisation une nouvelle fois grandiose. Certains répliqueront que ce n’est que de l’esbroufe. Chacun se fera son opinion mais il est indéniable que Chan-Wook possède un sens de l’esthétisme (encore une fois que d’aucuns trouveront poussés à l’extrême) bien à lui, nul doute que certaines images resteront longtemps gravées en mémoire. Il manie aussi très bien la technique et joue habilement avec les arrières plans ou la profondeur de champ (très beau travelling sur les parents dans LA scène du film).

Lady Vengeance est un film perturbant parce que Chan-Wook navigue sur les frontières de la morale (si tant est que l’on puisse parler de morale dans un tel déluge de violence). Encore plus que dans ses précédents films, il utilise l’humour noir et même le burlesque dans certains passages. Puis il nous projette soudainement dans le drame le plus effroyable possible avec l’une des scènes les plus éprouvantes et les plus fortes (émotionnellement) de cette année. L’humour noir agit alors comme une bouffée d’oxygène. Remarquable in fine cette façon de jongler entre le rire et les larmes. Les acteurs sont au diapason avec un rire qui n’est jamais franc, quelque chose entre l’hystérie et la crise de larmes. Yeong-ae Lee en femme fatale est magnifique et c’est un régal de retrouver Choi Min-sik, le héros de Old Boy, dans un rôle complètement différent. On s’amusera à reconnaître les seconds rôles (voir des figurants) quasiment tous déjà présents dans Old Boy.

Lady Vengeance n’est certainement pas un film parfait : les différentes pistes narratives le compliquent inutilement, le thème se répète, commence à lasser et on a hâte que Chan-Wook passe à autre chose. Malgré tout, Lady Vengeance est une réussite artistique et esthétique qui clôt une trilogie qui tient vraiment la route avec ce message en filigrane comme quoi aucune vengeance n’apporte de rédemption. La dernière scène, aidée par une musique de style classique excellente, finit de nous convaincre du talent du réalisateur par la grâce qu’elle dégage. « Be White ! »

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