Le HibOO

21 Love Hotel - Our hearts belong to the storm

Critique CD : 21 Love Hotel - Our hearts belong to the storm

Vent, poussière.

Le nom du groupe invite à une halte feutrée en bord de route comme en bord de mer, derrière une porte signée d’un étrange “21″.

L’album s’ouvre sur un extérieur nuit très prometteur : le vague bruit d’une mer qu’on imagine au soleil couchant est une invitation au voyage peu déguisée pour un groupe aux forts accents littéraires et cinématographiques. Sous le signe aquatique se déploient des murmures dont la diction féminine renvoie, entre autres, à Tori Amos période Strange little girls, “97’Bonnie and Clyde”. Le départ a sonné, la cigarette est allumée, le duo a éclos.

Après avoir “parlé tout bas”, les voix et instruments sont assez assurés pour exhumer les bas fonds des rivières : nous voici arrivé aux alentours du Rhin. Il faut entendre le sublime morceau “The ballad of Loreley” où Apollinaire se profile en ombre chinoise. Le chant de Loreley est ressuscité, sa complainte poétique incarnée. La ballade se déploie à lumière défaillante du coucher du soleil, soleil meurtrier des yeux de Loreley, la guitare lance le cri désespéré de la sirène et sorcière condamnée à la contemplation de l’eau jusqu’au saut fatal, à l’attente éternelle de son aimé. C’est une relecture sensuelle où la peau de Loreley exulte sous les accords de guitare, où le corps de la “Lore en folie” soufrant l’absence de l’amant se couple avec l’image de la femme dévoratrice, la “Lore aux yeux tremblants” qui se repaît des cœurs des marins. 21 Love Hotel fait résonner le cri de Loreley et celui des chevaliers appelant la divine dans un même mouvement, et dessine un hymne à la sensualité souffrante.

A la Loreley succède l’écho de la “Lonely lady”, dont la version originale est complétée par celle de Kid Loco pour une plongée cuivrée au blues envoûtant, teintée d’accents aussi divers que Calexico, Cake ou “Money” des Pink Floyd. Les 21 Love Hotel poursuivent leur route entre boîte à musique mélancolique (”L’ennui”), ballade planante éthérée sur la très belle “Gabriella’s wings” pour redescendre sur une clôture au plus près de l’eau, de la (quasi) prosopopée “I’m the ocean” où les larmes se fondent en mer à la guitare entêtante de “The colour of the rain”.

Ce très beau parcours musical est parsemé de fonds sonores qu’on imagine tout droit tirés d’un road movie, classique ou lynchéen. Le duo poétique fonctionne à merveille, la voix de Clémence Léauté distille sur chaque morceau un puissant souffle sensuel et mélancolique.

Extérieur jour et extérieur nuit: après ce mini album très réussi, le prochain 21 Love Hotel sera attendu avec impatience en lumière naturelle comme sous les projecteurs. www.myspace.com/21lovehotel

6 commentaires

  1. Sympa cette chronique, bien dans l’esprit du groupe…
    Par contre Tori Amos ou Jenifer Charles (elysean fields)?

  2. oui, je suis d’accord! j’ai fait une certaine “sélection” dans les très nombreuses influences - qui par ailleurs ne paralysent jamais la spécificité de cette oeuvre

  3. Très belle chronique.
    (manque que le crédit photo tiens :-)

  4. Virginie B. 1 août 2008 à 21:21

    merci :)
    Pour le crédit photo ça doit être Alain G. non?
    Un très bon photographe d’ailleurs :)

  5. J’adore la photo, ca tombait bien je me demandais qui pouvait bien l’avoir faite!
    Very classe monsieur Alain G

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