Le HibOO

[REC]

[REC], film de Paco Plaza et Jaume Balaguero

Angéla est journaliste pour une télévision locale. Accompagnée de son caméraman, elle relate le quotidien de ceux qui travaillent la nuit. Ce soir, elle est dans une caserne de pompiers. La nuit est calme, aucune urgence. Jusqu’au coup de fil d’une vieille dame qui réclame du secours. Le tandem suit les pompiers et découvre en arrivant sur place des voisins très inquiets. D’horribles cris ont été entendus dans l’appartement de la vieille dame. Angéla perçoit la tension des habitants, son reportage devrait enfin sortir de la routine… Elle n’imagine pas à quel point ! (Fiche Allociné)

Le retour du papa de Darkness

En 2003, Jaume Balaguero balance en pleine face un film d’horreur qui relaya “L’échine du Diable” de Del Toro au rang de comédie musicale : emmené par une Anna Paquin plus que convaincante, elle-même absorbée dans un scénario incroyablement ficelé, tenant en haleine le spectateur jusqu’à la dernière minute, le film m’avait procuré à l’époque des pulsations anormales, quasi symptomatiques d’un infarctus imminent. Sauf que là, Jaume a repoussé les limites encore plus loin. Avec [REC] on n’a pas peur, on n’est pas effrayé : on meurt de terreur.

Quand l’obscénité voyeuriste est au service de la peur jouissive (et vice versa)

[REC], film de Paco Plaza et Jaume Balaguero

Avec son parti pris de caméra embarquée façon Cloverfield, [REC] ne peut laisser indemne (vision subjective façon Doom, où la caméra représente notre vision), pour la simple raison que le spectateur est propulsé, malgré lui, dans un voyeurisme obscène où la montée en puissance de la violence et de l’horreur n’est jamais suffisante : on ne regarde pas un groupe d’individus périr, ON est avec ce groupe, et l’on subit l’oppression avec une intensité foudroyante. Le jeu des acteurs n’y est pas étranger : bien que constitués de parfaits inconnus, chaque protagoniste, de la petite enfant de 7 ans à la grand-mère de 70 ans, vit pleinement son rôle (avec une mention spéciale pour Manuela Velasco, qui réalise une performance extraordinaire) … le fait que le film soit “en temps réel”, façon télé-réalité, accentue la spirale infernale qui nous happe littéralement. Il arrive à un moment où l’on n’en peut plus, mais l’on attend pourtant avec une délectation déplacée la suite : peut-on faire pire que la scène précédente ? Que va-t-il ENCORE arriver ? On ne cesse d’être interloqué, secoué, choqué, et paradoxalement, alors que le coeur est sur le point de lâcher, on se surprend à aimer ça : on ne veut pas quitter des yeux l’écran, coûte que coûte.

Pourquoi [REC] n’a pas d’équivalent

[REC], film de Paco Plaza et Jaume Balaguero

A la différence d’un Cloverfield (une ville entière touchée par un monstre dont la probabilité d’existence est proche de 0%, et s’attaquant à des symboles), de 28 jours plus tard (qui touche un pays entier), ou encore de Resident Evil (une base militaire souterraine) [REC] se passe dans un immeuble. Et une cage d’escalier. Cette proximité effarante et ce huis-clos particulier avec la réalité choque davantage, et à la différence d’un film has been de Romero, les réalisateurs parsèment avec intelligence - pour ne pas dire génie - au compte-goutte tous les éléments nécessaires pour rendre la situation réaliste et crédible (avec notamment des plans séquences interminables de plusieurs minutes, véritable prouesse cinématographique, où il semble impensable que tout ait pu être calculé tant l’on sent une improvisation naturelle mais convaincante). D’ailleurs, il est sans nul doute à parier que les espagnols ont mangé du Resident Evil et/ou Silent Hill pour retrouver cet effet de surprise permanent dès l’intrusion dans une nouvelle pièce façon “Charybe en Scylla”. L’absence de musique contribue également à la tension et au réalisme effrayant, largement compensée par des effets sonores savamment pensés. Inutile de préciser que la fin, en particulier les 20 dernières minutes, est le summum de ce qui a pu se faire dans la catégorie “horreur” depuis ces 30 dernières années. On arrache le fauteuil, on n’ose regarder son voisin, on assiste impuissant mais avec une extase malsaine à la boucherie, bien que les scènes explicites soient relativement limitées (mais le peu de présentes font passer les scènes d’Urgence pour un épisode de Oui Oui). L’apologie et l’allégorie du sadisme, en quelque sorte. (Saw premier du nom était pas mal dans le genre, mais ici, un nouveau pallier est franchi)

[REC] est LE film à aller voir. Alors que Romero raconte depuis 1976 de manière toujours aussi ennuyeuse et prévisible (on se demande comment il va oser montrer après un tel talent son prochain épisode), le génie de Paco Plaza et Jaume Balaguero permet au genre “zombies / contaminés” de retrouver un souffle nouveau, comparable à ce qu’Alexandre Aja a pu, en son époque, réaliser avec le remake de Craven. Vous rirez ou applaudirez sans doute certains passages, et ces manifestations seront à considérer comme des exutoires défoulants d’un trop plein de stress accumulé pendant la projection. Inutile de préciser qu’il faut absolument déguster ce bijou en VOSTF. Inutile de préciser également qu’il vaut mieux éviter de manger avant la séance (je le regrette encore) … une expérience cinématographique d’une rare intensité, qui permet de confirmer, même si le doute n’a jamais existé, que le cinéma fantastique / horreur espagnol (avec celui des anglo-saxons) est de loin le meilleur du genre. (Quarantine, le remake américain, est déjà sur les rails, et on imagine difficilement comment en Outre-Atlantique, on puisse espérer faire ne serait-ce qu’aussi bien)

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