Le HibOO

Paleo Festival 2008 : 4/6 (Mygales, Inside ze Ruche, Keny Arkana et Je danse le MIA)

Nyon, Suisse : Photos, Concerts, Festivals : Paleo Festival 2008 - 23 juillet 2008 (Photo : Keny Arkana)

Il fait trop chaud, pour travailler … Pulco Pulco, Pulco Citrooooooon. Dire qu’on atteint la canicule aujourd’hui chaud relève de l’euphémisme. Je résumerais ce 26 juillet en 2 mots : Keny + Arkana

Inutile de chercher dans cet article des coups de gueule, ce fut une journée presque parfaite (et le presque est si épisodique que je ne vois pas vraiment l’intérêt d’en écrire la moindre ligne). “Viens chercher bonheur” dans ce billet, il y en a tout plein. Il fait beau, il fait Paléo (l’accroche de génie, mon dieu). Et question existentielle : pourquoi la nature a engendré les mygales ?!

Constance Verluca (web)

La journée débute donc avec Constance Verluca. Cette “Adrienne Pauly en blonde”, en peut-être plus désinvolte et plus barré - difficile à croire, n’est-ce pas - aura du mal à convaincre son auditoire. Cette dernière ne semble pas encore avoir de line-up définitif, et la prestation offerte était quelque peu moins rock n’ roll que lors des Primeurs de Massy. Toutefois, le public peu réceptif adhérera avec le fabuleux titre “vive le chocolat, l’héroïne et la vodka”, petite comptine de pimbêche délabrée écrite à la truelle. Malheureusement, tout retombe aussitot le titre phare terminé. N’allez pas croire que Constance Verluca n’a aucun atout pour elle. Juste que, à l’instar de Brisa Roché, la forte dominante hip-hop a attiré un public pas forcément en adéquation. Dieu qu’elle est belle, cette Constance.

Daniel Darc (web)

Daniel Darc, c’est un peu le Gainsbarre des temps modernes, période finale. Fortement imbibé, le personnage déjà naturellement cabotin a bien du mal à tenir debout. Il ne sait pas vraiment où il est et ce qu’il fait. Mais qu’importe, Daniel Darc est un personnage, hautement magnétique. Et puis il ne faut pas se voiler la face, il sait écrire des putains de belles chansons. Reste que la prestation ne fait pas forcément honneur à la qualité des compositions. (NB : content d’avoir revu Alice Beauté)

Grand Corps Malade

La température continue à grimper, et le public est chaud bouillant pour accueillir ce qui peut être visiblement considéré comme l’un des chouchoux des organisateurs. Se produisant l’année précédente au Chapiteau, Grand Corps Malade gagne du galon et s’empare cette fois-ci de la Grande Scène. Sauf que voilà, mon allergie à son “flow” très spécial - chiant ? - me fait fuir dès les premières phrases balancées. Je ne voyais pas non plus, d’un point de vue photographique, l’intêret d’aller prendre une place inutilement sur la Grande Scène : l’artiste est malgré lui ultra stoïque. Je vaque aussi loin que possible, en terminant néanmoins sur une touche positive : les arrangements de ses compositions sont de plus en plus raffinées, voire parfois, agréables.

Dorian Gray

Répulsion Grand Corps Malade oblige, direction le Détour, la scène des oubliés, la scène des exclus, la scène des jamais photographiés - sauf pour Cocoon, où le crash barrière risque d’être quelque peu réduit, pour entendre l’univers gothico-mélancolico-spleeno-mélodique de Dorian Gray, au physique molkoïen. Le jeune androgyne aux yeux quasi-transparents et visiblement imberbe, seul, jouera uniquement au piano ses compositions - sur MySpace, l’ensemble est davantage electro / new wave, autant le dire, le changement est radical - et si ces dernières semblent un peu répétives, ses mélodies sont assez sympathiques à écouter. Et c’est un peu le problème de la scène Détour : les artistes, sur le plan visuel, sont peu ou prou mis en valeur.

