Le HibOO

Paleo Festival 2008 : 5/6 (We Are Worms Eaters, Pandi Panda and Pinguins, Jack Sparrow was here !)

Nyon, Suisse : Photos, Concerts, Festivals : Paleo Festival 2008 - 23 juillet 2008 (Photo : The Do)

Depuis le début du festival, le temps avait été superbe. Parfois, trop. Il fallait bien que Mother Earth change ses plans. Etienne Daho aura apporté le déluge, pendant que Vanessa Paradis, femme au destin hors du commun, verra l’ensemble de son concert dépourvu de la moindre goutte d’eau. Et puis, oui. Il était la. Il. le Grand. Le Fantasque. Le Génial. Johnny “Jack Sparrow” Depp.

Un 26 juillet placé sous l’hétéroclycité (oui, ce n’est pas tous les jours qu’on le cale, celui-là) : Etienne Daho, The Do, Alain Bashung, Cocoon, K, Vanessa Paradis, Ours … et tout démarre sur un coup de folie. Avec Benjamin, l’on décide de sortir grandi de ce festival, en tentant une chose inédite : manger des insectes. Cuits. Mais des insectes quand même. Après une dégustation de glace Miko succulente et fondante, direction le Village du Monde, où se situe le stand où il est possible de manger des grillons, des vers, et aussi “admirer” des mygales et autres serpents invisibles. Le responsable de ce “restaurant” quelque peu spécial est surpris par le succès ; ainsi, il a dû durant le festival se réapprovisionner en grillons par deux fois en Allemagne. Idem pour les vers. On pourra reprocher le prix assez élevé de la petite barquette contenant tout au plus une soixantaine de vers (8 francs suisses), mais les expériences inédites n’ont pas de prix. Le plus difficile pour ingérer ces petites bestioles qui grouillaient encore quelques secondes avant d’être envoyées dans l’huile bouillante est de se défaire de toute barrière psychologique et culturelle - dans beaucoup de pays dans le monde, là où la surconsommation n’existe pas, et où le choix est plus que limité, manger des insectes est monnaie courante. Et l’expérience est pour le moins surprenante : friture oblige, c’est croustillant, presque sans goût. En fait, ces petits vers ressemblent étrangement au niveau sensation à des Curly : ça croustille, ça n’a pas vraiment de goût.

Au loin, la scène Arte Live se prépare et cale un duo que l’on connait bien au HibOO, puisqu’il s’agit de Mark et Mo’ de Cocoon. Cocoon, sans doute le groupe le plus sympa et le plus dispo pour notre laboratoire : c’est ainsi que Mark, après quelque réticence, n’hésita pas très longtemps à tester. Ainsi que quelques cameramen d’Arte. Ces divagations se perdurent dans le temps, au point de manquer le premier groupe, Alenko. Au loin - et finalement pas tant que ça - les nuages apocalyptiques s’immiscent dans le bleu uniforme que l’on avait connu jusqu’alors. Pleuvra, pleuvra pas ? Parler de pluie lorsque la notion de goutte d’eau n’existe plus est mal approprié. A partir de 21h, et jusqu’à minuit (pour reprendre ensuite à 2h), le Paleo a connu une tempête diluvienne magnifique, où les éclairs zeussiens déchiraient le ciel torturé. Un spectacle magnifique en soi, mais qui d’un point de vue festivalier, est davantage un inconvénient.

Il est 17h, et dans quelques minutes, le Club Tent résonnera d’arpèges endiablées émanant des doigts agiles d’un certain Nicolas Fraissinet.

Nicolas Fraissinet

3 raisons pour lesquelles cet artiste se démarque : il est beau, il joue du piano façon période romantique / début de siècle (genre bande originale de films muets), et possède un univers visuel rappelant quelque part Thomas Février (le cheval en bois étant remplacé ici par de petits pingouins). 3 raisons qui font que Nicolas Fraissinet a peu ou prou de chances de marcher : subsiste à Paris une kyrielle d’artistes aussi talentueux (dont le dit Thomas Février), sa musique est très - trop - complexe pour les non mélomanes, et ses textes peuvent paraître anachroniques tant ces derniers sont ciselés à la perfection. Le défaut principal de Nicolas Fraissinet est donc d’avoir tout pour lui, se hissant malgré lui au delà de la culture de masse. Néanmoins, ce genre de musicien possède en général un petit bastion de fidèles sensibles à ces univers à la fois inventifs et techniques. Un artiste exceptionnel donc (les titres sur MySpace sont assez éloquents, Avec le vent étant un concentré représentatif de ses compositions)

