Le Rock Dans Tous Ses Etats 2008

25 ans pour un festival c’est un âge respectable voire canonique. Le HibOO avait aimé l’édition 2007 et c’est avec plaisir que nous retrouvons Evreux pour fêter la nouvelle mouture de ce vénérable événement : oui oui, on parle du Rock Dans Tous Ses Etats.
- Date : 27 et 28.06.08
- Photographe : Alain G
- Web : www.lerock.org
Vendredi 27 juin

Devant les portes du festival une expo photo, des grands formats de qualité, retraçant les moments forts de ces 25 années écoulées et nous mettent l’eau à la bouche. Les dieux de la musique sont avec nous puisque le temps est au beau fixe ; seuls quelques nuages colorent le ciel pour mieux faire apprécier ce cadre bucolique de l’hippodrome d’Evreux. Les sourires du public annoncent l’ambiance pour ces deux jours, de la musique, de la bonne humeur et du plaisir. Je profite de l’avance que j’ai pour me chercher des jetons, un verre consigné (ça évite d’avoir un lit de verres en plastique sous les pieds à la fin du festival, mais c’est un poil chiant de se trimballer ce dernier toute la journée), un Coca bien frais, qui n’en est finalement pas et qui est remplacé par un ersatz et enfin un bon sandwich au pâté de canard et au poivre vert, excellent - quoiqu’un peu trop salé.
» Alister : La journée commence doucement sous le soleil, Alister ouvre le bal. Pour situer le monsieur, il a composé pour Adrienne Pauly, qu’on adore au HibOO, cela dit son style est bien personnel et ne se compare pas à celui de cette dernière. Difficile d’apprécier à sa juste valeur sa musique et d’enter dans son univers en si peu de temps, dans cette ambiance de début de festival au public clairsemé. » The Elektrocution : Groupe local de l’étape (Rouen plus exactement) le quintet ne ménage pas son énergie, le public ne réagit que très mollement ce qui contraste avec la présence sur scène de la formation et leur son d’un excellent niveau. »James Deano : d’après ses dires, ce dernier fait du rap “classe moyenne”, milieu dont il est issu, son papa est même … flic ! Son style est assez classique et sage alors qu’à quelques mètres de la scène l’on pourra entendre, sur la scène de “En direct de…” (France 4), le son brut et engagé de Sefyu qui a ma préférence. Je file donc vers la papa mobile pour voir Melt-Banana (remarquez la correlation) » Melt-Banana : Les musiciens Japonais, à l’instar de Melt-Banana, ont un coté exotique voire excentrique qui ne laisse jamais indifférent. La chanteuse est habillée avec une chose qui ressemble à une camisole de force, le guitariste porte un masque à la Michael Jackson. Coté musique c’est bruyant, les puristes le qualifie de “noise rock”, avec des guitares ultra saturées et bruitages électriques, de quoi réveiller les plus léthargiques en ce milieu d’après midi. » Battles: Le rythme des concerts s’accélère et il faut traverser l’espace de l’hippodrome pour se rendre sur la scène B. Le son des New Yorkais Battles est quelque peu original : dissonances, variations de rythme, passages rock-progressif, basse saturée, sonorités électroniques rentre dedans et répétitives … Ah oui, ils sont sur Warp Records (que j’affectionne particulièrement), label producteur de précurseurs dans des styles divers et variés, autrefois purement électronique et plus ouvert aujourd’hui. Visuellement, c’est le batteur qui attire les regards, par sa position devant la scène, sa cymbale crash à 2m50 de haut dont on se demande s’il va pouvoir la frapper et enfin son énergie à martyriser violemment son instrument. Les autres membres sont plus discrets mais le set n’en n’est pas moins excellent ! » Curry and Coco : Sous ce nom de recette de cuisine exotique (encore) se cache un duo français assez atypique, clavier-batterie-chant, look de sportifs sortis des années 80, chantant en anglais. Le côté minimaliste est plaisant et les mélodies super entrainantes sont du meilleur niveau. Le chanteur se déchire la voix et l’ambiance dans le public est cette fois bien lancée avec les premiers slammeurs. » 65 Days of Static : je ne suis pas resté pour entendre les 65 Days of Static mais ils avaient l’air d’envoyer du gros son. Si vous les avez vus, n’hésitez pas à laisser vos impressions en commentaire … » Moriarty Le public se retrouve en nombre devant la scène pour écouter ce groupe aux sonorités d’un autre temps. C’est la troisième ou quatrième fois que je vois Moriarty en concert et