Les 5 ans de l’Association Etudes sans Frontières à la Bellevilloise

A la Bellevilloise ce soir, Études sans frontières organise une soirée pour essayer de faire un peu de bruit autour de l’association. Sa mission est d’aider les étudiants dans les pays en guerre. Pour l’instant, ils se sont focalisés d’abord sur la Tchétchénie et maintenant au Rwanda. L’affiche prévue pour transmettre ce message est de premier choix : Léonore, Hugh Coltman, Rosemary Standley, Klezmer Kaos et enfin Emily Loizeau. Autant dire que la soirée risque d’être longue. Jane Birkin, depuis toujours soutien de l’association, passera même nous faire un petit coucou. Parce que, quand même, leur action est intéressante, allez donc faire un tour sur le site web de l’association (pas très complet, il faut bien l’avouer) : http://www.etudessansfrontieres.org/
- Date : 27.05.08
- Photographe : ChrisCB
- Adresse : 19 rue Boyer 75020 PARIS
- éléphone : 01 46 36 07 07
- Web : www.labellevilloise.com
J’arrive à la Bellevilloise extrêmement tôt : l’association aimerait bien avoir quelques photos des préparatifs. Mais à mon arrivée, je me dis qu’il y aura surement un peu de retard au démarrage : une dizaine de jeune gens sont dans la salle à gonfler des ballons et à préparer des ardoises de prix, il y a encore le bar à installer, la nourriture à préparer et euh … il est dix sept heure trente quand même. Cette vision là m’a fait revenir quelques années en arrière, alors que je participais plus ou moins activement à des associations étudiantes et qu’on n’était jamais à l’heure quels que soient les efforts déployés.
Vers vingt heures, alors que les portes de la Bellevilloise ne se sont toujours pas ouvertes, je descends dans la salle de concert. Les musiciens attendent derrière le rideau à coté de la scène. Dans les hauts parleurs, pour nous faire patienter, le dernier album de Air. Il faudra attendre vingt heure trente pour que Léonore entre en scène.
Léonore (web)
Une jolie petite jeune femme entre en scène avec ses acolytes. On s’attend à ce qu’elle ait une voix fluette et légère. Et bien non, c’est un timbre grave et sensuel qui émanera de son larynx. Et ses chansons aux textes extrêmement travaillés nous confirme que finalement, c’est vrai, l’habit de ne fait pas le moine. L’orchestration est originale, brillante même. Jean-Daniel Botta (bassiste, guitariste et compositeur) a su parfaitement mettre en musique les textes de Léonore et ce n’est pas souvent le cas. Mais voilà, la salle est vide, impossible donc pour elle de jouer avec le public. Alors oui, on est charmé par la musique, par le timbre de sa voix, par les mélodies et j’ai adoré écouter, entre autre, “Le Sommeil” (qui reste ma préférée de son set). Mais faute d’interlocuteurs, la conversation n’aura pas lieu. C’est dommage, parce qu’a mon avis, Léonore valait le coup de faire le petit effort pour arriver au début de sa prestation.
Hugh Coltman (web)
Hugh Coltman a déjà eu un petit bout de chronique dans nos lignes puisqu’il a fait la première partie de Pauline Croze il y a quelques temps. Il nous délivre une folk sans concession, sans aucune fioriture. Sa musique est simple et efficace et deux guitares suffisent à accompagner sa voix chaude. Au début de son set, la salle est toujours vide, le travail des deux garçons est compliqué, plus encore que celui de Léonore. La moitié de leur prestation sera franchement sans saveur. Et comme pour Léonore, la qualité musicale ne sera pas la cause de ce manquement mais le public lointain. Tellement lointain que Hugh Coltman demandera par deux fois aux peu de personnes présentes, sans succès, de s’approcher de la scène. Et pourtant, au fur et à mesure que l’on avance dans la soirée, la “foule” commencera à se tourner vers la scène et à écouter. Hugh a réussi un tour de force : captiver des fantômes. Pour arriver à ses fins, il ira jusqu’à s’assoir sur le bord de la scène. C’est vrai quoi, si le public ne veut pas s’approcher autant le faire pour lui. Si l’auditoire avait été plus réceptif, Hugh Coltman aurait fait un malheur.