Thomas Dutronc

Le fils de qui vous savez a vraiment le truc pour se mettre le public dans la poche : ses beaux yeux globuleux captivent les premiers rangs - à forte majorité féminine - pendant que ses doigts impressionnent de par leur dextérité lorsque ces derniers semblent être sous l’emprise du fantôme de Django Reinhardt. Il s’agissait pour moi d’une première, et inutile de le cacher : j’ai tout simplement adoré. J’ajouterais que cataloguer son répertoire dans la catégorie “jazz manouche” est quelque peu erronée. Certes, les influences sont palpables, tant sur le plan scénique que dans les rythmiques catchy qui donnent immédiatement de bouger son corps, mais certains titres échappent totalement à l’homogénéité du set, qui aurait pu paraître bien répétitif sans ces petites perles dispersées ci et là. Je vous vois venir, avec de gros yeux, avec cette question qui vous hante : “mais quelles sont ces chansons si spéciales ?” Je n’en sais absolument rien, je n’ai jamais écouté son CD, donc de là à connaître les titres … néanmoins, nul besoin d’avoir une connaissance pointue dans le domaine : soit un artiste vous captive, soit il vous ennuie. Point.

Greis

Parallèlement, non loin du Chapiteau, se produisait au Club Tent Greis. Encore un artiste inconnu au bataillon ; pourtant il est indéniable que le hip-hop envoyé au public a fait mouche. Textes d’un écorché vif, rappelant quelque part - d’assez loin toutefois - Roce, beats catchy, guests qui transforment littéralement le concert en véritable show. La séduction est immédiate. Si je n’avais pas assisté au meilleur concert du festival - soyons fou, je parle bien évidemment de la sulfureuse et déchainée Keny Arkana, Greis aurait pu être considéré comme l’un des meilleurs concerts de la journée. Un très bon artiste à découvrir.

IAM

IAM. Toute une époque, toute une génération. Et à cette époque incroyablement fertile sur le plan musical, le hip-hop n’était pas ma tasse de thé. D’un côté, l’on écoutait IAM, NTM, et pour les plus pointus, Body Count (premier groupe de rap métal starring Ice T), et de l’autre, Metallica, Rage Against The Machine, Nirvana. A cette époque, la jeunesse dont je faisais partie n’était pas aussi cosmopolite et aussi ouverte qu’aujourd’hui. Alex - la personne qui m’accompagne, et qui justifie l’emploi du “nous” parfois, pourrait vous en écrire des pages, puisqu’elle a dégusté ce groupe durant sa folle adolescence. Pour ma part, mon passif culturel avec ce groupe se limite à la dance du MIA (qui sera interprétée durant le concert, et qui me renverra pratiquement 15 ans en arrière). Je n’ai pas du tout accroché, les nouveaux titres ne rivalisant en aucun cas, tant au niveau arrangements que dans l’écriture des textes, avec les tubes passés. Reste en revanche une prestation scénique dynamique, musclée, calibrée à la perfection, où les 5 sbires font tourner la tête et hurler les gorges des fans. Une fois encore, une fois que l’on a vu Keny Arkana en live, tout semble finalement assez poussiéreux.

Monofocus

Puisque le show des IAM s’étale sur 1h30, et que le Paleo propose des alternatives, on en profite pour regarder et apprécier ce qui nous avait jusqu’alors échappé. J’ai un secret à vous confier : je suis le plus grand arachnophobe de la planète. Même une petite araignée minuscule me fascine de terreur. Figurez-vous qu’au Paléo, un village du monde permet de voir - et pour les plus fous (car oui je ne vois aucun courage dans cet acte !) - et de toucher des arachnides aussi grosses que ma main - j’ai des mains de fille, mais quand même. Et croyez-moi, déjà voir une mygale à la télévision sur Arte me procure des frissons horribles. Ici, j’ai frôlé la syncope : ces monstres d’un autre âge, bien qu’enfermés dans des terrariums, sont impressionnants. Toujours dans le cadre de ce dit village, il est possible de “manger” des grillons et des vers. Inutile de préciser que cela fait un carton plein. De toute façon, il va falloir s’y mettre, la famine mondiale est pour demain. Une p’tite fourmi madame s’il vous plaît ?