je ne m’en lasse pas, au contraire … Aujourd’hui, il se dégage de ce groupe une aura extraordinaire, je n’ai ressenti cela que pour quelques groupes durant ce festival. Il y a du mystère dans leur musique et dans leur présence sur scène. On a le sentiment de passer un moment spécial et unique, génial. » Amadou & Mariam : Amadou & Mariam sont sur scène à une heure où le soleil est encore haut dans le ciel. Sourires, tenues bleues, lunettes de soleil et musique, tout brille avec ce duo, on ne peut pas ne pas danser avec cette énergie, ces rythmes canons et leur bonne humeur. A mon avis un des meilleurs concerts du festival pour le coté festif. Je passe Tahiti 80, oui les choix sont parfois cruels, pour me laisser le temps de chercher un sandwich saucisses / frites bien copieux et faire une pause méritée, tranquillement installé dans l’herbe pour profiter d’Amadou & Mariam. »Rodrigo y Gabriela n’ont pas cherché midi à 14h pour trouver un nom. Tous les deux à la guitare commencent tranquillement assis au début du concert. Leur style, flamenco, et la maitrise de leur instrument est bluffante. Le public a manifestement apprécié également si on se fie aux sourires généreux sur les visages. Il est d’ailleurs assez surprenant de voir autant de monde … » My Brightest Diamond : La papa mobile, la plus petite des 3 scènes, accueille des artistes dont la notoriété n’est pas au firmament mais dont la qualité est parfois inversement proportionnelle à la taille de la dite scène. C’est le cas avec My Brightest Diamond ; aujourd’hui de Shara Worden, à l’instar de se prestation récente au Point Ephémère, joue seule. Elle en rit elle-même lorsque, après l’intro de l’excellent “Golden Star”, elle s’interrompt pour s’adresser au public : “Vous aimez mon batteur ? Ils est excellent, n’est-ce pas ?”. En effet, en formation complète, My Brightest Diamond atteint le sublime et je me disais que sans les autres membres le résultat serait forcémeent moins puissant. Que nenni, Shara est par essence même magique, elle peut faire passer sa musique tout en délicatesse (lorsqu’elle joue du piano à pouce) ET délivrer une force incroyable, accompagnée par sa guitare qui parait énorme devant sa maitresse. On oublie qu’elle est seule et on oublie le reste du monde devant son génie. Son concert figurera dans le top 5 du festival. »John Butler trio : ce groupe australien cartonne surtout en … Australie mais manifestement, ils ont un nombre de fans assez conséquent en France. Un des moments forts de ce week-end pour l’ambiance survoltée. Je n’ai en revanche pas spécialement accroché, la faute incombant au peu de temps que j’ai accordé à l’écoute. » Birdy Nam Nam : Les quatre membres de Birdy Nam Nam sont perchés haut et loin au fond de la scène. Le visuel se passe dans les lumières, finalement secondaire pour un DJ Set. Les DJs vraiment intéressants à voir travailler sont extrêmement rares (je pense à Jeff Mills mixant à 3 platines). Reste le son, et là, les Birdy ont réussi haut la main leur set. L’ambiance est chauffée à blanc, le nuage de poussière s’élevant haut dans le ciel par les pas de danse en témoigne. Leur style n’est pas forcément hyper pointu mais terriblement efficace. Je décide d’en rester là pour cette première journée et garder des forces pour le lendemain (oui un festival, ce n’est pas un marathon, et le but n’est pas de tout shooter, mais d’apprécier un minimum le principal : la musique, les gens, les rencontres)
Samedi 28 juin

» La Maison Tellier, que l’on peut même dénommer la famille Tellier, ouvre cette deuxième journée, plus chaude et ensoleillée que la veille. Leur folk tranquille réveille doucement les festivaliers et en particulier les campeurs qui ont passé une courte nuit, ces derniers étant situés juste à coté de l’espace du festival. A cette heure le public est encore clairsemé et amorphe, à l’image de la prestation. Ok, c’est folk et c’est leur style mais je ne trouve rien qui m’accroche à leur musique … » Wendy Mc Neill entre sur scène souriante, accompagnée d’un gaillard à barbe et contrebasse ainsi que d’une batteuse/clavier (qui en revanche ne sourit pas…). L’ambiance cabaret en plein soleil ne les met pas particulièrement en valeur. La chanteuse a une très belle voix suave, et un charme certain qui fait fleurir des sourires dans le public. J’ai peu de temps pour rejoindre la grande scène et je ne profiterai pas vraiment