
L’effet papillon.
Tu rencontres des gens qui t’amènent à rencontrer d’autres gens. Pis tu rencontres LES gens. Ceux qui, tu le sais, vont marquer ta vie, d’une manière ou d’une autre. Si l’on prend l’exemple de Steve Smyth, rien n’aurait pu arriver sans avoir connu Audrey ‘Ava’ Vauvillier. Fan d’Angus et Julia Stone. Et c’est par l’intermédiaire du groupe qu’un certain Steve Smyth est venu un jour d’été 2011 interpréter ses titres au Trianon en guise de première partie de la fratrie australienne. Et c’est une fois de plus Audrey qui m’avait convié à venir le voir pour le filmer. Et comme Steve est un peu rock n’ roll, gentil et open, il était prêt à chanter des titres dans la rue. Mais il ne vient jamais avec des grattes acoustiques, alors il avait chipé celle d’Angus. A l’époque, j’utilisais encore un Canon 5D Mark II pour filmer, et ces motherfuckers de HF Sennheiser qui, ce jour là, n’ont pas arrêté de grésiller du côté de Sacré Coeur. Il avait joué 2 merveilleuses chansons (Bar Made Blues et Paris) ; et outre la sympathie que dégageait naturellement le bonhomme barbu, ces mélodies chantées dans une indifférence totale auprès d’un public nomade juste avide de réaliser la 3000000000000ème même photo du monument religieux mondialement connu, ont été vécues, pour ma part, comme un coup de foudre. Comme cela a pu m’arriver avec d’autres songwriters tels James Vincent McMorrow ou Villagers. Un sens incroyable de l’écriture et des harmonies, une voix destroy toujours placée à flux tendu, à la fois bousillée à l’extrême – sans doute nourrie de repas basés sur le célèbre tandem clopes / whisky – et souvent si fragile et délicate à d’autres moments … tout ça en quelques minutes.
Steve Smyth fait partie de ces folkeux de la nouvelle ère, celle qui a digéré les codes de ses mentors pour mieux se les approprier d’une façon totalement personnelle, à défaut d’être novatrice.
Hier soir, il a donné un concert exceptionnel au Point Ephémère, il en a laissé plus d’un sur le cul. Accompagné cette fois-ci d’un batteur, ses titres tantôt corrosifs, tantôt sublimes, mais toujours torturés et habités, ont touché dans le bide et l’âme toutes les personnes présentes. Certes, la salle était loin du sold out, mais qu’importe. Nous nous souviendrons d’avoir été les premiers à avoir vécu une expérience musicale d’une intensité rare et profondément sincère. J’avais invité Lisa Hannigan, rencontrée un jour auparavant, en lui précisant bien que le mec qu’elle allait voir était “amazing” (façon Norman Thavaud), et d’après son feedback, elle ne regrette pas d’avoir fait le déplacement.
Rewind : mais avant de vivre cet orgasme collectif, j’ai pu m’accaparer à nouveau Steve juste avant l’ouverture des portes. Comme je le précisais, point de guitare acoustique, donc les moyens du bord se limitèrent très rapidement à sa guitare électrique. La magie des micros cravate aidant, la sonorisation ne posa pas vraiment de problème. On s’est retrouvé dans son van minuscule, où il était impossible de faire le moindre millimètre sans être coincé entre 2 fauteuils ou un lit, il a pris ses aises en se vautrant sur son matelas, la lumière rasante du soir caressait son visage aux traits fins mais au regard ayant vécu 1000 vies, à l’image de sa musique, il sortit spontanément Stay Young. Une pause, Libé et sa une sur le rebelle Mélanchon, une tentative kawai de lire un article qui lui était dédié à l’intérieur du canard, et il reprit avec une version incroyablement dépouillée mais ô combien titanesque de Cocaine Mountain.
Son album, Release, est fraîchement sorti. Je t’invite donc, au cas où ces précédentes lignes n’auraient pas fait leur job, à te procurer cette merveilleuse galette.