Bref, le titre de ce paragraphe étant Monofocus, revenons à nos moutons. L’une des nouvelles scènes créées pour l’édition 2008 répond au doux patronyme de La Ruche. Cette dernière est un véritable boogie balagan : on y trouve des prestations diverses et variées - concerts, théâtre, cirque, arts de rue - des expérimentations graphiques … et durant le set d’IAM, une poignée de chanceux dansaient presque en transe sur les rythmiques médusantes de Monofocus. Un trio constitué de véritables gueules, envoyant des sons bidouillés, et distillant une musique à la fois festive mais très recherchée. L’ambiance est au rendez-vous, et l’on oublie finalement qu’à quelques mètres de là, plus de 30 000 personnes s’explosent leur larynx : la Ruche, un très bon plan, un festival dans le festival …

Keny Arkana

Je ne compte plus le nombre de fois où j’aurais dû voir cette artiste : la première fois, j’avais donné mon pass photo à Seb au Nouveau Casino ; récemment, à cause d’une opération escargot sur la route de Belfort, je n’ai pu assister au concert des Eurockéennes. Il était temps. Et ce que j’ai ressenti valait bien toute cette attente : Keny Arkana n’est pas une tueuse. Elle est LA tueuse. La Buffy du hip-hop, qui pulvérisé tous ses congénères - IAM à côté passe pour du Claude François. Une colère dévastatrice, un flow exceptionnel - je ne sais pas combien elle arrive à caser de mots sensés, puissants et cohérents à la minute, mais c’est orgasmique à écouter, un beat foudroyant, des polyphonies à couper le souffle - il faut la suivre ! - et alors le public … mais quel public ! Aussi hargneux et fougueux que l’artiste. L’équation est simple : artiste incroyable + public démentiel = putain de concert de malade. N’ayant assisté ni au show de Massive, ni à celui de Yelle, et ni à celui de Missil, il pourrait paraître déplacé d’affirmer que le concert de Keny Arkana fut LE concert de ce 26 juillet. Mais soyons fou. Soyons déplacé. Par ailleurs, ce show extatique entre direct dans le top5 des meilleurs concerts depuis le début du festival.

Alexandre Kinn

Fin de soirée pour le HibOO avec l’univers assez particulier d’Alexandre Kinn. Pendant que les mots tranchants de Keny Arkana cisaillent encore mes neurones, et que ses beats font encore vibrer mes tripes, il est difficile durant les premières minutes de redescendre pour écouter les titres assez lyriques de l’artiste. On retrouve parfois dans lignes vocales un peu de Sinclair (compliment ? insulte ? à choisir en fonction de sa conscience), mais c’est surtout musicalement que le bonhomme séduit. Une sorte de lac calme après la tempête. Il est presque minuit, le ciel presque noir laisse entrevoir la possibilité d’une tempête proche, les nuages sont aussi menaçants que beaux. Mais non. Il est temps de quitter les lieux (visiblement, d’après les échos, manquer Massive Attack n’aura pas été une perte)

Et le Paleo, bordel ?

Le public suisse est un public généreux. Un public ouvert et réceptif. Les rencontres s’enchaînent, les discussions itou, et il est toujours intéressant de voir comment 2 personnes issues de deux pays différents percoivent différemment un événement comme le Paléo. Néanmoins, l’unisson est de mises quant à l’évocation de la qualité de la programmation, de l’ambiance unique inretrouvable ailleurs. L’an prochain, si je peux être accrédité, je sais déjà quoi faire : interviewer toutes les personnes que je rencontrerai : rien de tel que de laisser la parole à ceux qui font que ce festival est si différent des autres.

Un commentaire

  1. Merci pour cette review Rod. Dorian

    PS: L’impression des mélodies répétitives est renforcée par le fait de découvrir des chansons inconnues avec un seul instrument.

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