
Tracklist
- Casino
- En Nous la Vie
- Amoureux Solitaires
- Mille Fois par Jour
- Le Soupir du Monde
- Belem
- Sur ta peau
- Au dehors
- Papier Carbone
- Diva
Arman Méliès – Casino
J’ai découvert l’univers d’Arman Méliès lors des Primeurs de Massy cuvée 2006, et j’avais littéralement emporté par des mélodies magiques, un personnage magnétique, et une voix aérienne issue d’une dimension parallèle. Le maitre du sampling axait sa musique surtout sur des rythmiques guitaristiques avec pour seuls effets superlatifs quelques reverbs onctueuses.
En ce 17 mars 2008, je reçois le CD promotionnel de son 3e opus, sobrement intitulé « Casino », mis en valeur par le joli travail graphique de Julien Pacaud. Et dès la première écoute, dès le premier titre – la chanson éponyme, on entre dans un état extatique inextricable, avec un nombre incroyable de surprises, mais surtout une confirmation qui n’avait pas lieu d’être : Arman Méliès est un artiste fantastique.
Si le chanteur revendique clairement des influences très identifiables (notamment The Cure niveau sonorité « autre époque »), j’y vois surtout le fils spirituel et artistique du fantastique Dominique A, tant les univers mélodiques et textuels sont si proches : un spleen omniprésent marqué par des accords mineurs, sans sombrer pour autant dans le dépressif, mais plutôt dans une mélancolie rêveuse, où l’auditeur se retrouve dans un état second, happé par des harmonies qui interpellent.
L’écoute se fait intuitivement en une seule traite, et même la reprise d’ »Amoureux Solitaires », jadis rendue célèbre grâce à l’interprétation de Lio (non, il n’y a aucun oxymore dans ce propos), semble se fondre à merveille, tant l’artiste a réussi à se l’approprier et à l’assimiler dans ses sonorités si singulières. L’album recèle de pépites absolument divines, à l’instar de « Mille fois par jour », du parfait « Soupir du Monde », « Papier Carbone », la partie instrumentale jouissive Daftpunkienne de Diva (qui rappelle le titre « Veridis Quo ») ou bien sûr de « Casino » et son refrain dantesque appuyé par des cordes qui prennent instantanément aux tripes.
Des Cordes ? Oui, des cordes. Et il s’agit d’un des changements majeurs dans le processus de composition de l’artiste : lui qui jadis simplifiait à l’extrême ses mélodies – guitare(s) / voix / batterie – a « symphonisé » son travail (avec par ailleurs une omniprésence de claviers discrets et aux sonorités très eighties), sans tomber pour autant dans la surenchère : car si l’on pouvait trouver un terme synonyme de la magie Méliès, ce serait sans nul doute « concision » : ni trop, ni trop peu. Juste ce qu’il faut pour taper là où il faut, pour émouvoir au moment voulu. Une sobriété magistrale, et un grand sens de la finesse.
En fait, « Casino » n’est pas qu’un simple album quasi-parfait, qui serait la résultante d’expérimentations ayant abouti à un projet incroyablement mûr : il s’écoute comme on peut être happé par un road movie, et se déguste comme on lirait un recueil de fables lugubres et captivantes. En fait, Arman Méliès est, sur un plan fantasmagorique – on ne réécrit jamais l’Histoire – ce qu’aurait dû être le niveau de qualité musicale des années 80. Et cette intemporalité ambigüe et paradoxalement identifiable permet à « Casino » de se détacher du lot des productions actuelles. A l’instar d’un Louis, dont les thèmes abordés, et la manière de concevoir la musique ont quelques points communs.
Moins OVNI que dans le passé (mais OVNI quand même !), Arman Méliès, via « Casino », est devenu certainement plus abordable ; mais signe pourtant ici sa plus belle partition. Encore. www.myspace.com/armanmelies

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