In her shoes

Maggie est convaincue que son seul atout dans la vie réside dans son art d’aimanter le sexe opposé. Dyslexique et certaine de n’avoir aucune aptitude intellectuelle, elle a toujours privilégié le maquillage aux livres. Sa principale qualité : savoir toujours dénicher la tenue idéale pour n’importe quelle occasion. Rose est en revanche une brillante avocate officiant dans un prestigieux cabinet de Philadelphie. Mais cette grande bosseuse a un point faible : son corps et ses incessantes variations de poids qui l’ont poussé depuis longtemps à renoncer à toute sorte de vie amoureuse. Son unique réconfort : les chaussures, car contrairement aux vêtements, elles lui vont toujours bien. Tout oppose les deux soeurs, dont l’unique point commun est la pointure. Après un violent clash, les deux soeurs vont peu à peu se rapprocher…
Curtis Hanson a pris pour habitude de nous faire découvrir ses interprètes sous un nouveau jour, que ce soit Russell Crowe ou Eminem, respectivement dans L.A. Confidential et 8 Mile. Dans In her shoes, il ne déroge pas à la règle en offrant à Cameron Diaz son meilleur rôle. Bonne nouvelle, le film ne se limite pas à ça.
Soyons francs, le film doit beaucoup à la qualité de ses trois principaux interprètes. L’expérimentée Shirley MacLaine, la toujours excellente Toni Collette et la sublime Cameron Diaz. Si l’on savait cette dernière capable de jouer autre chose (Being John Malkovich) que les potiches (Charlie’s Angels), on en est cette fois-ci totalement convaincu. A l’aide de dialogues savoureux, les trois actrices se renvoient la balle en jouant tantôt sur la comédie, tantôt sur l’émotion avec une grande justesse. Du coup, les seconds rôles sont un peu mis à l’écart. La meilleure amie de Rose apparaît par exemple dans deux ou trois scènes sans que l’on prenne son personnage au sérieux par manque de profondeur. De même son petit copain est un peu laissé pour compte. Seule la plus grande amie de Ella sort du lot grâce à quelques répliques cinglantes. Tout ceci, on l’imagine, dans le but de renforcer la relation entre les deux sœurs et leur grand-mère. Admettons.
S’il faut évidemment voir le film pour ces trois actrices, Hanson, avec un scénario somme toute convenu et prévisible, s’en sort admirablement. Il arrive même à transcender son sujet pour nous offrir une très belle histoire fraternelle sans jamais recourir à un quelconque second degré. Au contraire, il assume totalement ses choix et prend son temps pour distiller l’émotion. Le format du film l’atteste, 2h10, là où la plupart des comédies de ce genre ne dépassent pas 1h40. Hanson développe ses personnages avec attention, passant de l’un à l’autre sans jamais nous perdre. Au final, trois portraits de femmes plus riches que présumés. Et si l’on devine très rapidement ses attentions, il les traite avec suffisamment de talent pour que l’on y croie. Un exercice de style remarquable.