mais ce que j’ai entendu a été agréable. » Chrome Hoof Les Chrome Hoof sont maquillés, portent des “impers” à cagoule argentés. La chanteuse ne chante pas avant de longues minutes et prend des poses étranges. Si visuellement le tout s’avère surprenant, l’overdose est palpable au bout de 5 minutes, faute d’un univers musical décevant. Ces derniers annoncent sur leur MySpace avoir un style “Progressive / Death Metal / Electrique” ; moué, je dirais influences Goth-kitch sauce raté. Impossible d’entrer dans leur musique, je passe le plus vite possible à la suite … » Blood Red Shoes Le contraste est saisissant avec Chrome Hoof : les Blood Red Shoes ont tout pour séduire, à commencer par la chanteuse au physique hors norme ; ensuite, le batteur-chanteur Steven Ansell, le deuxième larron de ce duo pas comme les autres, exceptionnel dans son rôle de “super chanteur super frappeur”. Laura-Mary Carter entre sur scène avec un petit appareil pour faire une photo souvenir de la foule. Les fans devant la fosse se font entendre et arbore fièrement des BRS et Blood Red Shoes inscrits sur leurs mains. On observe un moment cette naïade anglaise, cette chanteuse au regard éclatant avant d’écouter la musique … et c’est le deuxième effet kiss cool, ils sont également excellents ! Un rock-punk parfait, calibré à la perfection, d’un très haut niveau technique (réussir à faire oublier l’absence d’une basse est un véritable défi). Bref, Une bonne découverte pour ceux qui ne connaitraient pas (ce qui relève dans ce cas de l’ordre du blasphème) … » HushPuppies Retour à la scène A pour un groupe français, les HushPuppies et leur pop énergique. Le frontman avec son énergie de pile nucléaire attire les regards et tient en haleine le public. Les mélodies sont accrocheuses, les ambiances sont top niveau, rien à dire, ils assurent musicalement et savent communiquer avec le public, encore ! » Dälek Dans le hip-hop, je classe les groupes en deux catégories : ceux dont la musique reproduit les mêmes clichés, sans profondeur et sans originalité où seule la voix est digne d’intérêt. L’autre catégorie, dont Dälek et son comparse aux machines, font parti, sont de véritables musiciens. Leur son est d’une richesse comparable à un Tricky, GangStarr ou KRS-One, la barre est donc haute. Leurs ambiances sombres sont simplement mortelles. Sur scène ce n’est pas super spectaculaire, mais cela est rarement le cas dans cette configuration à deux. A écouter absolument. » Yeasayer sont de Brooklyn et quatre dans une configuration chant-clavier, guitare, basse, batterie. La voix est agréable, leur son, difficilement classable, emprunte aux 70’s avec des passages progressifs, des percus légères et samples aériens : le tout fonctionne bien. Un groupe à écouter tranquillement allongé dans l’herbe en fermant les yeux car visuellement il n’y a pas grand chose à voir (le bassiste avec sa petite moustache et cheveux longs semblant tout droit sortir d’une teuf hippie…) » Camille : Avec son côté déjanté, sa gestuelle épileptique, ses beatboxers et bruitistes à eau, Camille fait partie des artistes les plus inventifs de ces dernières années chez les musiciens français - même si avec son dernier album, elle a préféré troquer la langue de Molière pour celle de Shakespeare. Sous le soleil de la fin de journée, son poncho orange et sa présence scénique, au bout du compte un peu pénible, attirent les yeux des spectateurs nombreux à cette heure mais l’ambiance sera loin d’être la plus chaude que l’on aura vu sur la grande scène. Manifestement le public ne connait pas son répertoire par coeur car lorsqu’elle tente de faire reprendre ses paroles, personne ne suit (dans le jargon, on appelle ça un flop). Pour ma part, je m’attendais à mieux - ou à autre chose, peut-être, mais son quatrième morceau aura raison de ma patience, limitée je l’accorde … » Girls in Hawaii : Décidément la Belgique recèle d’excellents groupes rock, de Sharko à Hollywood Porn Stars en passant par Ghinzu … Je dirais la même chose que Rod à propos des Girls in Hawaii, ce ne sont pas des bêtes de scène mais musicalement c’est une belle claque et la mise en scène rattrape leur calme relatif. La richesse de leurs compos me fait rester jusqu’au groupe suivant, écoutant tranquillement leur prestation allongé dans l’herbe. » The Do : En tant que bon fan de The Do qui se respecte, j’attendais avec plaisir et impatience le duo