A bord du Darjeeling Limited

Trois frères qui ne se sont pas parlé depuis la mort de leur père décident de faire ensemble un grand voyage en train à travers l’Inde afin de renouer les liens d’autrefois. Pourtant, la “quête spirituelle” de Francis, Peter et Jack va vite dérailler, et ils se retrouvent seuls, perdus au milieu du désert avec onze valises, une imprimante, une machine à plastifier et beaucoup de comptes à régler avec la vie… Dans ce pays magique dont ils ignorent tout, c’est alors un autre voyage qui commence, riche en imprévus, une odyssée qu’aucun d’eux ne pouvait imaginer, une véritable aventure d’amitié et de fraternité… (Fiche Allociné)
Atmosphérons
Je ne sais pas qui a pondu le pitch ci-haut, mais il ferait mieux de se cacher. En fait non, tout le problème d’un film comme Darjeeling Limited, c’est que c’est du cinéma qui se ressent avant tout. Du cinéma atmosphérique en somme, on baigne dans une ambiance décalée, on flotte sur son petit nuage pour peu qu’on se laisse emporter. Ce n’est hélas, pas donné à tout le monde.
Enfin du cul ! *

Ce titre, honteusement racoleur, ne pourra attirer que le public de l’autre film que j’ai vu ce beau dimanche: [REC] (qu’il est très bien aussi que même que Rod vous en parle). D’ailleurs je vais en profiter pour digresser (ça existe en verbe ?) allègrement et dire que chroniquer Darjeeling Limited (on va dire DL pour aller plus vite) alors qu’on a enchainé avec [REC] relève de la gageure. Certes, les deux films sont de grandes réussites mais autant l’un m’a fait planer, autant l’autre a provoqué un atterrissage en force dans un océan infesté de requins. Mais revenons à nos postérieurs : Wes Anderson qui a commis des perles telles que La vie aquatique ou La famille Tenenbaum (pour les plus connus) nous livre ici un film du même acabit découpé cette fois en deux parties.
Hôtel Chevalier
Parce que DL commence par un court métrage (on nous prévient d’ailleurs que tout ceci est expérimental) qui met en scène Jack (Jason Schwartzman) et sa petite amie (Nathalie Portman) lors de leurs retrouvailles parisiennes. C’est un petit bijou bercé par l’un des morceaux les plus kitch de la galaxie (un anglais qui chante Paris en anglais, avec de vrais bouts de vrai français dans le texte). Impossible de ne pas rire du décalage et de ce charme adolescent, de cette maladresse du personnage de Jack. Et comme toujours chez Anderson, on flotte dans une atmosphère de coton.
The Darjeeling Limited

Seconde partie : Bill Murray dans manque son train alors que Adrian Brody rejoint ses frères (Jason Scwartzman et Owen Wilson) dans leur compartiment. Il ne nous reste plus qu’à nous laisser porter par le cours des aventures de ces trois adolescents attardés : vol de godasse à 3000$ la paire sur un marché, achat de serpent venimeux, drague intensive de l’hôtesse, on crapotte à la fenêtre en se shootant aux médicaments indiens … et j’en passe. Les trois acteurs sont au diapason, chacun dans leur registre. Mal dans leur peau, inadaptés et constamment en fuite … ces gosses de riches me paraissent inconsolables. Car tous ces flottements sont teintés d’une grande mélancolie. C’est une “classe oisive” de Chaplin peuplée de monsieurs Hulot, perdus en Inde comme Tati dans la ville de Playtime.
Tout le film réside dans son ambiance, si vous êtes hermétiques, passez votre chemin. Autrement, profitez par exemple de ce long plan travelling sur les compartiments du train tout simplement fabuleux où chambre d’hôtel, cabine d’avion et compartiments se succèdent. Délicieusement régressif, désespérément adulte, triste, mélancolique, joyeux et surtout toujours décalé ; ce sont là des adjectifs qui collent bien au film. Impossible de vous conseiller ou non d’aller voir ce film. Si votre conception du cinéma se limite à Rambo 1 à 4 et James Bond 1 à 21, passez votre chemin. Si ma référence à Tati vous parle, ou si tout simplement vous avez aimé La Vie Aquatique , je n’ai rien à vous dire, vous avez sans doute déjà vu Darjeeling Train.
* pourquoi enfin du cul ? tout simplement parce que contrairement à ses précédents films, Wes Anderson nous montre vraiment les choses de la vie avec notamment les fesses de Nathalie Portman !