Richard III au Rive Gauche

Le festival Octobre en Normandie touche à sa fin, c’est une pièce événement qui clôt la période culturelle faste. Le Rive Gauche accueillait Philippe Torreton et ses compères, dans une pièce mise en scène par Philippe Calvario. J’ai nommé : Richard III, de Shakespeare.
Etre malfaisant, doté d’une intelligence machiavélique, Richard III va mettre à bas tous les obstacles se dressant entre lui et le trône en profitant de l’opportunisme de ceux qui l’entourent. Philippe Calvario, entouré de splendides comédiens – dont le charismatique Philippe Torreton –, s’est emparé de cette fresque macabre et sanglante, à la lisière de folie, dans une approche laissant libre cours aux fantasmes d’un « esthétisme barbare ».
Le Rive Gauche affiche complet pour cette première, à St Etienne du Rouvray, de Richard III. Il en sera sûrement de même pour toutes les représentations à venir cette semaine. Seuls les plus malins pourront trouver un rare sésame encore disponible. Des amoureux de théâtre, des étudiants curieux, tous surpris par cette libre adaptation.
Philippe Calvario a su mettre la scène la plus jouée au monde au goût du jour, qui aurait imaginé retrouver du Marilyn Manson ou du Noir Désir dans du Shakespeare ? Des passages qui ne dénaturent en rien la pièce, tant ils sont glissés au bon moment. Le reste de la bande sonore est tout aussi bien choisi et maîtrisé. Que dire du décor ? Grande scène amovible et pivotante ou les comédiens évoluent dans une impression de trois dimensions. Après l’entracte, c’est un mur géant et lumineux qui se dresse au fond de la scène, l’ensemble est très impressionnant.
A la tête de la distribution, on retrouve Philippe Torreton, le natif de Rouen. Impeccable dans le rôle de Richard, drôle et machiavélique, il s’approprie le personnage de façon incroyable, arrivant même à le rendre sympathique aux yeux des spectateurs. Le terrain de jeu s’étend à la salle puisque les comédiens évoluent aussi dans les travées du Rive Gauche.
On se barbouille de sang, on coupe des têtes, la violence côtoie la poésie à tout moment. Le sentiment qui prévaut est l’intensité, Torreton se sort les tripes, au propre comme au figuré. Un classique du théâtre à (re)découvrir…