Gloria de Vivaldi par l’Ensemble du Palais Royal à la Cathedrale de Rouen

Mon dieu ! (et c’est le cas de le dire). Un véritable triomphe. La cathédrale a accueilli plus de 800 personnes venues entendre l’une des plus belles oeuvres de Vivaldi, le Gloria, brillamment et originalement interprété par l’Ensemble du Palais Royal. Avec une intro de Purcell (Hear my prayer, O Lord), suivi du sublime Dixit Dominus de Scarlatti, pour finir avec le Gloria, Rouen a sonné très baroque !
Le concert est prévu à 19h30. Néanmoins, une heure auparavant, les plus avertis savent qu’il ne faut pas s’y prendre au dernier moment pour trouver une place. Déjà une centaine de personnes sont assises, installées. Certaines se rejouissent en lisant le programme vendu par l’Ensemble du Palais Royal de la programmation en 2006 du Requiem de Mozart, oeuvre très plebiscitée, nonobstant le fait que seule la moitié ait écrite par le compositeur classique …
Il est 19h20 … et de nombreux invités se retrouvent piégés avec le jeu de la chaise musicale : plus de places ! La théorie du premier arrivé / premier servi dans les concerts de musique sacrée est toujours d’actualité. Suite à ces problèmes de placement, le concert démarre donc avec un petit quart d’heure de retard, mais qu’importe.
Première surprise, le choeur entre et interprète une oeuvre de Purcell, tirée de “Hear my Prayer, My Lord”. Purcell, génie du baroque, contemporain de Bach, avait cette originalité de ne pas se baser sur des textes latins, mais sur l’anglais. Mélodie a capella de toute beauté, le choeur surprend : d’une part, la fougue qui émane des visages des choristes, et d’autre part, la moyenne d’âge qui ne doit pas excéder la trentaine !!! Une lueur d’espoir pour répondre à tous ces détracteurs qui pensent que seuls les “vieux” aiment cette musique …
Le chef d’orchestre (Jean-Philippe Sarcos), les solistes les musiciens entrent sur scène, et 2ème (agréable) surprise : une formation réduite. En effet, la musique baroque n’était pas, à l’instar de la musique classique, gourmande en effet : on ne retrouve pas le côté très symphonique de Mozart. Le son s’en ressentira, avec une précision extraordinaire des partitions. Les solistes ont un charisme fou, et durant l’oeuvre de Scarlatti, le basse impressionnera par sa voix de loin la plus puissante du quator.
La dernière note de l’oeuvre de Scarlatti est ovationnée : plus de 1600 mains frappent à l’unission pour clamer la qualité de l’interprétation. Après une très courte pause, l’ensemble commence à jouer le Gloria de Vivaldi.
Oeuvre riche, puissante, émouvante et variée, le Gloria est certainement l’une des plus belles compositions du maître, bien loin devant le célèbre air du printemps des 4 saisons. Les solistes féminines réalisent un sans faute, chacune avec leur “Domine Deus”. La jolie soprano excelle dans la subtilité, la charmante alto fait frissonner avec sa voix suave et puissante. On notera que certaines libertés (instrumentales et vocales) ont été prises. Certes légères. Le chef d’orchestre est captivant, il vit l’oeuvre à fond, et n’est pas sans rappeler Sallaberger au niveau fougue passionnelle. Un délice, visuel et auditif.
A la dernière note du “Cum Sancto Spiritu”, le public laisse déborder sa joie et ne cesse d’ovationner pendant plus de 5mn. Un public chaleureux, venu nombreux, pas si âgé qu’on aurait pu l’imaginer. Charlotte, l’une des choristes, avoue être surprise par l’accueil du public, et qu’elle a hâte de revenir l’an prochain. Remarquez, vu le spectacle proposé, nous aussi.