Le temps qui reste

Romain, un jeune photographe de 30 ans, apprend brutalement qu’il n’a plus que quelques mois à vivre.
Ozon, c’est un peu comme du Chabrol : dès qu’on sait qu’un film va sortir, on l’attend plus qu’impatiemment, car à chaque fois on prend sa claque. Et une fois encore, malgré le sublime (et parfait) 5×2, le réalisateur va encore plus loin. Une histoire tragique, racontée cependant avec une poésie de l’image propre au réalisateur. On en ressort à la fois bouleversé et émerveillé. Magnifique.
Que dire ? Qu’il s’agit sûrement du meilleur Ozon ? Oui. Mais pourquoi ? En 1h25 (temps relativement court désormais pour un long métrage, mais accentuant cette idée qu’on n’a pas de temps à perdre pour aller dans le vif du sujet), le film en met plein la vue, plein les sentiments. Ozon s’apparente de plus en plus à un peintre, il expose de manière prodigieuse des images sublimes, avec des effets de macro rendant un personnage seul dans une foule, en filmant au plus près des corps dénudés, rendant les scènes intenses d’érotisme mais également de sensualité, de poésie. Ozon filme également ce qu’on a peu l’habitude de voir, en l’occurrence l’amour entre 2 hommes, ou 2 hommes et 1 femme, le tout sans retenue, sans artifice. Et comme tout Ozon qui se respecte, la musique est minimaliste au possible, voire inexistante. On se sent très proche des personnages, Melvil Poupaud étant tout simplement magistral, puisant dans une palette émotionnelle quasi-illimitée.
Hormis le thème conducteur de la mort, se pose également la problématique de l’immortalité. Au travers des images, des photos prises, mais aussi le don de la vie, l’amour inavoué ou maladroitement refoulé. Ozon ne lésine pas sur les personnages secondaires pour donner à Poupaud toute son aura face à son destin tragique. Entre Jeanne Moreau, l’apparition furtive (mais ô combien poignante) du couple Bruni-Tedeschi / Walter Pagano, tous ont un rôle important dans le dénouement. La force d’Ozon, qu’on avait déjà senti dans “Sous le sable” mais surtout dans “5×2″ est de réussir malgré la pesanteur tragique de finir avec une photographie à la fois symbolique, apaisante et poétique. On vient de voir un film triste, et pourtant on ne peut oublier cette scène finale d’une grande beauté.
Le temps qui reste est non seulement un grand film, mais surtout, il s’agit sûrement du meilleur Ozon, cinéaste qui allie avec brio technique irréprochable, scénario captivant, avec des acteurs s’investissant à fond dans le projet. A voir dès sa sortie !