Sharko

J’ai souvenir d’un concert mémorable et déchainé de Sharko lors d’un défunt festival répondant aux Nuits Belges, organisées par le tourneur A Gauche de la Lune à la Cigale. Ce fut d’ailleurs ma première rencontre avec cet excellent groupe. Depuis, c’est surtout Alain qui a décidé de suivre ce trio déjanté, emmené par le furieux et incontrôlable David Bartholomé. Pratiquement 2 années plus tard, peu de choses ont changé : l’humour omniprésent, la présence scénique toujours musclée, toujours des compos efficaces (dont l’hymne sexuel Motels, avec une chorégraphie digne d’un James Brown “blanc”). Toutefois, contrairement aux autres artistes qui semblent se surpasser dès que ces derniers foulent l’une des scènes du Paleo, Sharko fut à Paris par exemple bien plus fougueux. J’en attendais un excellent concert, il ne sera juste que bon.

K

Alors qu’en France, K. remplit une Boule Noire, c’est ici en héros national qu’il jouera devant un public très nombreux à la Grande Scène. K aurait pu avoir un destin à la Renan Luce, avec qui il a pas mal tourné dans le passé. Mais c’est le Dylan français, lors d’une finale d’un tremplin remporté, qui signa chez Barclay. Et l’on connaît la suite de l’histoire. Mais cataloguer l’artiste suisse en “bon second de la classe” serait une belle erreur, car l’univers qu’offre ce dernier possède une singularité que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Textes très jolis, mélodies arrangées avec subtilité, mais surtout, une présence scénique assez extraordaire : celui qui ressemble à un ado intemporel se transforme sur scène pour se livrer totalement et vivre avec foi ses chansons. La surprise viendra surtout du public, majoritairement connaisseur, n’hésitant pas à s’improviser choriste, et à transformer un concert en véritable pépite visuelle. Il y a peu de chances que K ne connaisse le succès en France, à cause de cette sursaturation de “nouvelle scène”, mais si vous avez l’occasion, foncez le voir en concert, et faites le connaître à votre tour, il le mérite.

The Do

Le texte qui suit est d’une subjectivité proche de l’infini. Pour plusieurs raisons : d’une part, je connais The Do, ce qui pourrait laisser supposer un avis biaisé. Renforcé par le fait que grâce à Monte, le manager du groupe, j’ai pu couvrir l’ensemble du concert. Enfin, bien que n’ayant pas vu Dan et Olivia depuis un showcase à la Fnac St Lazare, les autres HibOOx ayant vu et revu le duo + 1 dans différents festivals (Alain au Rock Dans Tous Ses Etats, ou Sarah à la Garden Nef) ont été incapables de trouver la moindre fausse note. Pour ma part l’appréhension était assez grande : le groupe enchaîne les dates comme certains vont au bureau (laissant supposer une certaine fatigue), et Jérémy, le batteur originel, fut remplacé par un illustre inconnu dénommé José. Mais voilà. Tout ce qui me plaît dans The Do a juste été multiplié par 10, et que le public du Paléo n’est pas étranger à la fureur palpable sur scène. La singularité de Dan et Olivia est de transformer plus que de raison leurs compositions au fil des concerts. Ainsi, depuis que nous suivons le groupe - bien avant leur consécration - jamais un set fut similaire à un autre. Et il faut avouer que les liftings ne cessent de s’améliorer : l’intro de Aha, The Bridge is Broken, Stay … Les variations vont de l’infime (des choeurs rajoutés, des accords plaqués du plus bel effet) jusqu’à la métamorphose totale (rajout de 3 minutes de pur hip-hop dans The Bridge is Broken, changements d’accords, destructuration, variations extrêmes de tempo). The Do, au delà d’un couple soudé, est avant tout un véritable laboratoire expérimental, qui semble ne jamais se satisfaire de ce qu’ils proposent. Néanmoins, la surprise ne vient pas vraiment de là, puisque le groupe nous avait déjà habitué à ces réécritures permanentes. Non, la surprise viendra de la mâturité scénique acquise : la maîtrise de leur musique s’est transformée en réflexe, permettant à leur corps et à leur esprit d’être beaucoup plus libre et d’en mettre autant plein la vue que dans les oreilles. Mais c’est surtout la frappe exceptionnelle de José, le nouveau batteur, qui change totalement la donne : ce dernier rend chaque titre bien plus percutant que dans le passé, et même les tempi relativement lents deviennent martelants à souhait, ayant un effet immédiat et sans appel sur le public. Public littéralement déchainé lorsque ce dernier entendra On my Shoulders (avec une nouvelle introduction) et qui vociférera de toutes ses forces au moment d’exiger un rappel, tempéré par la magnifique chanson Stay. Que ce soit en France ou ailleurs, The Do produit le même effet. Pour ma part, LE concert de cette journée (à égalité avec Alain Bashung).

