Il était une fois dans l’Oued

En 1988, alors que tout le monde rêvait d’aller faire fortune en Amérique, Johnny Leclerc, lui, ne rêvait que de devenir petit épicier en Algérie. Voici l’histoire de sa réussite !
Djamel Bensalah, on lui doit un bon film, “Le ciel, les oiseaux … et ta mère”, et une bouse à la française, “Le Raid”. Avec un teaser et une affiche qui portent au cliché, on se surprend finalement à regarder un film, qui loin d’être exceptionnel, se voit servi par une photographie de très haute qualité, d’une excellente bande son, et d’un message de tolérance arrivant à prendre le dessus sur les poncifs et caricatures. Loin d’être inoubliable, mais loin d’être un navet.
Commençons tout de suite par le négatif ! On ne rit pas, on sourit légèrement mais souvent, et l’histoire a du mal à transporter. Pourtant ce film ne manque pas d’atouts.
Pour commencer (paragraphe points positifs), les acteurs, tous investis dans leur rôle, Julien Courbey en tête, qui vit son personnage de Johnny à fond, frisant parfois la caricature. Suivi par Sir Ahmed Agoumi et le joli ténébreux David Saracino, illustrant parfaitement les conflits générationnels. Que ce soit la magnifique Karina Testa ou la “balaskoniesque” Marilou Berry, ces dernières sont totalement effacées par le trio : il faut dire que le père, le fils et le meilleur pote mettent le paquet. Outre les acteurs, on notera la photographie magnifique de Pascal Gennesseaux (qui avait déjà peint avec une poésie évidente la Corse dans l’Enquête Corse) qui montre ici une Algérie à la fois belle, désertique, heureuse malgré de faibles moyens. On sera également surpris de l’excellente bande originale du groupe 113, visiblement inspiré par l’histoire (ce qui semble normal puisqu’une l’une de leurs chansons “Tonton du Bled” a été l’élément déclencheur à l’écriture du film). Pour finir, même si “il était une fois dans l’oued” n’échappe pas à certains poncifs du genre (bien que là, une fois de plus, on est à 1000 lieux de films comme l’Américain, et tant mieux), on appréciera bon nombre de messages qui fleurent bon la tolérance, avec une certaine fraîcheur (le respect des différentes cultures, l’incompréhension entre les algériens venus en France et les enfants français d’origine algérienne …) ce qui dans un contexte tendu actuel, ne fait pas de mal.
Au final, “Il était une fois dans l’oued” ne devrait pas être synonyme de film mémorable : en revanche, sa réalisation soignée, sa BO de qualité et ses plans photos somptueux vous feront rêver : ce qui n’est déjà pas mal, ma foi.