Diary of the Dead

Des étudiants en cinéma tournent, dans une forêt, un film d’horreur à petit budget, lorsque la nouvelle tombe au journal télévisé : partout dans le pays, on signale des morts revenant à la vie. Témoins de massacres, de destructions et du chaos ambiant, ils choisissent alors de braquer leurs caméras sur les zombies et les horreurs bien réelles auxquels ils sont confrontés afin de laisser un témoignage de cette nuit où tout a changé. (Fiche Allociné)
Ou le pire du meilleur de Romero. Et vice-versa d’ailleurs. Commençons par le pire. Personne n’arrivera à croire une seule seconde le parti pris de la caméra embarquée très à la mode - Rec, Cloverfield - à cause de plans “trop pensés” professionnels. Ainsi si certains passages donnent l’illusion que cette dernière est vraiment transportée par les pauvres étudiants, d’autres au contraire, et au vu de la situation à laquelle ces derniers sont confrontés, sont bien léchés. On est très loin du truc à l’arrache, et c’est fort dommage. Toujours dans la série “mais tu ne nous prends pour des lapins de 6 semaines”, Mr Romero, pour tenter de rattraper l’erreur visuelle, aurait du éviter d’étalonner un son pris à la perche - ainsi les voix, quelles que soient les distances par rapport à la caméra, sont toutes du même niveau, ce qui forcément ne renforce pas ce “film improvisé”. Ensuite, mais cela n’est qu’un détail - après tout, les zombies n’existent pas … enfin, ils n’existent pas hein ? - Diary of the Dead est un joli patchwork d’incohérences, mais ça fait partie du charme. Enfin, la voix off, bien que déblatérant des phrases souvent juste dans les propos, prend un peu trop le spectateur par la main quant à la réflexion que véhicule le film (mais est-ce un défaut, finalement, vu l’abrutissement généralisé ?) … Le paragraphe est clos, et l’on s’aperçoit que c’est surtout des détails pointilleux qui passera inaperçu pour plus de 75% du public visé …

Côté éloges, Romero revient au meilleur de sa forme ; il arrive à faire oublier le pitoyable Land of the Dead, et se hisse au niveau des premiers opus, au même rang que Zombies, le deuxième volet de cette interminable saga aussi jouissive que répétitive. Si jadis, la société de consommation était la principale cible, c’est ici la critique de la surmédiatisation des événements, cette envie “irrémédiable” de proposer sa version des faits, jusqu’à se demander quel est le but final d’une telle frénésie de la course à l’info, souvent malsaine et omniprésente qui est pointée du doigt :
Extrait (le film est un véritable pamphlet contre cette génération youtube avide de voyeurisme, en quête de clics)
Les médias traditionnels avaient disparu avec leur pouvoir et leur argent.
Il ne restait plus que nous.
Des blogueurs, des hackers, des mômes
Plus il y a de voix, plus il y a de versions.
La vérité devient d’autant plus difficile à trouver.
En fin de compte, tout ça n’est que du bruit

Une fois de plus, et il s’agit là de l’un des rares talents du cinéaste, les zombies finissent par envahir et détruire toute trace d’humanité, et laissent transparaître la part de monstruosité qui sommeille chez les survivants, allant jusqu’à l’amoralité la plus totale - les dernières secondes sont éloquentes. On pourrait noter une multitude de détails franchement bien vus - reportage au péril de sa vie bien monté vs vidéo finale à l’arrache, plans très “Resident Evil le jeu vidéo qui font tressauter sur place comme il n’est pas permis d’imaginer (notez que je suis une chochotte), l’ambiance musicale digne des meilleurs rejetons des années 80 (genre Demons, Evil Dead) … mais cela n’aurait guère d’intérêt : Diary of the Dead marque un retour en force de Romero, qui a toutefois réalisé des erreurs de débutant (le discours l’emportant parfois trop sur la force des images). A voir.
A voir également, ce petit court-métrage sans prétention, DV134 qui a gagné le droit, via un concours organisé par Romero, de figurer dans les futurs bonus du DVD