Etienne Daho

Originellement, j’ai quitté The Do pour rejoindre la Grande Scène car une légende urbaine avait circulé que j’avais réussi à me retrouver sur la liste des photographes qui pouvaient couvrir le concert. Sauf qu’à ce moment précis, le déluge de Noé commençait à noyer le festival, faisant monter à une vitesse vertigineuse le petit cours d’eau qui traverse le site. Arrivé trempé à la Grande Scène, j’apprends que le Management a retiré 4 supports, dont le HibOO. Outre le fait d’avoir manqué le backstage avec Dan et Olivia, je me retrouve donc à écouter, sous la pluie, monsieur Daho. Celui-là même pesté par tous les photographes présents aux Vieilles Charrues puisque ce dernier avait refusé le moindre pass (comme quoi, il y a bien un effet Paléo, même si l’on retrouve les mêmes photographes). Sur le plan photographique, peu de regrets, car sauf cas inventif, on retrouvera à mon avis les mêmes clichés. En revanche, musicalement, on frôle pratiquement la perfection : les anciens titres - c’est-à-dire les seuls qui sont dans mon répertoire occipital, les derniers albums m’étant totalement inconnus - sont à l’honneur, et ravissent le public suisse, incroyablement courageux de rester sous cette tempête. La beauté visuelle est d’autant plus impressionnante que de loin, la scène multicolore est entourée d’éclairs majestueux et effrayants, collant parfaitement à l’univers musical singulier de celui qui n’aimait pas les photographes (et c’est son droit). C’est à partir du moment où j’ai senti que mes vêtements et mon corps ne faisaient plus qu’un que j’ai décidé de rejoindre la scène du Détour pour voir mes deux copains rien qu’à moi pour la vie : Cocoon.

Cocoon

A l’instar de The Do, le parcours de Cocoon fut assez exceptionnel. Première partie de Kaolin à la Cigale, un public qui démarre au quart de tour, un final mémorable avec Chupee … et depuis, le succès. Allant jusqu’à s’intromisser dans le premier album de Julien Doré, avec la magnifique Acacias - on oubliera le deuxième titre, puisque les intéressés ne reconnaissent pas leur compo :). Bref, Cocoon distille une folk d’une autre époque, tantôt mélancolique et poignante (Tell Me, Hummingbird, Cliffhanger), tantôt catchy et complètement taillée pour faire participer le public (On my Way, Vultures, Chupee), avec des textes pas forcément à mettre à toutes les oreilles (The Beavers are so cute dans Chupee, par exemple :)). Et une fois de plus, c’est devant un public entassé - pluie oblige - que le duo clermontois va réussir à méduser ce dernier sans le moindre effort. Il se dégage de ce binôme accordé à la perfection une simplicité qui à mon sens parle, sans oublier leur jeune âge qui les synchronise parfaitement avec son auditoire. C’est juste très beau, c’est juste parfait. C’est juste Cocoon. Et puis avoir joué Owls en live … impossible de rêver mieux.

