Melvil Poupaud

Premier héros masculin de François Ozon, Melvil Poupaud se voit offrir un rôle en or, ô combien maîtrisé dans “Le temps qui reste”. Rencontre avec ce jeune acteur, chez qui l’on devine une grande joie d’avoir participé à la construction du film.
Vous portez le film de façon incroyable, Melvil…
J’ai eu de la chance de rencontrer François Ozon, c’est lui qui m’a motivé pour faire le maximum. J’avais confiance en lui, il avait confiance en moi, il me stimulait. C’est en fait un bon concours de circonstances.
A-t-il pensé à vous tout de suite pour le rôle ?
Oui, il m’a contacté avant d’écrire le scénario. Nous nous étions croisés une ou deux fois pour d’autres films mais ça n’avait pas fonctionné, notamment pour « 5X2 » pour lequel j’étais trop jeune pour faire le rôle masculin. On s’entend bien, il y a un feeling qui passe entre nous. Je me suis amusé à regarder les films qu’il avait fait, ceux que je n’avais pas encore vu. Je n’ai pas aimé ses films un par un, mais l’ensemble du parcours, j’aime son côté précis, son esthétisme, le côté beau à regarder me plaisait. Ensuite, je l’ai appelé pour qu’il vienne voir les courts métrages que j’avais réalisés, je projetais ça dans une galerie à Paris, François a trouvé ça marrant, il m’a dit qu’il voulait faire un film avec moi. Il avait cette idée de personnage en tête, un homme qui serait confronté à la mort. J’étais content qu’il pense à moi avant même d’écrire le scénario, je sentais qu’il voulait développer un personnage qui soit proche de lui.
Comment prépare t-on un rôle comme celui de Romain dans le film ?
Le fait de connaître l’histoire à l’avance m’a beaucoup aidé. Au début, je stressais, je me disais que je devrais rester là tous les jours, que le film reposait sur le fait que je sois bon, etc. Finalement, la pression m’a encouragé, j’aime travailler comme ça, avec des gens exigeants. François est capable de vous faire croire que vous pouvez aller loin. Nous nous sommes entraîné mutuellement. Lors de la préparation, j’ai appris tout le script d’un coup, ensuite je n’ai pas remis le nez dedans. Je réfléchissais à mon personnage, je me demandais pourquoi il était comme ça à ce moment là. J’ai aussi fait un gros travail physique puisque j’ai dû faire un régime pendant le tournage, histoire d’être un malade crédible. J’ai eu le temps de faire des essais avec les autres acteurs, je me suis familiarisé avec le texte, je me suis vraiment investit dans ce tournage.
Racontez nous comment on se transforme en malade en si peu de temps ?
Il y avait deux options, soit on faisait un break au milieu du tournage pour tourner les scènes de fin et pendant deux mois, je me tapais un régime tout seul dans mon coin avant de revenir, soit je fournissais un effort plus grand pendant le tournage, tout en gérant pour que ce soit progressif. Je me devais d’avoir une hygiène de vie différente, je ne sortais pas, je ne buvais pas d’alcool, tout ça m’a permis de rester concentré. J’étais content à la fin du film d’avoir perdu autant de poids, ce n’était pas évident.
Jeanne Moreau est impressionnante parce que c’est Jeanne Moreau. Sa voix, ses yeux, son énergie… Elle était tellement classe, élégante, elle jouait tellement bien que ça m’a porté.
Comment avez-vous appréhendé les scènes troublantes, lors de la lecture du script ?
Je me doutais que François allait faire des scènes de cul, je trouvais normal de voir ce personnage, qui va mourir, en train de baiser, qui en profite un maximum. Je savais aussi que ce serait joli et non vulgaire puisque le personnage garde une certaine élégance durant tout le film, même malade. Ce n’est pas dégoûtant. Je n’étais pas stressé vis-à-vis de ces scènes. J’ai été vite libéré puisque François dirigeait ça comme s’il s’agissait une scène de bagarre, il était très direct, du coup ça a dédramatisé la situation. Il n’y avait pas de côté libidineux, vous savez lorsque les techniciens sont gênés ou rigolent, là non, c’était dirigé de façon très naturelle. Le fait que Christian Sengewald n’ait pratiquement jamais tourné de film, l’a rendu un peu nerveux sur ces scènes, je me suis donc surpris à l’aider pour qu’il soit plus à l’aise.
Comment s’est passé le travail avec les seconds rôles, qui sont pour certains de sacrés clients ?
J’étais content de rencontrer Marie Rivière par exemple avec qui j’ai partagé une expérience cinématographique (NDLR : « Conte d’hiver » de Eric Rohmer, 1991). Elle est très affectueuse avec moi puisqu’elle a un enfant qui a mon âge, elle m’a connu plus petit, elle était donc très maternelle. En ce qui concerne Daniel Duval, c’était drôle puisque dans la vie, il est à l’opposé de ce qu’il est dans ce film, style baroudeur, avec les tatouages et tout. Jeanne Moreau est impressionnante parce que c’est Jeanne Moreau. Sa voix, ses yeux, son énergie… J’ai senti qu’elle était contente d’être là, elle adorait déjà François avant. J’étais un peu intimidé pendant le tournage, mais elle était tellement classe, élégante, elle jouait tellement bien que ça m’a porté. Avec Ozon, sur le tournage, nous jouions les journalistes en lui posant plein de questions sur les plus grands avec qui elle a travaillé, puis tout le monde s’est détendu assez vite. Je connaissais un peu Valéria, nous avions fait un film ensemble, il y a une dizaine d’années (NDLR : « Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel », 1993), on s’entendait déjà bien à l’époque, nous avons aussi des amis communs. C’était assez drôle sur le tournage, elle connaît assez bien François, du coup ils s’envoyaient des vannes sur le tournage, ça a contribué à détendre l’atmosphère, j’ai profité de ces complicités.
C’est d’ailleurs assez troublant ce passage où vous vous retrouvez avec Valéria…
Oui, il y avait aussi Walter Pagano qui était encore plus gêné que moi puisqu’il avait moins d’expérience, il était là moins souvent aussi. Il fait ça très bien notez, il est discret mais crédible, j’ai essayé d’être attentif au fait qu’il n’était pas forcément à l’aise.
Y a-t-il d’autres projets en vue avec François Ozon ?
Nous n’en avons jamais parlé, mais j’adorerais… C’est difficile lorsque tu fais un film et que tu as le rôle principal, j’ai l’impression que le mec a tout utilisé le rapport, qu’il a pressé le citron et qu’il a envie de passer à autre chose. Peut être que le personnage est un peu « gros » dans le film pour qu’il puisse me recycler. J’espère que je retournerai un jour avec François, mais si ça n’arrive pas, je pourrai comprendre.