Conférence de presse au Théâtre des 2 Rives

Le Théâtre des 2 Rives avait invité les médias à découvrir la programmation 2005-2006 dans un climat très bon enfant (croissants et café à volonté, rien de tel pour démarrer une matinée de bonne humeur), mais surtout, avec la présence des metteurs en scène, tous plus passionnés les uns que les autres. Voici un aperçu de ce que vous allez pouvoir déguster.

Tout commence avec une présentation d’Alain Bézu, qui accroche par la présentation du théâtre, des orientations de saison 2005/2006, et des différents metteurs en scène et de leurs spectacles respectifs. Les projets sont colossaux, mais également très variés : entre tragédie “corneillienne” et l’humour contemporain de Dominique Wittorski, en passant par des saveurs philosophico-poético-romanesque de Schiller, le public n’a que l’embarras du choix. Un timing - impossible - de 5mn par réalisateur est imposé pour présenter leurs oeuvres respectives : il va de soi que demander à un passionné aussi peu de temps est aussi utopique qu’envisager de faire pousser des baobabs sur la lune :)

Paul Desveaux met en scène Les Brigands de Friedrich Schiller. Homme à la fois passionné, drôle et fougueux, ce dernier explique avec ferveur ce choix, la fascination qu’il a pour ce spectacle, qui correspond à une époque avec la “resurgence de la morale” ; une pièce qui se confinerait entre “Nietzche et Sade” : un univers dérangeant, mais passionnant. Pas moins de 14 acteurs présents sur scène, c’est de la grosse machine. A noter que Pascal Desveaux (ainsi qu’Etienne Pommeret) sont metteurs en scène associés au Théâtres des 2 Rives cette année.

Jacques Falguières, charismatique, présente avec davantage de nonchalence et de sérénité “Mademoiselle Julie” d’August Strindberg. Une histoire simple, qui se déroule lors des fêtes de la St Jean, où les maîtres deviennent valets, et où valets deviennent maîtres. A travers ce paysage, une jeune femme, Julie. Un drame où les pulsions, aussi répulsives qu’attractives soient-elles, sont le fer de lance de cette pièce.
“Fragments des carnets de sous-sol” de Fiodor Dostoïevski, et mis en scène par l’animé Etienne Pommeret risque de plaire aux amoureux de la psychanalyse de la conscience où le plus mauvais qui existe en chacun de nous a du mal (voire n’arrive jamais) à s’exprimer. Comme le dit si bien le metteur en scène, cette oeuvre “met en valeur toutes ces petites saloperies qui sont en nous, nos secrets inavouables, y compris à nous-même”. Un voyage où le sous-sol n’est que la métaphore de nos pensées profondes de notre conscience, et où le public assiste à une vérité certaine de la nature humaine. Probablement un délice verbal en perspective :) A la différence de Paul Desveaux, seuls 2 acteurs permettront de s’immiscer dans le génie de Dostoïevski.

Comme tous les ans, l’une des spécificités du Théâtre des 2 Rives est son “festival” Corps de Texte. Dans le public, de jeunes potentiels auteurs se cachent, et n’attendent que cette manifestation pour être mis en lumière. Par ailleurs, un site Internet ouvrira en novembre consacré à cette expérience tout à fait intéressante. Comme le souligne Marianne Clevy (conseillère au développement artistique), cette année apportera des innovations, comme la découverte “autant pour nous que pour le public” du théâtre américain, afro-américain pour être précis. Tant de choses à dire sur cette rencontre unique entre jeunes talents et découvreur de nouvelles écritures …
La parole revient à nouveau à Alain Bézu, le directeur du théâtre, qui met en chantier ce qu’il considère comme “un monstre”, en l’occurence l’”Illusion Comique” de Pierre Corneille. Le metteur en scène insiste sur le génie de cette oeuvre divisée en plusieurs parties, allant de la “presque comédie” à la tragédie. Le spectacle s’annonce énorme, qui correspond à une époque charnière de Corneille (qui ne prendra plus cette orientation pour la suite de ses écrits).
Pour ceux qui adorent le cynisme contemporain sur un monde qui “communique mais ne s’exprime plus”, notez dans vos agendas la représentation de “La Conférence de Cintegabelle” de Lydie Salvayre, mis en scène par Jean-Yves Lazennec. Un homme perd sa femme, Lulu, n’ayant à son actif qu’un vocable très limité. Lui est avide de mots. La mort de Lulu crée un choc dans son esprit. Une oeuvre qui vante les bienfaits de la joie, par la communication, et qui avec moults exemples, démontre que le monde irait beaucoup mieux si l’on communiquait davantage.

Le plus fantasiste des metteurs en scène présents, Dominique Wittorski, met tout de suite dans l’ambiance “difficile pour moi de décrire l’oeuvre que je présente, car j’en suis l’auteur, le metteur en scène, et l’interprète ! Il paraît que c’est tout ce qu’il ne faut pas faire. Je ne peux donc pas vous vanter du génie de l’auteur, ni même du travail du metteur en scène”. Forcément, ça en dit déjà long sur le personnage. “Ohne” (en allemand : “sans”) s’annonce comme l’un des points comiques de la saison à ne pas manquer. 3 fois la même histoire, un homme qui cherche du boulot et se pointe à l’ANPE, mais rien à faire : il est trop marginal, loin des normes banalisées pour qu’on lui trouve quoi que ce soit. Lui vient l’idée alors de retirer les noms pronominaux, puis les verbes, puis les sujets. Un exercice de style bien collé à une situation contemporaine. Néanmoins comme le soulignera l’auteur “en théorie mon spectacle ne devrait plus être d’actualité, le premier ministre a promis le retour à l’emploi d’ici mai !”. Bref, un joyeux luron.
Enfin, l’absente du jour, Françoise Petit (qui avait manqué le train) ne pourra pas présenter de vive voix Baudelaire dit par Balmer, inspiré des Journaux intimes de Baudelaire. Que dire de plus ? Baudelaire, l’un des plus grands écrivains du XIXème siècle, ce ne peut être que jouissif. Il est dommage que Françoise Petit n’ait pu venir, car qui d’autre que le metteur peut retranscrire l’énergie investie dans un tel projet ?
Bien sûr, le Théâtre des 2 Rives étant partenaire avec d’autres institutions (Rive Gauche, Opéra …) propose d’autres spectacles, mais vous avez ici le principal pour vous donner une idée de la programmation à venir. Surveillez les divers agendas gratuits circulant dans Rouen, ou rendez-vous au 2 Rives pour vous procurer le programme complet … quoiqu’il en soit, des spectacles variés et riches à découvrir.