Le HibOO

Sziget, Day 6 - 15 Août 2005

Ca y’est, la pluie est tombée. Le temps s’est rafraîchi aussi. Qu’importe, deux centimètres de boue n’arrêteront pas les dizaines de milliers de festivaliers, d’autant que le programme de la journée s’annonçait des plus copieux. Les concerts bien sûr, mais aussi pour ceux qui le souhaitent, des cours de danse et un village associatif particulièrement vivant. Au menu musical aujourd’hui : Les affreux Skinny Puppy, Nick Cave, Woven Hand, mais surtout un concert magique de Yann Tiersen en toute fin soirée.

Affreux est un doux euphémisme pour qualifier le groupe canadien Skinny Puppy. Pas grand monde ne les connaissait, et finalement peu ont fait le déplacement devant la grande scène. Le guitariste arrive le premier sur scène, il joue en fait le rôle de bassiste en même temps, grâce à un double instrument de toute beauté. Le chanteur arrive, tout le monde se regarde, on ne sait pas trop si nous devons avoir peur ou rire, le spectacle est en tout cas troublant… Maquillé, déguisé en créature d’outre tombe, les bras ensanglantés, la bête (de scène) mime des rituels étranges, il ira même jusqu’à lancer de la terre humide (!) sur les premiers rangs. Enfin on se persuade qu’il s’agit de terre. Le spectacle fait froid dans le dos, musicalement, on verse dans le gothique.

Rendez-vous est pris avec les managers de Yann Tiersen, ce dernier ne donne des interviews qu’en de très rares occasions, mais il sera très intéressant de discuter avec ses musiciens. Ce sera pour 21 heures.

Au retour, c’est Roots Manuva sur scène, du hip hop britannique et des refrains qui restent dans la tête. Bref passage avant de rejoindre le village africain, le temps d’une petite ballade. On peut s’y faire des tresses, apprendre à danser, acheter quelques colliers, jouer du djembé ou encore fumer un narguilé en toute tranquillité. Un endroit où l’on aime passer du temps, c’est aussi le plus coloré de l’île.

C’est au tour de Woven Hand de se produire sur la scène World. C’est tout simplement le projet solo du chanteur des 16 Horsepower. Le concert est de toute beauté, la voix de David Eugène vous transporte, on navigue entre mélancolie et passion. Un style très épuré, des mélodies travaillées et un public sous le charme. Une très bonne surprise.

21 heures, les musiciens de Yann Tiersen sont exacts au rendez vous. Je me rends sous une tente, au calme, avec Jean Paul Roy, bassiste et Christine Ott, joueuse d’ondes Martenot. Une rencontre avec des gens charmants, qui nous en disent un peu plus sur cette vie de groupe pas comme les autres.

Vient le moment de la journée où il faut se couper en quatre. Je m’explique : Nick Cave sur la grande scène, Opeth sur la scène métal, Wickeda, un groupe bulgare dont on dit le plus grand bien, sur la Wan2, et Yann Tiersen sur la scène Danse et Théâtre.

Passage éclair sur le set de Nick Cave, l’australien se la joue un peu Bruce Springsteen, c’est propre et carré, pour le plus grand plaisir des milliers de personnes massées devant la scène.

En se dépêchant un peu, il était possible d’assister aux premiers titres d’Opeth, groupe métal venu de Suède. Moins de passion que pour Accept, le concert est de moins bonne qualité. Il ravira cependant un public venu de toutes les nations. La nouveauté, c’est ça, l’internationalisation de cette scène. La programmation reste vieillotte, c’est dommage de ne pas y voir des groupes jeunes en tête d’affiche, ils sont pourtant légion à pouvoir tenir le rang.

On redouble le pas de course pour être en bonne position devant la scène Danse. Il est 22 heures et c’est déjà complet (le concert ne débutera que dans une demi heure). Les français sont présents en nombre, à tel point qu’on frôlera le drame, en début de concert, lorsqu’un mouvement de foule aurait pu mal tourner en haut de la colline. Le cadre est magnifique, certes, mais c’est une erreur que d’avoir programmé Yann Tiersen sur cette scène. Le concert en lui-même, c’est de la magie, de la passion, de la générosité. Tiersen est un virtuose, du violon, de la guitare, de l’accordéon, du xylophone, de tout ce que vous voulez en fait. Et que dire de cet instrument merveilleux : Les ondes Martenot. Un plus qui donne une dimension planante au show. Un véritable moment de bonheur, qui vous prend aux tripes. La formation se fait rare, la voir reste donc un évènement. Point de Amélie Poulain, mais une part belle à son dernier album « Les retrouvailles », tout simplement génial. Restez vous-même Monsieur Tiersen, indépendant et secret, tant que vous produirez de telles merveilles…

La soirée touche à sa fin, mais on n’en finit plus de prendre du plaisir. Le show Fishbone a déjà débuté sur la Wan2, un concert exceptionnel donné par les américains qui étaient passés par la France il n’y a pas si longtemps. Un public en feu, venu de tous les pays pour faire la fête et slamer sans arrêt. Du très grand Fishbone ce soir.

Clubbing avant le coucher, avec d’une part le très bon set de Hot X, et d’autre part les soirées moins bondées du Ciné trip, genre de boîte hexagonale à ciel ouvert, où l’on projette des images sur tous les murs, et celle du Magic Mirror, endroit dit gay et lesbien, mais où tous se retrouvent pour faire la fête.

Le théâtre de rue était une fois de plus à l’honneur sur le Sziget avec ce défilé de la mer sur tous les sentiers du festival, les gens évitant parfois de peu une attaque de requin squale !

Demain, déjà le dernier jour, on se dit qu’il est rageant d’avoir manqué tant et tant de spectacles. A l’affiche de ce baissé de rideau : Khaled, The Hives, Good Charlotte, Buena Vista Social Club ou encore la compagnie des Tricicle’s Clownic, un spectacle de cirque espagnol qui promet.

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