Le HibOO

Cloverfield

Cloverfield, un film réalisé par Matt Reeves et produit par J.J. Abrams | Paramount Pictures France

New York - Une quarantaine de ses amis et relations ont organisé chez Rob une fête en l’honneur de son départ pour le Japon. Parmi eux, Hub, vidéaste d’un soir, chargé d’immortaliser l’événement. La “party” bat son plein lorsqu’une violente secousse ébranle soudain l’immeuble. Les invités se précipitent dans la rue où une foule inquiète s’est rassemblée en quelques instants. Une ombre immense se profile dans le ciel, un grondement sourd se fait entendre… et la tête de la Statue de la Liberté s’effondre brutalement sur la chaussée. L’attaque du siècle vient de commencer. Au petit matin, Manhattan ne sera plus qu’un champ de ruines…

Dire que j’étais sceptique était un doux euphémisme. Les trips à la J.J. Abrams finissent toujours mal (la saison 3 d’Alias, la 4e saison de Lost …) et l’effet “buzz” sur la toile qu’a suscité Cloverfield semblait clairement viser les fans de la première heure qui voient des codes et messages cachés partout … et j’aurais pu résumer la critique à “ALLEZ LE VOIR”. Reste à savoir pourquoi.

Une réalisation incroyable, et novatrice

Cloverfield, un film réalisé par Matt Reeves et produit par J.J. Abrams | Paramount Pictures France

Pendant 1h30, vous allez assister à une expérience assez exceptionnelle : vous n’allez pas voir un film, mais plutôt un reportage. Tourné directement à l’épaule, en DV, on est plongé directement au coeur même dans l’histoire et de l’action. Une bien belle manière de critiquer une société d’images où tout le monde se voit désormais obligé de filmer et photographier ce qui l’entoure, au lieu de vivre pleinement, et dans le cas présent, de survivre. On n’avait pas vu ça depuis Blairwitch : sauf que ce dernier limitait l’expérience dans une forêt ténébreuse où l’on ne voyait tout simplement rien. Sous cette avalanche de plans apparemment “mal filmés” se cache en vérité un véritable patchwork de plans délicieux, subtils et incroyablement captivants. On est happé, transporté et scotché (sentiment accentué par une absence totale de musique, qui renforce l’oppression visuelle omniprésente : cris effrayés, explosions et bruits divers sont de véritables partitions qui traversent le corps du spectateur). On notera par ailleurs un changement radical de rythme et de direction dès la scène du métro, où l’ampleur de la catastrophe est délaissée au profit d’un survival movie incroyablement jouissif et surréaliste.

Cloverfield est aux USA ce que Godzilla est au Japon

On ne peut s’empêcher de faire l’analogie. Mais lorsque je parle de Godzilla, je parle de ce que représente la créature au Japon, et non l’énorme bouse made in Emmerich qui a tout simplement retiré de toute la substance “philosophique” de la génèse de la créature. Godzilla fut une sorte d’exutoire suite aux bombardements d’Hiroshima et de Nagazaki, une sorte d’allégorie de la folie humaine qui détruit tout sur son passage. Cloverfield est exactement dans le même esprit, puisque les références au 11 septembre ne cessent de jalonner les plans, sans atteindre pour autant l’hyperbole. Il ne s’agit aucunement d’un film de monstres (qui doit totaliser 10 minutes d’apparition, dont on ne sait et ne saura rien), mais symbolise une puissance impossible à définir qui met à genoux une ville symbolique, elle-même representative pour la planète entière : certains y verront la personnification du terrorisme, d’autres y verront au contraire l’impuissance de la plus grande nation face à un situation de crise. Là encore, J.J. Abrams fait très fort, en réussissant avec un brio exceptionnel à donner une dimension très politique à ce film catastrophe.

P’tit couac

Cloverfield, un film réalisé par Matt Reeves et produit par J.J. Abrams | Paramount Pictures France

Acteurs incroyablement investis (et totalement inconnus), montage aux petits oignons, créature à la fois mystique et effrayante … Cloverfield frôle le sans faute. Pourtant, quelques passages restent “too much” : à commencer par une certaine invulnérabilité de la poignée de protagonistes, qui frise parfois le ridicule (cf la scène de secourisme dans la tour effondrée) ou encore une fin brusque laissant présager une suite inéluctable. . Et c’est tout. Cloverfield n’est pas en soi un “vrai” film, mais plutôt une expérience inédite, à la fois très critique et très spectaculaire, où grâce au parti pris de la caméra embarquée, nous rend davantage spectateurs témoins que lobotomisés passifs (ce qui, sur certains films à l’instar d’Astérix aux Jeux Olympiques, peut s’avérer être une qualité requise). Wow.

Un commentaire

  1. Espèce de vieux coquin ! Tu donnes envie d’y aller et tu dis la fin !
    Même si elle est plutôt prévisible, tu es un quand même un rien filou …

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