François Ozon
De passage à l’UGC Ciné cité de Rouen pour promouvoir “Le temps qui reste”, son dernier film, François Ozon s’est posé à notre table quelques minutes pour répondre à nos questions. Personnage charmant, Ozon devient, film après film, un incontournable du cinéma français!
Après « Sous le sable », c’est encore un film qui parle des chemins de la mort. Peut on parler d’une fascination chez vous ?
Ce n’est pas tant la mort que l’idée du deuil qui m’intéresse. Je trouve que les réactions psychologiques des gens face à la mort et leur manière de s’arranger avec l’idée de la mort est toujours fascinante. Pour un réalisateur, c’est intéressant de voir les comportements qui peuvent apparaître déviants. Dans « Sous le sable », le personnage était proche de la folie et en même temps, c’était son moyen de survivre dans cette situation. Dans « Le temps qu reste », on peut se dire que le personnage est monstrueux de ne pas en parler, mais je pense plutôt que c’est son moyen à lui de ne pas être héroïque, mais d’accepter cette mort et de réussir à mourir apaisé, en paix.
Dans votre film, la solitude n’est elle pas plus effrayante que la maladie finalement ?
Oui, par exemple, toutes les scènes de plage sont complètement abstraites, Romain est déjà coupé du monde, il est déjà parti. Si j’ai fait le film, c’est un peu pour ces dernières séquences. Ce sont les premières images que j’ai eu en tête, avant de le réaliser, ce contraste entre le corps de quelqu’un de malade, en train de partir et les gens pleins de vie, des enfants. Ca m’intéressait de montrer que ces gens ne se rendaient pas compte que ce garçon était malade, qu’il allait presque mourir. Même lorsqu’il s’allonge sur la serviette, les gens pensent que c’est quelqu’un qui se fait bronzer.
Au début du montage, on a toujours une violence contre son film, on a l’impression que c’est impudique, qu’on se dévoile trop. J’avais envie de tout couper.
La plage est un sujet récurrent dans vos films, comment l’expliquez vous ?
« Sous le sable » m’a été inspiré par un fait divers auquel j’ai assisté. C’était un couple que je voyais tous les jours à la plage, l’homme est allé se baigner, il n’est jamais revenu. J’ai vu la femme partir avec ses affaires. Le film avait été une déclinaison de cette histoire. J’ai toujours eu conscience que la plage était un lieu paradisiaque et en même temps quelque chose de très dangereux, malgré la beauté, malgré le temps, il y a toujours quelque chose d’accidentel, de catastrophique qui peut arriver, la mort rôde, c’est ça qui m’intéresse.
Est-ce que Romain, dans le film, ne vous ressemblerait pas un peu finalement ?
Non, il ne me ressemble pas, nous sommes dans la fiction. Disons que Melvil est un acteur qui travaille beaucoup sur le mimétisme, il était déjà comme ça avec Eric Rohmer, il observait la façon dont il marchait, se déplaçait. Il a fait ça aussi avec moi, ça m’inquiétait beaucoup au début, mais j’ai compris que c’était son moyen à lui pour entrer dans le film. C’est le premier film que je tourne avec un personnage central masculin, alors c’est effectivement troublant, j’ai parfois l’impression d’avoir un miroir en face de moi. Au début du montage, on a toujours une violence contre son film, on a l’impression que c’est impudique, qu’on se dévoile trop. J’avais envie de tout couper, puis, peu à peu, on apprend à aimer ses images, à savoir ce qu’on veut vraiment raconter et avoir autre chose que ce que l’on pouvait imaginer.
Comment arrivez-vous à introduire autant de poésie à travers des cadrages ou des mises en scène particulières dans vos films ? On pense notamment à cette scène à trois, tellement belle…
En ce qui concerne ce plan, c’est venu assez naturellement en fait puisque j’étais au dessus de leur visage avec la caméra, j’ai descendu un peu la caméra et j’ai vu la main qui était sur le ventre de Valéria. Je ne leur avais absolument pas demandé, mais j’ai trouvé ça très beau, je l’ai donc gardé. C’est un hasard du tournage et une position naturelle des comédiens.
La scène de la partouze passe comme une lettre à la poste auprès du public.
Peut on dire que vous travaillez à l’instinct ?
Il y a des scènes qu’il faut diriger très précisément et d’autres où les acteurs savent ce qu’ils ont à faire, dans ces cas là, il y a juste à poser la caméra, à les mettre en confiance et à les filmer. Je leur explique avant ce que l’on doit voir. Après je me débrouille pour les mettre en valeur, si la fille à une culotte de cheval, j’évite de le montrer. C’est avant tout un travail de confiance.
Comprendrez vous qu’une partie du public puisse être choquée en voyant certaines scènes du film ?
Je ne sais pas… Oui, effectivement, je pense qu’on peut trouver ça choquant, mais quand on comprend le personnage, il n’y a pas de soucis. En tout cas, la scène de la partouze passe comme une lettre à la poste auprès du public. Le film sortira même aux Etats-Unis, pas dans les mêmes salles qu’Harry Potter bien sûr, mais le film restera tel qu’il est. Je me souviens qu’on m’avait demandé, pour « Swimming Pool », de couper une seconde et demi de la scène où l’on voit Ludivine Sagnier faire une pipe au serveur, c’était complètement grotesque.