Alain Bashung

Avant qu’il ne soit plus connu pour son tragique état de santé que pour son actualité, je ne pensais jamais voir un concert d’Alain Bashung. La raison étant simple : je ne peux pas supporter sa voix, et encore moins ses chansons. Toutefois, à force d’entendre des échos unanimes sur ses récentes prestations, il me semblait difficile de faire l’impasse. Juste pour confirmer ou infirmer une potentielle complaisance liée à son état de santé - puisque l’argument principal récurrent était “tu te rends compte, même très malade, il assure sur scène”, ce qui en soit, n’était guère l’argument à utiliser pour me faire changer d’avis). Sauf que voilà. A peine entré sur scène, on sent une aura, on sent un charisme, on se la ferme et on prend sa claque. Je me sais con, mais j’en voudrais presque d’avoir mal tendu l’oreille dans le passé : musicalement ça en jette un max, et les textes ne sont pas en reste. Le personnage est physiquement métamorphosé jusqu’au stade du méconnaissable, mais il se dégage une énergie qui pétrifie et subjugue. Bien sûr, on se doute que beaucoup attendent que ce dernier repose en paix pour gagner de l’argent, mais saluons la qualité de cette prestation que bon nombre d’artistes en bonne santé ne seraient pas en mesure de proposer. LE concert du 26 juillet (kif kif avec The Do, et peut-être finalement, avec Cocoon).

Vanessa Paradis

Bien qu’ayant croisé Zebra au Chapiteau lors du concert de The Do, à qui j’avais promis de venir faire des photos, la pluie fut quand même un facteur de non confort tel que le départ du festival se fera après le concert de Vanessa Paradis. Et c’est ainsi que Benjamin, jeune photographe au relationship digne d’un ministre, balance l’info : Johnny “Jack Sparrow” Depp est au Paléo, sous le nom de … Jack. Pour ceux qui ne connaîtraient pas l’anecdote, Johnny Depp utilise toujours les noms de ses personnages pour ses déplacements : quitte à être un peu fêlé à l’écran, autant l’être dans la vie :) Il faut dire que sa jolie femme, celle à qui jadis on écrivit des papiers immondes lorsqu’elle n’était qu’une jeune ado, aujourd’hui érigée en star par ces mêmes magazines qui n’avaient pas prévu un destin aussi exceptionnel, joue sur la Grande Scène. Vanessa Paradis est ce que l’on peut définir comme la femme la plus chanceuse du monde ; pas parce qu’elle est mariée à celui qui représente le fantasme absolu de la moitié des femmes de cette planète. Pas parce qu’elle s’est entourée des meilleurs compositeurs du moment pour sortir son meilleur album - bien qu’ayant une préférence pour son travail sur Atomik Circus, l’un des films les plus absurdement géniaux qu’il m’ait été permis de voir. Rien de tout cela. Non, quand Vanessa Paradis, Albin de la Simone ou Mathieu Chedid débuteront avec le titre Divinydille, la pluie jusqu’alors éprouvante, jusqu’à faire fuir bon nombre de spectateurs, va stopper net. Et cette acalmie durera … le temps de son concert. On frôle le miracle divin. Quant au concert, on est dans l’excellentissime (difficile d’écrire autre chose lorsque l’on voit les musiciens de haute voltige qui l’accompagnent). La belle est à l’aise, souriante, et rayonnante comme jamais. Sa voix adolescente n’a en rien perdu de son charme et de sa singularité, et forcément, placer dans ce set dantesque “Joe le Taxi”, ce titre même qui a dû être l’épreuve la plus terrible de son existence (je me rappelle à l’époque qu’on la cassait sec dans les emissions télévisions, alors qu’elle n’avait que 14 ans), qui aujourd’hui est considéré comme culte, est une sorte de pied de nez à tous ceux qui la voyaient comme une minette éphémère. Aujourd’hui, elle n’est juste que Madame Depp. Elle n’est juste qu’une très grande artiste. Elle n’est juste que très reconnue à sa juste valeur.

Il est temps de partir, ne pouvant couvrir à mon grand regret la dernière Zebramix de l’été, avec une tonne de guests - en plus Zebra n’a pas été chien, puisqu’il a donné la possibilité aux photographes de couvrir l’ensemble de son concert show qui a du être exceptionnel. Il reste encore une journée à couvrir, et au moment où je vous écris ces lignes (27 juillet, 12h10), je suis déjà détruit physiquement avant même de commencer … ça promet :)

Un commentaire

  1. Oh ça fait rêver!
    Merci beaucoup!
    On a l’impression d’y assister!
    Impatiente de voir les magnifiques photographies!

Laisser un commentaire

Pour afficher un avatar / votre photo avec votre commentaire, inscrivez-vous sur www.gravatar.com

* = champ obligatoire