de choc et de charme … accompagné d’un nouveau batteur, répondant au doux patronyme de José. L’un des points forts du groupe est cette capacité pour la moins singulière de se renouveller sans cesse en live avec de nouveaux arrangements. C’était “ma” révélation de fin 2007 et leur progression est impressionnante. Encore une excellente prestation du duo + 1. » Foals : je ne connaissais pas les Foals (oui, vous pouvez me lapider) et pour résumer, ce fut une bonne grosse surprise de voir ce groupe sur scène. Le set commença bizarrement avec le chanteur lançant sa guitare violemment (quelle mouche l’a piqué, le Divin seul le sait). Cet interlude extraterrestre passé, il ne faudra que très peu de temps pour rentrer dans l’ambiance de ces six anglais. Leur musique est limpide et inspirée, on sent un paquet d’influences ingurgitées et renouvelées, comme les anglais savent si bien le faire. Leur énergie et leurs titres accrocheurs font le reste et on ne peut rester indifférent face à leur excellente prestation. Un groupe à écouter et voir sans modération, assurément un des meilleurs moments de ce Rock 2008. » Gossip : Le public, bien chaud, accueille Gossip en scandant “Brace, la moustache, la moustache, la moustache…”. Gossip c’est du lourd, surtout Beth, la chanteuse au physique plus que généreux : impressionnant ! Et, ce n’est pas tout, elle arrache de ses dents le scotch qui entoure le fil de son micro, crache au milieu de la scène et court de droite à gauche sur la longueur de la scène et ce du début jusqu’à la fin du set. Elle détient la palme du concert le plus difficile à photographier à défaut du meilleur musicalement. » I'm From Barcelona : c’est le groupe surprise de cette 25° édition, celui “qui fait wizzz”, ils sont nombreux et sont prêts pour faire la fête. Un indice : ils étaient déjà à Evreux l’année dernière et avaient déjà foutu le bordel (pas d’autres mots). 29 sur scène (disent-ils mais je n’ai pas compté) et l’on peut considérer qu’ils sont LE groupe pour faire la fête ; ils m’avaient complètement bluffé ici même, avec cette énergie et cette ambiance de fou qu’ils avaient créee par je ne sais quelle magie. Juin 2008 : Début du set, le chanteur présente fièrement son nouveau jouet, un bateau gonflable … qui lui servira pour surfer sur le public océan. Les confettis et 250 ballons sont lancés sous les cris hystériques. L’excitation est palpable, je m’arrête de faire des photos pour profiter aussi de la fête et lancer des ballons. J’ai eu la nette impression que le temps s’est arrêté. Difficile d’imaginer l’ambiance de leur live en écoutant simplement leurs titres mais si vous avez l’occasion de les voir sur scène, n’hésitez pas une seconde, effet “wizzz” garanti ! Le meilleur moment du festival ?
Il est près de deux heures du matin, épuisé et heureux, je profite des derniers instants de I’m From Barcelona en consommant mes derniers jetons avec des boissons et des crêpes froides (merci aux sympathiques rugbymen qui n’aiment pas les crêpes et surtout à leurs femmes qui voulaient, elles, me les réchauffer :)). Au final cette édition anniversaire restera un excellent souvenir avec des confirmations et quelques surprises stupéfiantes. Merci à Nadine Simoni de m’avoir délivré le sacro saint pass photo, au service presse pour son accueil, à tous les festivaliers sympas que j’ai rencontrés et/ou photographiés, aux gentilles vendeuses de jetons et de cigarettes, aux serveurs et serveuses, à la vendeuse de bonbons pour ses sourires et ses conseils de photo ! Déjà … vivement la 26ème édition !
travail de titan !!
De Titan, oui, mais quel pied à faire ! :)
bravo !! du super taff pour un super festival dont je suis miantenant depuis 6 ans fidele spectateur.
un ptit mot aus sujet de chrome hoof que j’ai vraiment apprecie : enfin un groupe qui n’obeit a aucun dogme, aucun classement , aucune etiquette et qui a une grosse , tres grosse personnalite ; ce qui est tres rare de nos jours, alors bravo aussi au organisateur du festival d’avoir pris un risque car le RDTSE c’est aussi ca !!!
Intéressant.
Entièrement d’accord sur The Do et Moriarty. Aussi avec les photos ça donne envie de revoir les HushPuppies. Mais après avoir toujours entendu que des critiques dythirambiques à leur sujet je note qu’il faut aller voir I’m from Barcelona un jour. Ca a d’ailleurs fait l’objet d’une super belle photo - celle de présentation du report.