Jane Birkin
Que les choses soient bien claires, elle ne sera pas là pour chanter mais pour nous montrer qu’elle soutient l’association, comme aux premiers jours. Son set sera court … très très très court. Après un petit discours, elle nous lira un texte tiré du livre “Danser sur les ruines” de Milana Terloeva (Hachette Littérature) et nous chantera, a capella, la javanaise de Serge Gainsbourg. Sa prestation ne durera que dix petites minutes. Et pourtant, sa manière presque naïve de nous parler des problèmes graves des jeunes tchéchènes et rwandais est touchante. Cette grande adolescente de soixante ans a gardé la simplicité qui m’a toujours donné l’impression d’une extrême accessibilité.
Rosemary Standley and her dad
C’est le tour de Rosemary et de son papa d’entrer en scène. Ils vont nous jouer de la bien bonne vieille country des familles, celles qu’on entend dans les westerns. Il y aura même “Johny Boy” dans le set, autant vous dire qu’on se retrouve d’un coup dans le désert, à cheval. Et comme le bar marche à fond, on est davantage dans un Saloon que dans une salle parisienne. Je m’imagine tout à fait dans une petite ville, au bord du Mississipi, à siroter un whisky. C’est amusant … mais sans plus. Rosamary a une superbe voix, c’est vrai mais elle ne bouge pas, son père non plus et la musique qu’elle nous joue ce soir n’a rien d’original. La seule émotion transmise le sera parce qu’elle joue avec son père. Personnellement, ce n’est pas ce que j’attends d’un concert. Heureusement, son set sera court et on n’aura donc finalement pas le temps de s’ennuyer.
Emily Loizeau (web)
Et c’est le clou de la soirée : Emily Loizeau. Une chansonnière bien dans son temps : beaux textes, musique peu instrumentalisée, de l’humour. Bon, elle joue du piano alors forcement, coté jeu de scène, ce sera aussi assez minimaliste, surtout avec la salle difficile qu’il faut négocier ce soir. Cette dernière est un peu moins vide certes, mais l’essentiel de l’activité se situe au niveau du bar. C’est quelques chose qui m’échappe toujours autant ça. Comment peut-on accepter de payer 20 ou 25€ une place de concert et rester au bar à papoter avec les barmen. Je trouve que non seulement, c’est jeter de l’argent par la fenêtre, ce qui, en soit, n’est pas grave, mais qu’en plus, cela dénote un profond irrespect pour les artistes qui se produisent. Emily s’en plaindra d’ailleurs à plusieurs reprises. Elle le fera toujours avec de l’humour, mais on sent quand même un léger agacement dans le ton qu’elle emploie. Enfin bref, focalisons nous sur celle qui nous intéresse : Emily Loizeau. Ce petit bout de femme a du charisme à revendre, même quand elle est seule au piano (son batteur / bassiste /choriste s’éclipsant de temps en temps) elle remplit la scène. Tout en restant assise ou en tout cas derrière son piano, elle arrive avec un mouvement d’épaule ou en fermant les yeux à amplifier les émotions transmises par ses chansons. Finalement, elle n’a pas besoin de se lever pour nous faire rire ou pour captiver les personnes venues écouter sa musique. Les enfants qui sont assis devant sont complètement subjugués par l’artiste. En tout cas, il n’y a aucun doute, c’est elle la star de la soirée, son niveau de maitrise et son jeu avec le public dénotant franchement avec les autres prestations.
Klezmer Kaos (web)
On approche de la fin de la session live de la soirée. La salle s’est un peu remplie depuis le passage d’Emily Loizeau. Ce nouveau public est d’ailleurs plus venu pour la session club que pour écouter des musiciens jouer. Ca tombe bien parce que Klezmer Kaos ne fait pas dans l’intellectuel. Rien de péjoratif, c’est juste qu’en tant que spectateur, on n’a pas besoin de réfléchir. Sortez accordéons, contrebasse, clarinette, violons … et tapez du pied et frappez dans vos mains messieurs dames. Klezmer Kaos, c’est de la musique de fête, de celle qui fait tourner les jupes des filles. Prenez un checker, mettez-y un peu de musique tsigane, une dose de jazz et complétez le tout avec du yiddish, secouez bien fort jusqu’à ce que ça mousse et hop, vous obtenez le cocktail Klezmer Kaos. Tout ça me rappelle d’ailleurs Renaud Garcia Fons. C’est certes plus festif mais les accents et les mélodies sont similaires. Un bon moment rafraichissant donc et qui permettra à tous les convives de faire le trait d’union entre la première partie de la soirée et la seconde. Pour ma part, je m’arrêterais là ; La soirée a été longue, très longue, mais pas désagréable, merci aux musiciens, bravo à ESF pour la qualité de la programmation et tant pis pour tous ceux qui ne sont pas venus écouter tous ces gens pleins de talents.






